• Les sciences sociales, lorsqu'elles oublient leur vocation critique, ne produisent plus que de simples discours idéologiques, ou d'expertise, prompts à conforter la pensée commune. Mais comment définir exactement l'exigence critique à laquelle elles sont tenues ? Et comment la réaffirmer dans le contexte actuel de la recherche ? Onze chercheurs tentent ici d'apporter des réponses en prenant appui sur les enquêtes qu'ils ont menées à propos d'objets très différents. Leurs analyses soulignent combien la pratique des sciences sociales demeure incomplète tant qu'elle refuse de penser ses effets politiques. Mais elles montrent aussi qu'en sciences sociales, la critique se joue tout autant à travers la contribution des chercheurs au débat public que, indissociablement, dans leurs démarches d'enquête, la discussion de leurs travaux et la clarification collective de leurs pratiques.

  • À défaut de pouvoir expérimenter, le chercheur en sciences sociales construit ses objets : il les collecte, les classe et les compare, comme l'adepte des sciences de la nature, et s'efforce ainsi de transcender la singularité historique et psychologique de ses observations initiales. Mais dans quelle mesure peut-il généraliser à partir d'un ou de plusieurs faits, et en quoi cette généralisation, qui revient à énoncer une loi, équivaut-elle à une règle universelle ? Et s'il cède à la tentation de l'universalisation, ne risque-t-il pas d'oublier le stade du spécifique ? Les textes rassemblés ici reflètent des positionnements radicalement différents, allant du pessimisme à l'optimisme, quant à la possibilité même de généraliser. Or, dans un monde dont le mouvement vers l'entropie semble s'accélérer toujours davantage et dont les archives sont chaque jour plus ouvertes, généraliser demeure plus nécessaire que jamais, fût-ce au risque de l'erreur ou, plutôt, au prix du dépassement perpétuel.

  • Comment devient-on chercheur ? Quelles sont les règles implicites et les pratiques qui gouvernent la préparation de la thèse ? Peut-on tenter de répondre collectivement, et de manière réflexive, aux questions que se posent les doctorants ? Ce livre aborde tous les aspects de la vie du jeune chercheur : le choix du sujet et de la méthode d'enquête, les relations avec le directeur de thèse, l'écriture, les publications, les opportunités du numérique, la présentation orale ou encore l'adoption d'une posture de recherche et l'engagement en tant que chercheur. L'objet de cet anti-manuel est d'établir le lien entre une expérience individuelle, conditionnée par la place centrale qu'y occupe l'écriture, et le contexte institutionnel et collectif de la recherche, dans lequel les doctorants se sentent souvent perdus. Une conviction unanime a porté ses auteurs : faire de la recherche et écrire une thèse sont des savoir-faire qui non seulement s'apprennent, mais aussi se transmettent.

  • Que signifie l'acte de comparer pour les sciences sociales ? Dans ce volume, la démarche comparative est vue comme un éloge de la pluralité : aucune science sociale ne peut se borner à l'étude d'un seul cas. Dès lors, chaque nouveau savoir, chaque nouvel échange entre disciplines se trouvent confrontés aux fausses évidences de leur irréflexion. On tend à décréter le comparable, à stipuler l'incomparable. Comparer en sciences sociales, c'est répondre aux défis du découpage et de l'asymétrie des objets. C'est également forger les outils d'une méthode qui s'ajuste à des écarts. Cet ouvrage reflète les approches très différenciées dans lesquelles s'inscrit la comparaison. Pour les uns, celle-ci est une ressource de l'analyse ; pour les autres, elle constitue la matière d'un programme de recherche. Pour tous, l'acte de comparer pose le cadre théorique de leur réflexivité scientifique. Il définit aussi l'horizon d'un langage commun. Il désigne enfin l'objet observé : des sociétés composées d'acteurs qui ne cessent de qualifier leur situation par comparaison.

  • Après la vague post-moderniste des années 1980, on assiste à un « retour à la description ». Attentif à la réalité quotidienne des pratiques descriptives en histoire, en anthropologie et en sociologie, ce volume s'intéresse aux formes concrètes de la description dans l'espace ou le temps, d'une discipline à l'autre. Il aborde le travail descriptif spécifique aux sciences sociales, comme les « descriptions des autres », que le chercheur en sciences sociales utilise comme source ou comme objet de sa recherche.

  • Les historiens savent qu'ils construisent leurs objets, mais ils ne s'arrêtent guère sur la façon dont ils les construisent. Comment pensent les historiens ? Quels sont les mécanismes cognitifs mobilisés dans la construction des objets concrets de la connaissance historique ? Qu'entendre par imagination historique ? Ce livre pose ces questions en partant d'un cas emblématique : le vif débat sur ordres et classes, qui a joué un rôle déterminant pour l'histoire sociale française des années 1960. En reprenant les positions des principaux protagonistes, l'auteur s'interroge d'abord sur l'histoire et le statut des catégories sociales, sur les formes et la portée des classifications, puis, de proche en proche et selon une démarche de sémantique historique, il scrute la notion même de social et explore les formes contemporaines de l'imagination historique.

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