• Victor Hugo a vingt-six ans quand il écrit, en deux mois et demi, Le Dernier Jour d'un Condamné, roman qui constitue sans doute le réquisitoire le plus véhément jamais prononcé contre la peine de mort.
    Nous ne saurons pas qui est le Condamné, nous ne saurons rien du crime qu'il a commis. Car le propos de l'auteur n'est pas d'entrer dans un débat mais d'exhiber l'horreur et l'absurdité de la situation dans laquelle se trouve n'importe quel homme à qui l'on va trancher le cou dans quelques heures.
    Ce roman - aux accents souvent étrangement modernes - a une telle puissance de suggestion que le lecteur finit par s'identifier au narrateur dont il partage tour à tour l'angoisse et les vaines espérances. Jusqu'aux dernières lignes du livre, le génie de Victor Hugo nous fait participer à une attente effarée : celle du bruit grinçant que fera le couperet se précipitant dans les rails de la guillotine.
    Quiconque aura lu ce livre n'oubliera plus jamais cette saisissante leçon d'écriture et d'humanité.

  • Eszter est une actrice au sommet de son art, indépendante, mais très seule. Ses fantômes la tourmentent, l'empêchent de vivre. Elle rencontre pourtant l'amour. Jusqu'au jour où elle découvre que l'homme qu'elle aime est marié à Angela, celle qu'elle a tant haïe dans son enfance, la petite fille parfaite de son village natal ! Sa rancoeur, son amertume, la jalousie qui l'ont modelée et « pétrifiée », la conduisent à tout détruire.
    Ce portrait de femme contradictoire, mais lucide, qui ne maîtrise ni ses sentiments ni ses pulsions se dessine comme une tragédie grecque.

  • « Le jeune homme que fait parler Koltès, jeune frère de Rimbaud et de Genet, tente de retenir, en usant de tous les mots dont il dispose, un inconnu qu'il a abordé dans la rue un soir où il était seul, seul à en mourir. Il parle, il parle aussi frénétiquement qu'il ferait l'amour, il crie son univers : ces banlieues où l'on traîne sans travailler et où pourtant l'usine guette, ces rues où l'on cherche un être ou une chambre pour une nuit, ou un fragment de nuit, où l'on se cogne à des loubards partant à la chasse aux ratons, aux pédés, un univers nocturne où il est l'étranger, l'orphelin, et qu'il fuit en se cognant partout dans sa difficulté d'être et sa fureur de vivre. » (Gilles Sandier, Le Matin) La Nuit juste avant les forêts est paru aux Éditions de Minuit en 1988.

  • Une légère blessure

    Laurent Mauvignier

    • Minuit
    • 13 Octobre 2016

    Une femme reçoit ses parents à dîner, elle veut que tout soit parfait et se fait aider par une jeune fille, qui ne comprend pas le français. La femme peut lui avouer ses secrets, ses peurs, elle sait qu'on ne la contredira pas.
    Elle évoque des souvenirs, ses amis, ses amants, des blessures insignifiantes et terribles qu'elle croyait avoir oubliées. Car elle parle avant tout dans l'espoir de saisir ce qui lui échappe : sa propre vie.

    Une légère blessure est créé au Théâtre du Rond-Point le 3 novembre 2016.

  • «Quand on parle de moi, il y a toujours l'usine. Pas facile de parler d'autre chose.» Dans un monologue destiné au plus jeune de ses fils, Louis Catella se dévoile. Mouleur syndicaliste aux Fonderies et Aciéries du Midi, il s'épuise dans la fournaise des pièces à produire et le combat militant. Il raconte aussi la famille, l'amour de Rose, le chahut des garçons, les efforts rageurs pour se payer des vacances... Une vie d'ouvrier, pas plus, pas moins. Jusqu'au grand silence du 16 juillet 1974. Louis meurt accidentellement. Et pourtant l'impossible monologue se poursuit, retraçant la vie sans père de ce fils qui n'avait que sept ans au moment du drame. Partagé entre le désir d'échapper à ce fantôme encombrant dont tout le monde tisse l'éloge et la peur de trahir, c'est à lui maintenant de devenir un homme. Ce roman intense brosse la chronique de la France ouvrière des années 60-70, le récit intime de l'absence, la honte et la fierté mêlées des origines. «Un beau livre de deuil mais aussi d'affranchissement.» Livres-Hebdo

  • Sur les bords du lac Leman, la jeune Ismaëlle va se lancer dans une pêche extraordinaire. Quel est ce nouveau Léviathan qui hante les profondeurs du lac ? Un récit puissant et halluciné sur le désir sous toutes ses formes.
    Le jour où son père, pêcheur de longue date, se noie, Ismaëlle se retrouve seule. Seule, vertigineusement, avec pour legs un métier d'homme et une chair de jeune fille.
    Mais très vite, sur le lac franco-suisse, d'autres corps se mettent à flotter. Des morts nus, anonymes, par dizaines, par centaines, venus d'on ne sait où -; remontés des profondeurs de la fosse.
    C'est en ces circonstances qu'Ismaëlle croisera Ezéchiel, fils d'un " Ogre " africain, qui a traversé les guerres du continent noir et vient sur ces rives affronter une Bête mystérieuse.
    Fais de moi la colère est le récit halluciné, à deux voix, de leur rencontre, et de la partie de pêche qu'ils vont mener -; échos lointains de
    Moby Dick. Une partie de pêche où le désir, la convoitise,
    le blanchiment, les génocides, sont autant de Léviathans. Mais où la joie, comme les larmes, pourra gonfler les ventres.
    " Il est fort probable que ce roman sera l'un des meilleurs - peut-être même le meilleur - ouvrages de cette rentrée littéraire. D'une puissance, d'une sensualité, d'une poésie éblouissante. Lisez-le, pour vous, pour les autres. " Cécile Coulon - Prix des libraires 2017 pour Trois Saisons d'orage

  • "Ce volume regroupe huit monologues écrits par Bernard Noël entre 1973 et 2015 ainsi que Les premiers mots, 1973, qui les préfigure. Chacun de nous est une société. Chacun de nous porte sa comédie, que Dante a voulue divine, Balzac humaine, Jacques Villeglé urbaine, et Bernard Noël intime ou mentale. La Comédie intime est la Comédie humaine de Bernard Noël, sa comédie humaine, où il se fait non pas le secrétaire de la société mais le porte-plume de ces voix qui travaillent en lui, qui le constituent comme sujet de l'écriture, comme TU. Construit en cours de route comme La Comédie humaine, La Comédie intime y met en scène des personnages qui deviennent des types : ces personnages se nomment je, tu, il, elle, on, nous, vous, ils. [...] Cet ensemble de personnages pronominaux s'accompagne d'autres, aux noms propres, cités ou non : Gramsci, Anna Magnani, Bataille, Mallarmé, Nerval, André Masson, et tous forment le "personnel" de La Comédie intime de Bernard Noël, ceux qui l'entourent et constituent son intimité, ceux avec lesquels il pense, vit, se construit. [...] Ces monologues des pronoms sont une façon de réfléchir par la fiction à la place de la personne, de l'intime dans la langue, dont les pronoms sont une représentation. [...]." Stéphane Bikialo.

  • Dans ce thriller psychologique, Marina de Van s'attaque à un thème ambitieux : la haine d'un père pour sa fille. Elle dissèque la déchirure, sans jamais la colmater... L'homme de 75 ans a coupé les ponts avec sa fille, à qui il reproche la mort de sa femme. Lorsqu'elle lui rend visite à l'hôpital, ce séducteur prétend ne pas la connaître, la juge laide. Elle revient le lendemain, vêtue de façon affriolante. Il désire qu'elle lui relate sa vie sexuelle. Mais sa fille n'a eu que peu d'amants. Elle revient le lendemain : elle a bu la veille et vendu son corps à des inconnus... Dégoûtée par cette nuit, elle annonce qu'elle ne reviendra pas. Le père savoure la honte qui s'empare d'elle. Son état cependant se dégrade. Il fait rappeler sa fille... et lui relate à son tour sa vie sexuelle. Sous la forme d'un monologue intérieur, entrecoupé par les confidences d'autrui, Marina de Van retrace la complexité des sentiments entre un père et une fille, entre malaise oedipien et rancoeurs inavouées. Elle pose surtout la question de la loyauté jusqu'à nous faire éprouver de la compassion pour la figure arrogante et odieuse du père, qui refuse d'assumer son état et sa vieillesse. Il n'y aura pas de rédemption. Il se tapit là, le pouvoir de sidération de cette écriture.

  • Vous entrez dans cet hôtel avec un poids sur la conscience. Vous avez menti à vos proches, ignoré les lois, trahi vos amis, détruit la vie d'un homme, saccagé la propriété d'autrui... Il est temps aujourd'hui de laver vos fautes. Le personnel est là pour vous aider. Profitez de l'ambiance relaxante du lounge ; faites le vide en admirant la nature boréale le long des sentiers pédestres ; méditez dans le confort feutré des chambres ; évacuez les mauvaises pensées en vous dépensant au centre sportif. Mais, de grâce, n'essayez pas de nous tromper : votre salut en dépend. Nous savons qu'il n'y a pas d'innocents ici. Il n'y en a jamais eu. Avec ce roman incandescent, Alice Michaud-Lapointe explore la psyché de personnages aveugles à eux-mêmes dans des monologues effrénés où il vaut mieux lire entre les lignes pour découvrir la vérité.

  • Tout l'été

    Maud Basan

    Voilà que je me mets à parler toute seule, ce doit être inévitable à la longue, forcément, d'ailleurs cela fait peut-être un moment déjà, vous auriez pu m'avertir, me mettre en garde, m'éviter le pire, je vais finir par débloquer, perdre le nord, jusqu'ici personne pour me contredire, c'est l'avantage, et puis cela évite les dialogues, tous les tirets en début de ligne, les guillemets, vous saurez que c'est toujours moi, ce sera plus simple.

  • Mes shorts

    Marc Prescott

    Sans se déculotter complètement, l'auteur se dévoile dans Mes shorts. Ce recueil de textes brefs pour enfants, pour jeunes et moins jeunes est un heureux mélange de styles et de genres, passant du monologue, à la courte pièce et même au vaudeville. Recueil rétrospectif qui valse entre le comique et le dramatique, en passant par l'absurde.

  • « Tu es un fouillis peuplé de gens qui s'arrêteraient pour flatter des chats à trois pattes. »
    « As if que dire « c'est pas juste about les femmes » annule le fait que c'est about toutes les femmes que je connais. As if que le patriarcat est une illusion et que les coupables sont pas libres de vivre confortablement parmi nous. »
    « J'étais-tu supposée vous faire un trigger warning ? C'est-tu irresponsable ou insensible de vous puker toute ça sans avertissement ? Si vous m'écoutez pas vraiment, then ça matter-tu at all ? »

    Vous êtes convié.es à un gros party. Un party où on parle de tout, sur tous les tons et sans complaisance : l'amour, l'amitié, le mouvement #MeToo, le rapport à l'autre, à la langue, au lieu, à la culture acadienne, aux peuples autochtones... Ici, des situations et des propos parfois anodins, ou cruels, ou cocasses, empiètent les uns sur les autres, se chevauchent, s'overlappent. Et au coeur de la fête, Moncton dans tous ses états.

    En fragments brefs et incisifs, «Overlap» examine la place de l'individu dans une ville où il peut être difficile d'échapper aux autres - et à soi-même.

  • Joannie Thomas signe un premier recueil d'une dureté troublante, renouvelant du coup le discours au féminin dans la poésie contemporaine. Femme de théâtre, elle nous présente un texte qui se décline comme un long monologue intérieur, le récit d'une jeune femme qui fait table rase des tabous les plus coriaces.

  • « Je vous intrigue ? À la bonne heure. Cest déjà cela. Je nai pas répondu à votre question ? Certes. Loin de moi le souhait de lesquiver, nayez crainte. Pourquoi clown, donc ? Mais, cher monsieur, nest-ce pas là le mystère des mutations, des métamorphoses de lâme ? Vous ne voyez pas de quoi je veux parler ? Allons bon. Une histoire fort curieuse en ce qui me concerne. Et je doute que nous ayons le temps de Vous cherchiez justement à le tuer ? Vous métonnez. Bien rare, de nos jours, davoir du temps à perdre. Qui plus est pour écouter de potentiels bouffons délirer dans un bistrot enfumé quelconque. Tuer le temps Tâche sisyphéenne ! Cest hélas lui qui nous consume à coup sûr, misérables créatures que nous sommes, telles ces nuées dinsectes aveugles brûlant leurs ailes aux ampoules incandescentes dinterminables soirs dété où lon étouffe. » A. N.
    Un monologue sidérant, en forme dhommage à La Chute dAlbert Camus, et une charge contre la modernité et la décadence, servis par une écriture tranchante.

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