• Truismes

    Marie Darrieussecq

    Difficile d´écrire son histoire lorsqu´on habite dans une porcherie et, qui plus est, lorsqu´on est devenue une truie. Car telle est l´extraordinaire aventure de la narratrice de cette fable terriblement sensuelle, qui se métamorphose sous les yeux stupides de son ami Honoré, prend du poids, se découvre une soudaine aversion pour la charcuterie, se voit pousser des seins surnuméraires, et finit, bien obligée, par quitter la parfumerie dont elle était l´hôtesse très spéciale...
    Tantôt humaine, tantôt animale, elle erre dans les égouts et dans les jardins publics où elle se nourrit de débris végétaux, elle met bas ses porcelets, devient l´égérie du futur président de la République avant d´être la maîtresse d´un très séduisant loup qui se nourrit de livreurs de pizzas et manquer finir sa vie dans l´assiette de sa propre mère.
    Derrière ces aventures porcines se profile une société aux prises avec un extrémisme obsessionnel de la vie saine mais de fait corrompue, une vaste ferme des animaux où les achats se règlent en Euro ou en Internet Card, où charlatans et fous mystiques se disputent le pouvoir.
    Le récit de cette modification se double donc d'un conte moral où l'oeuvre d'imagination affiche ses intentions de satire sociale. Se plaçant d'emblée sous l'égide de Knut Hamsun, de la glèbe et de la sauvagerie attenante à l'humain, la narratrice, truie endiablée, permet au lecteur de renouer avec des plaisirs de lecture qui viennent de très loin.

  • C'est le printemps ; la famille Dufour s'échappe de Paris le temps d'un déjeuner à la campagne. Une sympathique gargote, une nourriture copieuse, un chat ronronnant, du vin, beaucoup de soleil et deux hommes bien bâtis, dont les bateaux attendent en bord de Seine : l'excursion bucolique est une réussite. Pour Henriette Dufour, jeune bourgeoise bientôt dévoyée, et Henri, le canotier, la promenade sur le fleuve, à l'abri des regards, s'annonce inoubliable... Mais la réalité se rappelle bien vite à eux.
    Chargée de sensualité et de satire sociale, cette nouvelle est suivie de Sur l'eau, Histoire d'une fille de ferme, La Femme de Paul, La Roche aux Guillemots, Le Vieux, L'Ivrogne, Coco, Au printemps, Le Gueux et Histoire vraie.

  • Dans une auberge de campagne en bord de Seine, la famille Dufour rencontre deux jeunes canotiers, dont l'un part en promenade sur l'eau en compagnie de Mlle Dufour. La balade va vite prendre une couleur très intime, qui la marquera à jamais...
    Notions littéraires : l'incipit ; le texte réaliste ; la satire. Contextualisation : la bourgeoisie ; la presse et les gazettes. Histoire des arts : le développement de la nouvelle au XIXe s. ; Renoir, père et fils ; l'adaptation cinématographique.
    Oeuvre du rabat : Renoir

  • En choisissant en 1952 de donner une nouvelle traduction du premier roman de Virginia Woolf The Voyage Out, le grand poète et traducteur Armel Guerne (à qui l'on doit aussi une magistrale version française de Moby Dick) a souhaité donner à lire au plus large public ce texte fondateur de l'auteur de Mrs. Dalloway. Car sous son aspect de satire sociale l'histoire de la jeune Rachel Vinrace est un véritable roman d'apprentissage aux accents autobiographiques évidents. Lorsqu'elle s'embarque pour l'Amérique du Sud sur le bateau de son père, Rachel n'imagine pas que ce voyage commencé sous des traits enchanteurs sera celui des illusions perdues. Certes Mr. et Mrs. Dalloway sont des passagers charmants, certes à l'arrivée en Argentine ce ne seront que bals, baisers et même l'amour. Mais sous la beauté que de noirceurs, les apparences vont vite se fissurer pour laisser la place aux thèmes favoris de l'auteur : désir de capter ce qui existe derrière les choses, une subtile proximité avec la mort. Rachel va tomber malade, se sentira immergée dans un puits d'eau visqueuse. Mais elle entendra aussi cette phrase : « Jamais deux êtres n'ont été aussi heureux que nous l'avons été. » Cette phrase, c'est celle que l'auteur d'Une chambre à soi écrira à son mari Leonard Woolf à la veille de son suicide. E.M. Forster a, dès sa parution, salué Croisière comme « un roman qui n'a peur de rien ».

  • Le 28 juin 1860, Marie Calumet arrive à Saint-Ildefonse pour remettre de l'ordre dans les affaires du curé Flavel. Ses qualités de ménagère et, bien vite, d'administratrice de la paroisse lui attirent l'amour du bedeau et de l'homme engagé du curé, duo d'idiots qui se livrent une lutte homérique pour conquérir son coeur. Quant à Suzon, la nièce du curé, elle rêve des libertés dont elle pourrait jouir si elle était un homme, or son éveil sentimental se bute à la véhémence des interdits religieux, révélant les moeurs d'une époque asphyxiante et l'emprise du clergé sur la vie intime.
    Roman paysan comique issu d'une chanson populaire, satire sociale rabelaisienne, Marie Calumet apporte en 1904 une bouffée d'air frais à une littérature nationale qui sent le renfermé et n'a de cesse d'idéaliser une paysannerie dévote et sans relief. Mais l'archevêque de Montréal ne l'entend pas ainsi et met aussitôt le livre à l'Index. Il faut attendre quarante-deux ans avant qu'en 1946 ne reparaisse le roman - dans une version censurée, qui deviendra le texte de référence aux dépens de l'originale.
    La présente édition restitue enfin la version de 1904 et redonne accès à une oeuvre qu'on commente depuis plus d'un siècle sans l'avoir vraiment lue.

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