FeniXX réédition numérique (Albin Michel)

  • Ils faisaient partie du cercle envié des « notables de la conscience universelle ». Les puissances internationales organisaient pour eux des colloques, on les écoutait dénoncer les dangers qui menacent la planète, ils savaient qu'on ne les entendait pas. On leur demandait de penser, on leur interdisait d'agir. Un jour ils décidèrent de changer les règles du jeu. Ils n'étaient que quatre. Ils allaient faire exploser l'ordre mondial. Quitte à conclure un terrible pacte de sang. De Paris à Belfast, de Londres à Tripoli, de la Toscane à Heidelberg, La Conjuration Nobel nous fait pénétrer dans les coulisses du Pouvoir, de l'intelligentsia mondiale et du terrorisme.

  • L'Évangile de la Colombe se situe à mi-chemin entre le conte oriental, le poème philosophique et le rêve éveillé, à l'instar du Prophète de Khalil Gibran ou des célèbres Dialogues avec l'Ange. Dialogue lumineux, en effet, que cette rencontre hors du temps sur une montagne sacrée, entre le Cavalier errant en quête de Connaissance, l'Enfant inspiré venu d'ailleurs, et le vénérable Sage qui se fait médiateur entre l'un et l'autre. L'Évangile, la « bonne nouvelle » qu'est venu apporter sur terre Yahal l'androgyne, n'est autre que l'ineffable secret de l'Unité : "Tout est échange", tout est flux qui relie la flèche et la cible, le dedans et le dehors de l'homme, la vie et la mort, le bien et le mal... Ainsi s'annonce l'ère de la Colombe, symbole par excellence de l'Esprit.

  • « À travers les hublots du masque embué par leur haleine, les quatre hommes regardaient de tous leurs yeux. Ce qu'ils découvraient ensemble, le souffle court, le coeur battant, glacés par l'extravagance du spectacle plus que par son horreur, aucun d'eux jamais ne pourrait plus l'oublier... » Un crime fabuleux, le plus déconcertant et le plus raffiné des annales criminelles de tous les temps, a été découvert avenue Kléber. Un meurtre sans précédent dans l'histoire, aussi prodigieux par sa nature que par sa technique. Un crime qui secoue l'opinion, mobilise toutes les polices d'Europe, obsède les hommes politiques, risque d'ébranler l'État. Quels sont les auteurs de ce forfait ? Des monstres ? Cette énigme fascinante, l'inspecteur Gaborit va s'efforcer de la résoudre au cours d'une longue et passionnante enquête. Cette enquête constitue, selon le mot de Thierry Maulnier : « le roman policier le plus haletant, le plus hallucinant de ces vingt dernières années. Avec quelque chose de plus poignant qu'un roman policier ». Ce roman a fait l'objet d'une série télévisée réalisée par Jean Delannoy pour Antenne 2, avec Michel Duchaussoy et Fiona Gélin.

  • La dissuasion nucléaire française n'offrirait-elle qu'une protection aussi illusoire que feu la ligne Maginot ? Telle est la question cruciale posée par cet essai qui n'hésite pas à emprunter aux formes romanesques. Dans cette fiction tout est vrai : les procédures de décision, les formes de la mobilisation, les caractéristiques des armements, la description des régiments. Tous les techniciens connaissent les matériels qui seront opérationnels dans 10 ans. Alors, si un jour quelque chose de nouveau se produisait à l'est, les formes de la réplique occidentale et française sont dès maintenant analysables. C'est à cet exercice que s'est appliqué le lieutenant-colonel de Richoufftz. Qu'un officier d'activé prenne ainsi la plume est déjà, en soi, exceptionnel. Qu'il fasse en outre preuve d'esprit critique par rapport aux dogmes officiels de notre défense nucléaire est un événement. S'il refuse de sombrer dans le sensationnel, le lieutenant-colonel de Richoufftz n'en procède pas moins au constat clinique des faiblesses de notre défense. Il détaille les fragilités accumulées, en dépit de l'autosatisfaction officielle, au fil des lois de programmation militaire. Il ose dire que le roi est nu et expliquer pourquoi. Surtout il propose des correctifs et des réponses. Un débat capital est ainsi ouvert.

  • Ils n'ont pas vingt ans quand débute la Seconde Guerre mondiale, et sont trop angoissés pour avoir le diable au corps ; tout au plus l'ont-ils au coeur. Voici Julien, Laurence, David, René... qui viennent de passer du lycée à l'université, de l'âge ingrat à celui d'aimer et d'être aimé. Dans cette ville du sud de la France, ils représentent la relève de cette bourgeoisie provinciale que Suzanne Prou sait merveilleusement épingler ; son ironie tranquille, son regard implacable, son sourire pointu accompagnent ces jeunes gens à la découverte d'un univers adulte qu'ils avaient souhaité plus exaltant. Génération sacrifiée, ils vivent la guerre au quotidien, confrontés brutalement à l'antisémitisme, la délation, la trahison, la mort... Jamais l'auteur de La Terrasse des Bemardini n'a été aussi proche de sa propre jeunesse et en même temps aussi consciente de sa maîtrise. Trop lucide pour vouloir transformer sa nostalgie en destin, elle nous offre une remarquable série de portraits et un témoignage sans complaisance sur une période de notre Histoire qui a bouleversé ceux qui l'ont vécue, et fascinent de plus en plus les nouvelles générations.

  • Transformer le « zinc » en or ? Les Aveyronnais de Paris ont découvert ce secret en investissant bars et brasseries dans les années trente, souvent au prix de luttes féroces entre clans. À travers l'histoire des Astruc, ce roman nous raconte leur saga. Surnommés « les milliardaires » au pays, les Astruc comptent parmi ces princes de la « bistrocratie » régnant en maîtres sur leur empire : dans le Rouergue, ils régentent leurs châteaux, leurs fermes, leurs somptueuses résidences secondaires ; à Paris, aucune belle affaire ne se monte sans leur appui. Par son mariage avec une héritière, Antoine Pereira appartient à cette famille dont il supporte de plus en plus mal l'âpreté et l'arrogance. Son aventure avec Laurence de Marnhac va renforcer son désir de couper les ponts. Mais c'est durant l'été, rythmé par les repas dominicaux, les fêtes paroissiales et les manifestations mondaines, qu'une affaire dans laquelle il est impliqué risque de faire éclater la famille et le scandale, de ruiner des années de dur travail... Pierre Christin, Aveyronnais de coeur, scénariste et auteur des plus grands succès de bande dessinée de ces dernières années, nous donne ici son troisième roman. Un roman de moeurs aux résonances balzaciennes, où amour, ambition et pouvoir, rivalisent. Une chronique de ces familles provinciales dont l'opiniâtreté au gain n'a d'égal qu'un sens inné des affaires.

  • Saint-Tropez, résumé de la folie et du désordre humains, tel est le sens de ce roman qui nous entraîne des bas-fonds de Saint-Tropez aux collines de Ramatuelle, dans les forêts sauvages qui dominent Pampelonne, où vivent cachés d'étranges personnages, les uns charmants, les autres terrifiants, des monstres. À travers un texte accéléré, volontairement un peu fou, comme le pays lui-même, de rebondissement en rebondissement, drôle ou féroce, parfois tragique, sur un fond de guignolade avec le choeur antique des éternels figurants de la comédie tropézienne : l'antiquaire, l'avocat, l'architecte, le médecin, le peintre, les coiffeurs, le milliardaire, le voyou, la comtesse..., l'auteur va très loin dans l'étude des formes diverses de la débauche et de la cruauté dès qu'elles trouvent le lieu, l'époque, le climat et les moyens de s'exprimer. Les Hauts de Ramatuelle disent très clairement qu'au-delà des apparences bon enfant et d'un luxe tapageur- Sodome et Gomorrhe entre pizza et dom Pérignon - la verte presqu'île est un de ces lieux où règne le Malin. Sous un ciel admirable, Valmont et Sade y font la ronde. Un roman où l'imaginaire galope si fort qu'il rejoint la réalité. Un grand roman de moeurs.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Le dernier capitaine est l'histoire d'un Commando qui, en 1954, attaqua un camp Viet-Minh derrière la frontière de la Chine. Ce fut le rêve fou d'un vieux Capitaine à qui le commandement refusait l'autorisation de rejoindre ses camarades encerclés, pour mourir avec eux, à Dien Bien Phu. Pour y parvenir, le Capitaine choisit d'entraîner avec lui dix soldats de 18 ans qui n'avaient jamais fait la guerre. Le Capitaine et ses adolescents firent en dix jours une marche meurtrière, de 300 kilomètres à travers les jungles et les lignes des Viets. Ce livre est l'histoire d'une Superbe Folie telle que les aimaient Kipling, Conrad et Lawrence, un conte fabuleux où surgissent le Roi de la montagne, les officiers ambigus des Missions Spéciales, le colonel Yen, Chevalier de l'Empire des Indes, Mike le fou, le prince Vassilovitch et vingt autres étranges personnages. Ce livre est aussi un défi jeté à la jeunesse désabusée de 1978, par des jeunes qui avaient choisi de partir pour l'Indochine et d'y risquer leur peau, pour cent francs par mois, parce qu'ils avaient eux aussi des Rêves. André Malraux disait que la guerre, c'est le Sang, la Jouissance et la Mort. Le Dernier Capitaine est alors un livre cruel, mystique, tendre, et peut être un des plus vrais jamais écrits sur les rêves des Hommes de guerre.

  • Commencé à vingt-trois ans et écrit au long de sept années, Une guerre amoureuse restera peut-être comme les nouvelles confessions d'un enfant du siècle. Ou plutôt d'un enfant de l'anti-siècle, tant ce chant de la passion désespérée est aussi un cri de guerre contre ce siècle. Contre le siècle lui-même, ni plus, ni moins. D'où la liberté de sentiments et de ton de ce roman. Et pourquoi il parvient à magnifier un désir dont la littérature avait admis depuis longtemps, sous forme de plaidoyer ou de provocation, la culpabilité. Car dans ce livre d'amour masculin où alternent le lyrisme et l'ironie, l'introspection et le rêve, le péché est étonnamment absent. Seule la mort est accusée. Le titre de ce roman a une autre raison. Dans l'esprit crucifié du narrateur, l'amour et la politique n'en finissent pas de s'opposer et de s'épouser. Comme s'il y avait un être politique de l'amour et une nature amoureuse de la politique. Comme s'il y avait un lien entre la solitude amoureuse et celle d'un certain 18 juin. Et si ce livre déclare la guerre amoureuse avec une rare violence, c'est pour mieux avouer qu'on ne sait pas même s'il s'agit de conquérir l'autre ou de s'anéantir soi-même. À travers l'histoire du narrateur et de Jean-Pierre, où chacun meurt à sa façon, se détachent aussi l'inoubliable visage de Jean-Jacques, l'ami, et celui de Fabien, l'enfant qui ne naîtra pas.

  • Lundi 23 septembre, 20 h 50, dans le studio « F » de la Télévision. « Si l'image s'interrompt », dit tout à coup un jeune homme en menaçant de son revolver l'un des participants à l'émission, « j'abats immédiatement cet homme. Et le présentateur... Et tous les autres... » L'image ne s'interrompt pas. Pendant plusieurs heures, des millions de téléspectateurs vont suivre en direct la plus hallucinante des émissions. À chaque seconde, une rafale de mitraillette peut partir, une grenade peut exploser. En direct ! Que se passe-t-il dans la tête de ces otages menacés à bout portant par le canon d'un revolver et filmés à bout portant par une caméra ? Comment vont réagir, au fil des heures, les « forces de l'ordre », le préfet de Police, le ministre de l'Intérieur, le président de la République ? Quels seront les sentiments de ces millions de téléspectateurs fascinés par un « petit écran » qui leur montre et leur laisse entendre des choses incroyables et inouïes ? Par le biais d'une enquête minutieuse, chaque instant de cette soirée va être reconstitué, jusqu'au dénouement brutal. Tout en se pliant aux lois du genre - dont la première est l'efficacité -, ce récit aborde de plein fouet des problèmes d'actualité, et il constitue, pour la France, un prototype : celui des « thrillers » de politique-fiction.

  • « On peut se passer du bonheur. Il suffit d'être assez attentif à la vie, assez occupé à l'affronter ou à la fuir. Le héros du « Rendez-vous » s'y emploie avec talent. Il a très peur de mourir. Il est très amoureux. Cela fait deux raisons de continuer. Il s'intéresse à tout. Il ne croit à rien. La femme qu'il aime, dont il parle merveilleusement, ne veut aimer qu'un écrivain. Il écrit donc. Quelle meilleure raison ? Écriture amoureuse. Écriture de conquête. C'est un roman qui serait une lettre d'amour, une lettre d'amour qui ferait un roman. On soupçonne un livre autobiographique. Trop de fraîcheur pour être tout à fait inventé. Trop d'étrangeté pour n'être pas vrai. C'est à la fois cocasse et grave, émouvant et déroutant. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Celui-là, oui. Il n'est pas comme les autres ; c'est pourquoi il nous éclaire sur nous-mêmes. Le corps de cette femme, pour lui, vaut plus que tous les livres. Cela met la littérature à sa place, qui n'est pas la première. Et ce roman à la sienne, singulière et belle. On peut se passer du bonheur. On peut se passer de la littérature. Mais de l'amour, non. » André Comte-Sponville

  • Alors que les pluies de mousson s'abattent sur la ville et que le roi tombe malade, un attaché d'ambassade, Christian Santerre, doit veiller à la construction d'un hôtel grandiose, le Bangkok Intercontinental. Tâche difficile. Santerre doit tout affronter : ambition et maladresse du constructeur, pessimisme de son entourage, pègre locale avec son chef, l'inquiétant Khun Cheen, et jusqu'à la découverte d'un mystérieux cadavre dans le fleuve, qui s'avérera un obstacle décisif. Une question surtout va l'obséder : qui est cette Wanee dont il est en train de tomber amoureux ? Une femme sans nul doute fascinante, mais est-elle l'aristocrate qu'elle prétend ? Est-elle vraiment la descendante des seigneurs du Siam ? Multiple comme Bangkok, ce récit épique se joue entre les palais et les bouges, les temples et les quartiers chauds, les ambassades et la ville chinoise, dans une atmosphère de fin du monde. Le roi se meurt, la ville crève de son modernisme et de ses inondations, qu'importe. La Thaïlande immémoriale dormait sous les eaux du grand fleuve, ; émergeant lentement pour mettre Santerre face à son destin d'homme du Nord.

  • Si vous n'avez pas de diplômes, ce roman vous donnera le moral et si vous en avez beaucoup il vous passionnera tout autant. Le héros, le culot, la débrouillardise, l'astuce, l'esprit d'entreprise, le non-conformisme, l'anti-technocratie, l'anti-bureaucratie, le goût de l'aventure, la persévérance, le romantisme et l'intelligence. L'histoire : réussir dans la banque contre les banquiers ou comment conquérir une femme en devenant milliardaire.

  • Un jour tranquille d'été, en pleine saison touristique, le ministre français de l'Intérieur apprend qu'un commando vient de s'emparer du super-pétrolier Téthys de 554 000 tonnes et qu'il menace de polluer les côtes provençales si l'on ne souscrit pas à ses exigences. Dans la lutte qui s'engage, la vie même des trente otages du tanker ne semble pas prévaloir en regard de la raison d'État et des intérêts considérables qui sont en jeu. Les précédents accidentels du Torrey Canyon, de l'Urquiola et du Böhlen s'imposent immédiatement à la mémoire. L'aventure du Téthys demeure pourtant, avant tout, une histoire humaine, un drame où se croisent les êtres les plus différents : une brochette de terroristes, un ministre écrasé par ses responsabilités, un préfet de police patient et rusé, un marin trop sensible à l'injustice, ainsi qu'au charme de la mystérieuse métisse embarquée avec le commando... Ce livre, aux bases techniques indiscutables, est un grand roman d'aventures qui peut, d'un jour à l'autre, devenir événement d'actualité.

  • Une femme, Lise, vient d'être abandonnée par l'homme avec qui elle comptait finir ses jours. C'est le désespoir. C'est aussi l'heure de tous les bilans. Commence la ronde des souvenirs... Voici l'enfance : le père, bien sûr, la mère à peine connue, et une grand-mère porteuse de tendresse. Et puis, voici les jeunes amours, fragiles, exigeants, en attendant ceux, plus nombreux et plus âpres, de la maturité... Réveillés un instant par une sensibilité à vif, êtres, choses et lieux surgissent et disparaissent au gré de la mémoire. Le rythme de la ronde s'accélère. La progression dramatique se tend. Car Lise, sans doute, n'est pas seulement une victime. Elle se reconnaît coupable, elle aussi. Peut-être est-ce un instinct d'échec qui la pousse à placer trop haut l'objet de son amour, à trop attendre de lui jusqu'à ce qu'il se lasse ? En fait, l'amour a été pour elle un support à son goût de l'absolu, un refuge contre un monde ou tout la blesse. Alors faudra-t-il, seule, affronter la solitude et la vieillesse qui s'approche ?... Mais un nouvel amour vient de naître, et Lise, sans illusion, acceptera pourtant de le vivre, souffrance et joie mêlées. Michèle Saint-Lô analyse ce combat, pour et contre l'amour, avec une tendresse lucide. Chez elle, les êtres n'ont pas seulement leur poids de chair et de sang : heureux ou malheureux, ils portent d'abord le poids mystérieux de leur âme inquiète. Et la romancière scrute cette âme, douloureusement et passionnément.

  • Richard Morgiève ; délits : Membre permanent du gang Sanguine ; haine féroce des crétins : se déteste parfois. Objet du délit : roman. Grand talent - malheureusement, ce n'est pas lui qui écrit ses livres. Non. C'est Sliwo. L'ange aux mains merveilleuses. L'ange meurt : à brève échéance, San Weig sera pauvre. Insupportable. Il est trop beau. Trop fin. Trop "amical". Heureusement il hait sa femme et sa très riche belle-famille... quand on est amoral et intelligent, on sait quoi faire dans pareil cas...

  • Témoin privilégié de la grande aventure du cinéma, Maurice Bessy (aujourd'hui Délégué général du Festival de Cannes) fut l'un des premiers à en déceler les promesses artistiques ; l'un des premiers aussi à suivre les créateurs et les héros dans leurs oeuvres et leur légende. C'est pourquoi, depuis cinquante ans (il a commencé dès l'adolescence), il a vu et continue de voir tous les films. De Paris à Hollywood, en passant par Londres, Berlin, Venise, Cannes et vingt autres lieux, il a rencontré tous ceux qui ont utilisé l'écriture de lumière ou se sont illustrés sur les écrans. Avec Les Passagers du souvenir, Maurice Bessy a choisi de faire revivre ses rencontres et ses amitiés. Voilà les rois de la nuit, qui se nomment Chaplin, Pagnol, Jeanson et Orson Welles. Et puis vingt, trente, cent personnages auxquels le septième art doit d'être ce qu'il est. Les grands créateurs, d'abord : D.W. Griffith, Mack Sennett, Von Stroheim, et aussi Zecca, Robert Florey, Preston Sturges et, en France, Julien Duvivier, Sacha Guitry, Jean Renoir et Jean Cocteau. Des auteurs dramatiques comme Yves Mirande et Fernand Crommelinck. Et Léo Joannon, René Simon, le maître des acteurs, ou encore Paul Poiret, grand couturier et témoin lui aussi. Des comédiens, bien sûr : de Greta Garbo à Marie-José Nat, de Michel Simon à Grace Kelly, de Fernand Gravey à Jean-Paul Belmondo, de Brigitte Bardot à Jeanne Moreau... Portraits, anecdotes, confidences, petits et grands secrets... Le livre de Maurice Bessy, riche de verve et d'humour, d'émotion et d'intelligence, enchantera tous ceux pour qui le cinéma est un des miroirs le long du chemin.

  • Quel vertige pousse les personnages de ce livre vers une débâcle existentielle qui semble faire leur bonheur ? Pourquoi s'acharnent-ils ainsi à se gommer du monde ? Tous sont en fuite : la soeur est partie, encore adolescente, au bras d'un ouvrier agricole ; le père va se terrer dans un hospice, pour y attendre calmement sa mort ; la mère a choisi de sombrer dans la plus sordide prostitution ; quant à Romain, leur fils et frère, peintre coté devenu clochard, que restera-t-il de lui à part un livret militaire, portant la mention tireur d'élite au fond d'une boîte à chaussures ? Loin de tout misérabilisme, Le tireur d'élite est un livre savamment construit, à l'écriture envoûtante. Mais, s'il s'agit d'un livre-puzzle qui pourra quelquefois dérouter son lecteur, c'est avant tout un roman extrêmement émouvant et sensible. La vie, la souffrance, la déchéance ou la mort prennent ici un relief extraordinaire. Il n'y a décidément pas qu'une seule façon de créer des personnages de chair et de sang - ce beau roman en est une nouvelle preuve.

  • Il s'appelle Jean. C'est un vieil homme. La montagne aura été l'une des grandes passions de sa vie. Et le voilà qui y retourne une nouvelle fois, une dernière fois. Folie ? Quête ? Destin ? En tentant cette ultime ascension, Jean provoque la mort - pour une vie plus haute, peut-être... Si bien qu'entre la montagne et lui, ce sera, tout au long de ces pages passionnées, un combat singulier. Singulier, par l'effort extrême du corps et de la volonté de ce vieil homme ; singulier par cette ascension à laquelle Georges Sonnier, en grand écrivain de la montagne qu'il est, nous fait assister jour après jour, heure après heure ; singulier, enfin, par l'extraordinaire leçon de vie qui s'en dégage... Après Où règne la lumière, Meije, Terre du ciel, Un médecin de montagne, La montagne et l'homme- autant de livres où il affirmait fortement les valeurs humaines de l'alpinisme - Georges Sonnier, dans ce nouveau roman, va plus loin encore : la montagne devient vraiment un personnage, à l'égal de l'homme qui, dans ce corps à corps où se joue son destin, lui arrachera la réponse à bien des questions essentielles.

  • Cordola ? Un îlot perdu quelque part, dans l'Océan. Une terre sauvage et nue, tantôt desséchée par le soleil, tantôt battue par les vents et les pluies. Belle, cependant... Un village peuplé de vieillards et d'enfants, quelques silhouettes énigmatiques, ce docteur suisse venu là pour fouiller les ruines d'une ville très ancienne à l'autre bout de l'île, cet adolescent sauvage et secret comme la terre même de Cordola, ce vieux pêcheur « aux yeux de voyant ». Il y a encore « l'Arbre », en haut de la colline, l'Arbre plein et lourd de choses tues. Et peut-être que l'île tout entière est ainsi, riche d'un silence qui est connaissance... Cordola, c'est aussi le lieu où Anne, cette jeune femme qui a fui le tumulte blessant de la Ville et du Temps, va trouver - mieux qu'un abri - la révélation de soi, la porte intérieure qui ouvre enfin sur la Vie... Là, elle parcourt un chemin lent, parfois mystérieux, presque toujours difficile, qui la mène du sommeil à l'éveil, de la faiblesse à la force, de la nuit de l'ignorance au seuil d'une clarté qui l'effraye et l'attire tout à la fois. Mais, pour Anne, l'itinéraire ne peut être seulement spirituel, abstrait. Il passe par son coeur, par sa chair, que fortifient peu à peu les saisons vécues dans l'île, et que vient bouleverser l'amour. Un amour prodigieux, et cependant éphémère, qui saura lui rendre lumineuse et féconde la solitude retrouvée... Ce roman redonne vie de façon admirable à des mythes universels : le Sage, l'Arbre de la Connaissance, la Ville, l'Initié, le Héros de l'amour venu sur un voilier, le Temple muré avec ses portes de la Solitude et du Silence, le Volcan où remuent la terre et toutes les naissances, la Mort, la Quête enfin... En même temps, ces mythes nous deviennent proches, sensibles, grâce à la vérité des personnages - Anne en particulier, si émouvante, si présente. Grâce également à la somptuosité et à la précision d'une écriture où s'expriment toutes les nuances des sentiments, toutes les subtilités de la pensée, toutes les vibrations de la nature. Ce premier roman est un chef-d'oeuvre.

  • Que fit Jonas, seul, pendant les trois jours qu'il passa dans le ventre de la baleine ? Pendant les trois jours qui, selon la tradition biblique, précédèrent celui de la résurrection ? Tout simplement, il se raconta son agonie, c'est-à-dire sa vie entière, cette histoire d'amour qui n'arrivait pas à passer, qui au bout du compte passa si mal qu'elle fit de lui un mort vivant. Mais Jonas fut-il vraiment seul, pendant ces trois jours ? Il y avait, prétend Dor-Rivaux, six autres voyageurs dans le ventre du monstre. Six compagnons, qu'il s'amuse à appeler - pourquoi pas ? - Aventurine, Arthur, Brutus, Noé, Petrus, Ulysse..., et dont il nous parle ici comme à voix basse. Six « inexistences » si proches de celle de Jonas qu'elles n'en sont peut-être qu'autant d'avatars ! Et de cette diversité, de ces métamorphoses, de cet éclatement de paroles, de cris, de gestes inachevés, naît un récit unique, le récit de Jonas. D'un Jonas qui aurait vécu enfant la Seconde Guerre mondiale, adolescent la guerre d'Algérie, cadre mai 1968... Avec l'ironie du désespéré, avec la hardiesse du rêveur, avec la tendresse d'un homme à la fraternité endolorie, Dor-Rivaux, dans Le Testament de la baleine, raconte sans souci de la chronologie la grande décomposition, le formidable bordel qui accompagne le déclin - la chute - du monde occidental.

  • La chaleur du Midi, la plage, la mer, la maison dans les pins, les amis retrouvés, les habitudes renouées dans un bonheur tranquille. Un bel été. Quarante ans. L'été d'Anne. Les vacances d'une famille heureuse, ponctuées des allées et venues d'un mari occupé, sûr de lui, sûr de sa femme, serein. Sécurité, plaisir, confort d'une existence bourgeoise, agréable, facile, tendre, espérée, protégée, sclérosante, routinière, exaspérante, irrespirable. Lentement, pour Anne, la faille dans l'habitude du bonheur, la déchirure. Les souvenirs, les regrets, les remords, la solitude, la superbe adolescence d'une fille qui lui échappe, la lassitude, le temps qui passe, le temps qui manque, la vie qui coule au soleil, inexorable, au soleil timide de la vie d'une femme. Au fil des mots, la poésie s'installe, nostalgique, sensuelle, épousant le rythme des désirs renaissants, des rêves informulables, jusqu'à l'éclair de la rencontre, l'éblouissement d'un amour fascinant, dangereux, la vérité. Pour qu'éclate la vie, l'espace d'un éclaboussement de lumière, de jeunesse et d'espoir. Le temps d'un soleil fou. Un roman de femme, d'une douceur subversive, envoûtante, parfois cruelle, dans le langage intelligent des nuances et des détails, où l'on s'aventure à penser que peut-être, un jour, la féminité triomphera de la fausse nature des choses.

  • Pierre Angibault se trouve seul à Paris, ayant expédié pour deux mois femme et ses enfants dans le Midi. Désoeuvré, il veut profiter de sa totale liberté pour faire le point sur lui-même, c'est-à-dire sur lui tel qu'il est à ce moment où il va avoir quarante ans. Sa verve, son pouvoir d'autoanalyse, son intelligence, sa lucidité ne lui permettront pas de venir à bout de ce « Tour de l'homme en quatre-vingts jours ». Une dépression, un voyage absurde et en éclair à Marrakech, la perte de son journal intime l'empêchent de mener à bien son entreprise. C'est désemparé qu'il se retrouve à Paris. La suite du roman va nous le découvrir sous un autre jour, différent peut-être, mais certainement plus profond. Angibault y raconte la psychanalyse à laquelle il a recours, en désespoir de cause, pour sortir de cette inexplicable dépression. Il voit successivement deux psychanalystes, dont il fait un portrait ambigu. Tantôt il les admire, tantôt il les ridiculise, et c'est lui qu'il peint à travers eux. Ainsi ce livre se dispose suivant deux cercles : le premier, tout psychologique, nous permet d'entrer dans la vie quotidienne de Pierre Angibault ; le second, tout psychanalytique, conduit à subvertir le conscient par l'inconscient et à faire naître une troisième zone, d'ombre autant que de lumière. À moi-même inconnu, est-ce que cela ne veut pas dire que plus on descend en soi, plus on rencontre l'inconnu ? Ce livre que nous donne aujourd'hui Roland Cailleux n'est pas un roman comme les autres. C'est l'oeuvre d'une vie - dans laquelle se reflète et se diffracte toute notre époque. Après avoir été découvert par André Gide, applaudi par Roger Nimier et Marcel Aymé, Roland Cailleux s'était apparemment arrêté d'écrire pour se vouer à l'exercice de la médecine. À moi-même inconnu, qui représente vingt-cinq ans de silence, consacre avec éclat la rencontre d'une existence et de son rêve.

empty