Sciences humaines & sociales

  • Le discours des sciences humaines décrit, errant parmi les foules normalisées, un homme voué à la solitude, régime contemporain des subjectivités. Mais il n'éclaire en rien le statut, la fonction et la signification de cette solitude. N'est-il pas plus pertinent de parler des solitudes ?

    L'idée d'une solitude contemporaine est problématique du point de vue de la psychanalyse, car elle ne peut être cernée sans la référer à l'Autre. Ce nouage permet de penser des formes possibles de la solitude.

    De la solitude originelle de l'enfant à celle de l'esclave, où la violence subie a produit des effets ravageants toujours actuels, en passant par la solitude radicale de la folie et enfin par la solitude réelle où le sujet est poussé aux limites du langage, la solitude contemporaine plurielle reste corrélative de l'implication du sujet dans le politique et l'histoire, qui scandent sa présence au monde. Des auteurs français et antillais font entendre les différentes variations de leurs voix.

  • Ouvrage le plus lu d'Henri Suso, L'Horloge de la Sagesse a connu un succès analogue à L'imitation de Jésus-Christ. Mais, ce livre, paradoxalement, n'était plus accessible en français, d'où l'intérêt de cette nouvelle traduction.
    Ainsi pourra-t-on voir comment Henri Suso, ce disciple de maître Eckhart, propose un chemin spirituel, axé sur l'imitation du Christ dans sa Passion, dont L'horloge marque les différentes heures dans la journée. Avec cet ouvrage, qui reprend en latin le Petit Livre de la Sagesse éternelle, Suso se présente comme le Serviteur de la Sagesse éternelle et prépare déjà le tournant de la mystique rhénane à la Devotio moderna.
    Pour la première fois, L'Horloge de la Sagesse est publié avec l'essentiel de l'iconographie qui lui a été consacrée, non seulement dans le manuscrit de Bruxelles, mais aussi dans nombre d'autres manuscrits, qui en scandent les différentes étapes.
    Henri Suso (1295-1366) est l'un des mystiques rhénans. Il passe la majeure partie de sa vie à Constance, où il entre au Couvent des Dominicains, avant d'être envoyé à Ulm en 1347/1348. Sa Vie est retracée dans l'Exemplar.

  • Les voix

    Solal Rabinovitch

    Les voix des hallucinés, ces voix que nous n'entendons pas, permettent de saisir en creux, en négatif, ce qu'est la voix dans son essence aphonique, sa place et sa fonction dans la structure du sujet. Se séparent alors dans la voix parole et sonorité, énonciation et pulsion ; la voix comme objet Iacanien disjoint ce que réunissait l'entendu freudien.

    Parce qu'elle ne se survit pas, la voix est de l'irrémédiablement perdu, où se dévoile par là même que la perte découle du signifiant. La voix est donc à la fois l'énonciation où le sujet se perd, et l'objet qui lui manque. Elle est parole du sujet mais aussi désir de l'Autre. Elle est pulsion et altérité. Elle est présence muette, existence.

    La voix est une faille. Les voix la comblent.

    Pure sonorité détachée des mots qu'elle prononce, suspendue parfois à une modulation au bord de l'exténuation, empruntée parfois par le timbre d'une autre, la voix est hors corps dans la névrose, revenant ou fantôme dans la psychose.

    Dans la faille de la voix se superposent le trou dans la parole qu'est l'énonciation, et le trou dans la sonorité qu'est le silence. Et, avec le bruit des énonciations errantes, les voix comblent le silence.

empty