La découverte

  • Depuis la naissance de la Ve République, l'État français mène une guerre larvée contre une partie de sa population. Les jeunes des quartiers populaires descendants de l'immigration postcoloniale subissent une opération, quotidiennement répétée, de " désenfantisation " : ils ne sont pas traités comme des enfants mais comme des menaces pour la survie du système. Combien d'entre eux sont morts à cause de cette désenfantisation ? Combien ont été tués par la police en toute impunité ? Combien de mères ont pleuré leurs enfants victimes de crimes racistes devant les tribunaux ?
    En s'appuyant sur les luttes menées par les Folles de la place Vendôme, dans les années 1980, comme sur les combats du Front de mères aujourd'hui, Fatima Ouassak montre, dans ce livre combatif et plein d'espoir, le potentiel politique stratégique des mères. En se solidarisant systématiquement avec leurs enfants, en refusant de jouer un rôle de tampon entre eux et la violence des institutions, bref, en cessant d'être une force d'apaisement social et des relais du système inégalitaire, elles se feront à leur tour menaces pour l'ordre établi.
    Ce livre a l'ambition de proposer une alternative politique portée par les mères, autour d'une parentalité en rupture alliant réussite scolaire et dignité, et d'un projet écologiste de reconquête territoriale. Son message est proprement révolutionnaire : en brisant le pacte social de tempérance qui les lie malgré elles au système oppressif, les mères se mueront en dragons.

  • Le 26 mai 1828, Kaspar Hauser fit son apparition sur une place de Nuremberg. Ce jeune homme, qui semblait avoir 16 ou 17 ans, savait à peine marcher. Il n'avait pas cinquante mots en bouche et ne pouvait dire d'où il venait, ni où il allait. On l'aurait dit échappé de la Caverne de Platon. Il demeure à ce jour l'un des plus célèbres " enfants sauvages ".
    Ayant grandi séquestré, coupé de tout contact humain, il fut arraché à une nuit insondable pour naître au monde une seconde fois. Rien ne le rattachait à son époque, pas même à un groupe social ou une génération. Kaspar ignorait jusqu'à la différence homme-femme. Il habitait un corps étrange et dissonant, vierge de toute socialisation. On découvrit bientôt sa sensorialité inouïe, sa vie émotionnelle intense. Du moins jusqu'à ce qu'il apprenne, douloureusement, les moeurs et usages de son temps, non sans être devenu, la rumeur enflant, l'orphelin de l'Europe.
    Le plus probable est que Kaspar Hauser ait été un prince héritier, écarté d'une succession par une sombre intrigue de cour. Son assassinat, cinq ans plus tard, semble le corroborer. Le plus intéressant, toutefois, ne réside pas tant dans le mystère de ses origines ou l'énigme de sa mort que dans la capacité de cette histoire tragique, aux accents oedipiens, à en dire long sur la culture, sur nos façons d'arraisonner le monde. L'examen approfondi de cette trajectoire aberrante révèle aussi, par son anomalie même, jusqu'à quelles secrètes profondeurs le social et l'histoire s'inscrivent d'ordinaire en chacun de nous. Ce qui laisse soupçonner derrière cette vie minuscule un cas
    majuscule des sciences humaines et sociales.

  • « Ces gens-là » ce sont les habitants d'une cité de transit auprès desquels l'auteur a enquêté systématiquement. « Nous devons remercier Colette Pétonnet de nous donner aujourd'hui un livre passionnant, admirablement pensé et écrit sur ce sujet, écrit Roger Bastide dans sa préface, mais il faut aller plus loin ; il faut la féliciter d'avoir appliqué à ce sujet les méthodes de l'ethnologie, en vivant dans la cité qu'elle décrivait, en utilisant l'observation participante, les entretiens continus, au fil des heures et des saisons. Ce qui fait que la Cité de La Halle revit devant nous, avec ses commérages dans les couloirs, ses drames ou ses moments de fête, les rites secrets des caves et les aventures des jeunes dans la « brousse » environnante. Car la « maison » ici, ce n'est pas seulement l'appartement, c'est aussi le couloir, l'escalier, les caves ou la cour, chaque sous-groupe, groupe sexuel ou groupe d'âge, ayant son domaine propre, qu'il façonne et qui le façonne. »

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Ce livre réunit en un seul volume deux études parues dans la collection "Cahiers Libres" en 1965 et en 1967. L'auteur est algérienne musulmane ; née dans le Constantinois et élevée dans un milieu oulémiste dont son père, proche ami de Ben Badis, fut un brillant animateur, elle a fait des études supérieures de sciences et enseigne dans un lycée d'Alger. Elle a écrit « La Femme algérienne » alors qu'avec son mari, algérien, elle animait le magazine féminin de la radio d'Alger. Partant du projet de dresser un tableau de la condition féminine réelle en Algérie, au moment même où son "évolution" était à l'ordre du jour, elle devait susciter, à la publication de ce premier livre, des réactions diverses, en Algérie comme à l'étranger : approbations, encouragements, discussions, polémiques et même injures violentes... Le deuxième livre, « Les Algériennes », est né de l'expérience de cette confrontation. Fadéla M'Rabet y analyse à nouveau la nécessité d'une "évolution" de la situation de la femme algérienne : elle examine ce que recouvre cette notion d'évolution, par rapport aux traditions et à la personnalité arabo-islamique, et elle revient avec plus de force encore que dans le premier livre sur la réalité présente et ses conséquences : les mariages forcés, les suicides, les abandons familiaux, à l'heure du planning familial et de l'instauration du nouveau code de la famille.

  • Le Québec est volontiers considéré en France, dans les milieux spécialisés, comme le paradis de la psychiatrie moderne. Un gouvernement intelligent, à l'écoute des techniciens compétents, y aurait en quelques années accompli une « révolution tranquille », faisant éclater le vieil asile, donnant aux psychiatres les moyens qu'ils demandaient et leur permettant ainsi de donner corps à ce qu'on appelle en France, où elle poursuit son interminable existence embryonnaire, la « psychiatrie de secteur ». Philippe et Edmée Koechlin, deux psychiatres français très connus pour l'oeuvre de libéralisation et d'organisation thérapeutique qu'ils ont effectuée dans plusieurs établissements français, notamment à l'hôpital psychiatrique de Plaisir en Seine-et-Oise, ont été invités en 1970 par le gouvernement du Québec à venir y passer une année à titre de conseillers techniques. Ils ne s'attendaient pas à trouver, au fond de l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu à Montréal, une « salle » du plus pur style asilaire, n'ayant rien à envier à ce qu'on trouve encore çà et là en France, et plus couramment dans des pays moins « avancés » comme l'Italie ou l'Espagne. Les Koechlin ont pensé que leur mission de « conseillers techniques » était d'abord de s'attaquer à cette ignominie. Ils y ont passé une année et ont consigné dans un récit dépouillé le déroulement de cette entreprise. La leçon qu'ils en tirent, et qu'il faut proclamer, c'est que l'orientation technocratique actuelle de la psychiatrie dans les pays capitalistes, fondée sur les notions de rendement et de rentabilité, loin de travailler à détruire l'Asile, le pérennise et même le recrée là où il était en voie de disparition. La distinction entre malades à court, moyen et long terme, corollaire de la notion absurde de rentabilité des soins, est une stupidité criminelle de plus à mettre au compte des technocrates de la santé. Le récit dénonciateur des Koechlin est de ceux qui appellent avec urgence une réflexion politique. R.G.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Ce livre vise quelque chose de central : le désir d'être. Cependant, cet effort d'approfondissement s'accompagne du souci de ne pas perdre pied ; aussi l'auteur ne s'avance-t-il qu'en des terrains aux dimensions modestes : deux mythes de Platon, quelques contes d'Andersen, défrichés à l'aide d'un instrument méthodologique déjà éprouvé : l'analyse structurale. La méthode s'essaie ici sur des objets qui ne lui sont pas familiers. D'abord, les textes analysés ne sont pas tout à fait des mythes, puisqu'ils ont un auteur. Ensuite, ils sont intérieurs à cette culture même qui, à l'ordinaire, prend plus volontiers pour objet de science les autres cultures. Ce que l'analyse met à jour en ces discours, ce sont des représentations idéologiques de l'homme, construites de telle manière que s'y puisse inscrire la possibilité d'un aboutissement du désir d'être. En même temps qu'ils permettent de penser l'homme comme intériorité, les systèmes d'oppositions, et les codes propres aux textes, inscrivent celle-ci au-dessus des aléas et des limitations du social, pour lui donner à déchiffrer (mais aussi à méconnaître) sa vérité sur un plus vaste théâtre.

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