Littérature traduite

  • La primauté du mot comme origine du sacré prend une importance particulière dans la tradition juive. Dans ce texte lumineux, Gershom Scholem montre comment la mystique juive a relié le nom et la révélation. Ce que d'autres religions accordent à l'image sacrée, représentation du divin, le judaïsme le confie à la parole, à l'invocation. Pour la Kabbale, la Création émane du nom de Dieu, toute chose ayant été créée à partir des 22 lettres de l'alphabet. Ainsi, le travail sur la langue devient la tâche principale de la mystique juive. À l'origine de chaque forme linguistique est, précisément, le nom de Dieu, dont les variations infinies intéressent la science prophétique : un art combinatoire vertigineux à même de faire de la langue de la raison un langage sacré.

    Gershom Scholem (1897-1982) a édité et diffusé les grands textes de la Kabbale et conféré à l'étude du mysticisme juif le statut de discipline à part entière. Il est l'auteur de nombreux ouvrages consacrés à l'histoire et à la philosophie religieuse du judaïsme : Les Grands Courants de la mystique juive, Les Origines de la Kabbale ou encore La Kabbale et sa symbolique. Il fut lié d'une profonde amitié avec Walter Benjamin, qu'il rencontre pour la première fois dans un café de Berlin.

  • Ce texte d'un poète mystique du Xe siècle, connu en un seul manuscrit, obscur, avait été édité une seule fois et laissé dans l'abandon jusqu'aux années 1960, où le poète Adonis, grand tenant du modernisme en poésie arabe, le découvrit et le fit connaître à un large public. Aujourd'hui, cinquante années plus tard, il en a entrepris la traduction française avec Donatien Grau. Dans ces soixante-dix-sept extases, Dieu s'adresse à l'être humain et lui dévoile les mystères de son existence. Cette traduction, au plus près du texte, en rend les images saisissantes, et permet de découvrir la richesse d'une des plus grandes voix poétiques, dont on ne sait rien. De la mer au ciel, de la robe à l'interstice des mains de Dieu, c'est tout le voyage essentiel de la vie humaine qui s'en trouve révélé. Cette oeuvre, cachée pendant plus de mille ans, composée dans l'Irak actuelle, apparaît comme un des chefs-d'oeuvre du mysticisme, contre toute religion institutionnalisée : les expériences décrites refusent tout cadre, et constituent un manifeste pour la liberté de l'être humain, quand il accepte de se livrer sans doute à l'absolu. Al-Niffari est poète. Adonis est poète. Donatien Grau est philologue.

  • La figure de Sabbataï Tsevi, le messie de Smyrne, hante l'histoire juive ainsi que l'histoire des mouvements apocalyptiques, d'autant qu'elle est restée très longtemps totalement inexplorée. Cette grande oeuvre de Gershom Scholem entreprend une évocation détaillée du personnage, qui, dans toute l'Europe et en Orient, apparut comme le messie. C'est le fond même de la vague à la fois insurrectionnelle et religieuse qui est sondé à travers ses manifestations publiques comme à travers ses récits. Comment presque tout un peuple a cru à un moment à la fin du monde et s'y est activement préparé, comment le fol espoir de délivrance bouleversa les données historiques concrètes et l'ordre social ordinaire pour s'effondrer ensuite et jeter dans le désarroi le monde juif abusé, c'est la question à laquelle ce livre tente de répondre. Aborder l'histoire dans l'horizon de ce qu'imaginent les hommes et non sous l'angle étriqué de leurs conditions d'existence matérielle, tel est l'apport de Gershom Scholem à la démarche historique qui la renouvelle en profondeur.

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