Calmann-Lévy (réédition numérique FeniXX)

  • Martine Aubry est la célébrité la plus inconnue de la vie politique française. Soucieuse de protéger son jardin secret, elle demeure un mystère. D'autant plus inaccessible, que son image publique est tout en contrastes : à la fois militante loyale et rétive à l'embrigadement des appareils, austère et facétieuse, sincèrement amicale et irrépressiblement médisante, le coeur dans l'idéalisme social et la raison dans le pragmatisme gestionnaire, un pied dans la gauche jacobine traditionnelle, et l'autre dans la deuxième gauche rénovatrice, suscitant la méfiance des syndicats et la révérence des patrons, dénigrée par les siens et saluée par ses opposants politiques, séductrice détestant la séduction, femme se méfiant du féminisme, elle constitue un paradoxe vivant. Comment cette éphémère ministre du Travail dans le gouvernement Cresson, n'ayant jamais affronté le suffrage des urnes jusqu'aux élections municipales de 1995, caracole-t-elle en tête des sondages d'opinion et incarne-t-elle l'espoir d'une relève ? Pourquoi cette étoile montante du Parti socialiste, est-elle demeurée au zénith de la popularité, au moment où son parti plongeait dans la disgrâce ? Le bilan effectif de son action sur le terrain justifie-t-il sa place dans le coeur des Français ? Ne fait-elle que parler de la politique autrement, ou applique-t-elle réellement une autre politique ? Pendant deux ans, Paul Burel et Natacha Tatu ont multiplié les entretiens avec Martine Aubry, son premier cercle familial et amical, ses partisans comme ses détracteurs, et se sont livrés à une enquête de terrain pour déchiffrer l'énigme Aubry. Ils brossent ici, avec probité intellectuelle et liberté de ton, un portrait biographique contrasté, passionnant, qui fourmille d'anecdotes et retrace deux décennies d'histoire de la question sociale en France.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Silencieuse en France depuis la fin du conflit algérien, l'extrême droite a pris, en 1981, la voix d'un homme que l'on croyait rentré dans l'ombre. Le Pen existe : les électeurs l'ont prouvé à plusieurs reprises. Phénomène de société ou bien épiphénomène politique, l'ascension du champion des slogans nationalistes au palmarès des scores électoraux, n'est toutefois pas une course en solitaire. L'extrême droite présente plusieurs autres visages, qu'il est nécessaire de découvrir pour mieux comprendre la France des années 80. À la lumière d'une connaissance rigoureuse des faits, des idées et des hommes, Alain Rollat brosse le portrait du Front national, et de sa figure centrale, Jean-Marie Le Pen, ainsi que celui de ses frères ennemis, le Parti des forces nouvelles, le Mouvement nationaliste révolutionnaire, l'OEuvre française, le groupe Militant, les néo-nazis français et leurs correspondants européens. Il décrit les scissions et les rivalités multiples, analyse les programmes. Il éclaire le rôle précurseur mais distinct de la nouvelle droite et du Club de l'horloge, montre l'implantation de l'extrême droite dans des partis comme le C.N.I.P., mais aussi dans les milieux catholiques, ainsi que la tendance à une certaine hégémonie de ses idées dans le domaine culturel. Ce nouveau panorama n'aura été rendu possible que par l'arrivée de la gauche au pouvoir. Aussi bien s'interroge-t-on : l'extrême droite a-t-elle un avenir ? Bouleversera-t-elle l'échiquier électoral lors des prochaines consultations nationales ? Sera-t-elle l'enjeu de nouvelles alliances ? Livre d'actualité et de référence, l'ouvrage pertinent et impertinent d'Alain Rollat fournit des réponses à une interrogation qui, à juste titre, préoccupe les Français.

  • Les années 1978 et 1979 représentent, pour la France, une période essentielle. Quels que soient le ou les partis au pouvoir, le pays devra prendre un virage important et peut-être décisif, dans le domaine économique. L'économie française, en effet, vit ingénument sur sa lancée. La facilité à laquelle elle s'est trop laissée aller lui a permis de bénéficier de certains progrès, mais, faute d'avoir amorcé à temps les innovations nécessaires, le pays va affronter de graves troubles économiques et sociaux. Pour les éviter, s'impose une mutation profonde, dont la France a les moyens. À travers les jours difficiles qui l'attendent, elle peut se construire un avenir neuf. Cette grande mutation doit avoir deux pôles essentiels : la jeunesse et la lumière, c'est-à-dire la connaissance. Devant la persistance du chômage et de l'inflation, les incertitudes de l'écologie, la pénurie d'énergie, il faut, tout en adaptant les habitudes économiques à notre temps, prendre conscience du vieillissement de la population qui pèse sourdement, clandestinement, sur les institutions et y remédier. Enfin, et par-dessus tout, le peuple souverain doit pouvoir prendre connaissance de ses propres affaires, contrairement à l'obscurantisme et aux mirages actuels. La lumière n'est-elle pas la condition même de la démocratie ? Plus que jamais, Alfred Sauvy, grâce à une vue en profondeur des problèmes de l'économie, nous propose des solutions claires et novatrices.

  • La majorité se lézarde. Jacques Chirac défie Valéry Giscard d'Estaing. Depuis plus de deux ans, les giscardiens savent cet affrontement inévitable. Mars 1977-mars 1979 : deux années capitales pour comprendre les soubresauts d'aujourd'hui. Peu contestée pendant près de vingt ans, la domination gaulliste est remise en cause par l'avènement des nouveaux giscardiens regroupés au sein de l'U.D.F. Deux années, pendant lesquelles les discours officiels ont longtemps masqué les intentions réelles des uns et des autres. À travers l'élection européenne, c'est déjà l'élection présidentielle de 1981 qui est en jeu. Grâce à des documents longtemps considérés comme secrets, ce livre montre comment les nouveaux giscardiens se préparent, depuis deux ans, à gagner cette bataille de la majorité, pour que 1981 soit l'an 1 du giscardisme. Une perspective lourde de conséquences politiques, car elle suppose un rééquilibrage au sein de la majorité, voire une ouverture vers l'opposition. Mêlant l'anecdote et l'indiscrétion, le portrait sur le vif, et le récit des intrigues, Daniel Seguin parvient, avec brio, à transformer en roman d'aventures ce qui pourrait n'être que la narration d'une page d'histoire politique.

  • L'Allemagne change. Pendant une génération, la République fédérale d'Allemagne a été un modèle de prospérité économique, de relations sociales apaisées et de stabilité politique. Cette réussite, qui fut aussi une restauration, est incarnée par trois chanceliers : Adenauer, Brandt et Schmidt. Depuis quelques années tout a été remis en question. La crise économique multiplie le nombre des chômeurs et des faillites. Le fonctionnement du système politique, d'abord menacé par un terrorisme sanglant, est altéré par l'apparition de mouvements écologistes et antinucléaires, dont la contestation violente s'étend à tous les aspects de la société libérale. L'ancrage à l'Occident, fondement immuable de la politique extérieure depuis Adenauer, est mis en cause par la montée du pacifisme et du neutralisme, dont bénéficient l'U.R.S.S. et ses clients. Il y a plus grave : c'est l'ensemble des valeurs traditionnelles de la société allemande, quarante ans à peine après l'écroulement du nazisme, qui est atteint. Sa connaissance de l'Allemagne qualifiait Joseph Rovan pour présenter, au lendemain des élections allemandes, l'Allemagne du changement. Il décrit les institutions et les partis politiques. Il nous donne un portrait attachant, et sans complaisance, des principaux dirigeants : Schmidt, Kohl, Strauss, Vogel. Après le bilan de l'ère social-démocrate, il analyse le sens profond de la mutation des valeurs qui affecte la société allemande, et de ses conséquences pour l'avenir de ce pays. Cet avenir est aussi en partie le nôtre.

  • Servan-Schreiber : un nom entré dans l'histoire politique et journalistique des trente dernières années ; plus même, une véritable dynastie, célèbre dans tout l'hexagone... Jamais, pourtant, personne n'avait tenté d'en montrer la face cachée. C'est ce que fait ici l'un de ses membres, Jean-Claude Servan-Schreiber. Il décide d'ouvrir en grand les portes de la famille. Quelques-unes claquent. Avec humour et sincérité, il bouscule, sans complaisance, bien des idées reçues sur un monde, le sien, au carrefour du pouvoir, de l'argent et de l'information. À soixante et un ans, Jean-Claude reste l'enfant terrible des Servan-Schreiber, le Huron de la famille. Il n'hésite pas à révéler le dessous des cartes, et à mettre les pieds dans le plat. Résistant de la première heure, il ne s'est jamais départi de sa fidélité au général de Gaulle, avec lequel il a entretenu des rapports privilégiés. Aujourd'hui, il siège dans les instances dirigeantes du R.P.R., auprès de Jacques Chirac, non sans désillusions, comme on le lira... Son histoire est aussi celle du journal Les Échos et de L'Express, une aventure tourmentée qui a déchiré les Servan-Schreiber. Il fut le promoteur de la publicité à la télévision - une étape particulièrement importante dans la vie du petit écran. Avec son passé et son nom, Jean-Claude Servan-Schreiber pouvait revendiquer une première place dans l'actualité. Il a préféré le rôle modeste, mais critique, du spectateur, à celui, plus tapageur, de l'acteur. Son livre n'en prend que plus de relief par sa liberté de ton et ses révélations.

  • Pour le physicien, le monde est un et il tourne rond. Pour l'homme avisé, en revanche, il est constitué de plusieurs mondes, qui ne tournent pas exactement dans le même sens. À l'Est, un bloc solide va, fortifiant ses positions fondées sur la méfiance. Au Nord, les populations accroissent leur richesse, et s'appauvrissent en enfants. Au Sud, dans un mouvement inverse, le nombre des enfants grandit, mais pas celui des richesses. Sans être prophète, on peut prévoir qu'il résultera fatalement de cette situation un mouvement des pauvres vers les riches. Ce sont les conditions de cette marche et ses implications, qu'Alfred Sauvy étudie avec son brio habituel et cette étonnante façon de nous rendre absolument limpide et évident, le tableau complexe de la situation mondiale. En suivant avec lui les migrations de population sur la planète - et l'on s'aperçoit combien sont proches, par leurs problèmes, tous les travailleurs immigrés ou clandestins, qu'ils arrivent en France ou aux États-Unis - nous effectuons un tour historique, sociologique, économique et démographique de la Terre, pour nous arrêter sur ce point d'interrogation qui nous concerne au plus près : l'Europe peut-elle encore se sauver ?

  • Le CERES (Centre d'Études, de Recherches et d'Éducation Socialistes) est connu comme un mouvement d'idées et d'action, animé par de jeunes leaders qui contribuent au changement de la gauche traditionnelle. Mais quel rôle a-t-il joué exactement depuis sa fondation, et quel combat entend-il mener pour l'avenir ? C'est ce qu'expliquent ici Michel Charzat, Jean-Pierre Chevènement et Ghislaine Toutain. Animé par la volonté de rendre au socialisme les armes de son ambition, le CERES est né de deux idées-force : la reconstruction d'un grand parti socialiste, instrument de rénovation du socialisme démocratique ; la nécessité de l'union de la gauche. Devenu aujourd'hui un pôle militant, qui influence plus du quart du parti socialiste, il a contribué à faire prendre un raccourci à l'Histoire. Que l'application de ses idées ne soit pas étrangère au renouveau du P.S., à son choix autogestionnaire, c'est ce dont témoigne ce livre, premier ouvrage consacré à l'histoire, la doctrine et la physiologie, d'un mouvement qui n'a pas fini de faire parler de lui.

  • C'était il y a moins d'un an... Souvenez-vous : le génocide de Timisoara, les ogres de la Securitate, la lutte héroïque du peuple roumain pour arracher sa liberté à un tyran assoiffé de sang, le procès et la mise à mort du Génie des Carpates et de la folle Elena, la constitution, dans la fièvre, d'un Front de salut national toujours menacé, censé guider un pays moribond sur le chemin de la démocratie... Nous savons aujourd'hui que ce feuilleton édifiant n'a été qu'une immense imposture. Aurions-nous tous été abusés par un coup d'État maquillé en soulèvement populaire ? Radu Portocala montre ici que la tragédie sanglante mise en scène à Bucarest, n'a été qu'une comédie grinçante écrite à Moscou. Derrière le mirage de la révolution en direct, et le trompe-l'oeil de la transparence télévisuelle, derrière les cadavres d'un faux charnier, et la parodie d'un vrai procès, derrière les figurants d'une opposition fantôme, et les marionnettes d'une relève illusoire, cette chronique haletante dévoile, pour la première fois, la machinerie du mensonge. À la lumière de ce récit aux allures d'enquête policière, les enjeux de la mystification roumaine apparaissent clairement : reconduire le communisme menacé en éconduisant un despote trop visible. D'autres têtes tomberont probablement au tranchant de cette étrange révolution qui n'a pas fini de faire parler d'elle...

  • Hier mythe à la mode, le tiers mondisme est aujourd'hui contrebattu et dénoncé. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les mouvements de libération nationaux (Viêt Minh, F.L.N. algérien, etc.) profitent de l'affaiblissement de l'Europe et de l'esprit du temps, ils imposent l'indépendance du monde asiatique et africain. L'européocentrisme, naguère triomphant, est contesté et rejeté. C'est l'émergence de peuples conquis, dominés, qui furent longtemps cantonnés dans ce que le grand écrivain mexicain Octavio Paz a nommé les faubourgs de l'histoire : qu'il s'agisse de l'Égypte, de l'Inde, du Maghreb, de l'Angola, du Mozambique, et autres. Leur réapparition violente, en tant que sujets de l'histoire active, est une réalité majeure de notre temps. Il n'est pas possible de sous-estimer l'importance de la fin de la période coloniale, de la prise de conscience des rapports Nord-Sud et de la situation particulière des pays d'Asie, d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Amérique latine (Chili, Bolivie, Brésil, etc.). Désormais, le reflux de l'idéologie tiers-mondiste est à peu près total. Ce phénomène est dû à une conjonction de facteurs : fin de l'illusion lyrique (Algérie, Cuba, Palestiniens, etc.) ; émergence d'États dont la nature est tyrannique ou totalitaire (Ouganda, Guinée, Cambodge de Pol Pot, Iran de Khomeny) ; oppression de minorités (Kurdes, comme hier Arméniens, etc.) ; développement économique médiocre, et réalités politiques aux antipodes le plus souvent des déclarations de principe. Ce reflux est aussi dû à une meilleure appréciation du totalitarisme soviétique, et de l'échec de l'utopie chinoise. Il est dû, enfin, aux conséquences multiples de la crise économique, et du renforcement de la puissance militaire de l'U.R.S.S. et de l'opposition qu'elle suscite (Afghanistan, Pologne, etc.). Le présent ouvrage évalue, pour la première fois, ces thèmes sans manichéisme et regroupe (dans une seconde partie) une série de textes, de 1965 à nos jours, qui retracent un itinéraire et une époque à travers le tiers monde.

  • La France devient un État de passe-droit. L'État, les élus, ne font pas leur travail quand la notion d'intérêt public est détournée au profit des intérêts particuliers ou quand les décisions des tribunaux arrivent trop tard pour protéger les citoyens contre les copains et les coquins, ou contre certains élus locaux qui se comportent comme des dictateurs. Dans de nombreux cas, l'État va trop loin dans la complicité. Ça suffit comme ça ! Nous allons organiser la désobéissance civile, en mettant au point des techniques de combat, pour placer le gouvernement et le Parlement au pied du mur.

  • Quelle politique de défense pour la France ? Cette question n'appartient plus au cercle fermé des seuls responsables civils et militaires. Elle est devenue l'objet d'un débat public, auquel participent non seulement les stratèges, mais aussi les hommes politiques et les journalistes de toutes tendances. L'installation des S.S. 20 à l'Est, et l'invasion par l'U.R.S.S. de l'Afghanistan, ont révélé brutalement les modifications intervenues récemment dans l'environnement technologique et diplomatique international. Il s'agit alors de savoir si le système de défense de la France, mis en oeuvre depuis une quinzaine d'années, et fondé sur le concept de dissuasion nucléaire national, demeure le mieux adapté pour répondre à cette nouvelle situation. Le général Valentin, qui tire son argumentation d'une longue expérience, acquise aux différents postes de responsabilités qu'il a occupés, tant sur le terrain que dans les états-majors, pense que le maintien des options fondamentales de notre politique de défense n'est pas incompatible avec certains aménagements. Rappelant la vision, essentiellement pragmatique, du général de Gaulle, il montre notamment que l'arme nucléaire tactique, dont il prône un développement raisonnable, trouve sa place naturelle à l'intérieur de notre doctrine de dissuasion nucléaire. Mais ses réflexions ne concernent pas seulement le volet nucléaire de nos forces. Elles couvrent également la défense opérationnelle du territoire, et l'intervention extérieure : autant de sujets importants sur lesquels l'auteur développe des idées réalistes. Ennemi du tout ou rien, le général Valentin offre dans cet ouvrage un panorama complet des missions contemporaines, qui incombent à la défense de la France, et discute, avec rigueur et précision, les différentes solutions proposées, avant de se prononcer pour des formules nuancées, qui n'excluent pas une ardente conviction.

  • Depuis la crise pétrolière, nombre de pratiques et d'idées dominantes, en matière de relations économiques internationales, ont été ébranlées : certains pays en développement ne sont plus seulement des vendeurs de matières premières et de produits énergétiques, mais ils se mettent également à concurrencer les pays industriels sur les marchés des produits manufacturés ; les pays industriels à monnaie forte, comme l'Allemagne et le Japon, continuent d'accroître leurs exportations, en dépit de la réévaluation constante de leur devise ; les prix mondiaux, enfin, grimpent souvent plus vite que les prix nationaux. Ces faits récents sont-ils cependant suffisants, pour remettre en cause la marche vers le libre-échange qui a caractérisé l'économie mondiale des vingt dernières années ? C'est à cette question capitale que se propose de répondre Christian Mégrelis, en se fondant à la fois sur une expérience personnelle concrète, et sur une réflexion historique approfondie. Son diagnostic est clair et sans équivoque. Nous sommes aujourd'hui condamnés à une interdépendance mondiale accrue, et le retour au protectionnisme, qui pourrait tenter certains esprits, est désormais impossible. Mais laisser-passer n'est pas synonyme de laisser-faire et les leçons, parfois fructueuses, d'une politique économique nationale et volontaire, méritent d'être méditées. C'est pourquoi la solution réside dans des formules nouvelles de coopération internationale, associant étroitement les anciens et les nouveaux pays industriels dans un redéploiement des structures mondiales de production, qui s'accompagnerait d'une redistribution des responsabilités des uns et des autres. Précis et réaliste, l'ouvrage de C. Mégrelis dépasse le terrain de la seule spéculation intellectuelle, pour esquisser des formules inédites, susceptibles de fournir des ouvertures à la crise actuelle. Danger : protectionnisme ne représente pas seulement une mise en garde, c'est aussi, et surtout, un exercice de prospective appliquée, qui concerne directement les témoins et les acteurs internationaux des deux prochaines décennies.

  • Printemps 1990 : la Hongrie découvre la démocratie. Des élections législatives portent au pouvoir une coalition de centre droit. Été 1990 : Blandine Milcent, journaliste de trente ans, part à la rencontre des Hongrois et de leurs espoirs. Depuis le début des années 1980, la crise économique a secoué un pays qui vit au-dessus de ses moyens et qui bascule en mai 1988 lorsque János Kádár est destitué après 32 ans au pouvoir. Le rideau de fer a été démantelé. Le communisme a été balayé. Mais où en est la Hongrie ? Comment les Hongrois vivent-ils leurs premiers pas en démocratie ? Ont-ils peur de l'avenir ? Comment font-ils pour vivre au jour le jour ? Les Hongrois travaillent. Ils se débrouillent... Ils doutent aussi. Blandine Milcent, en compagnie d'Attila, pianiste hongrois en exil depuis de longues années, nous raconte son voyage et nous fait découvrir la Hongrie profonde à l'épreuve de la liberté.

  • Le jour où Andréas Baader se donne la mort dans la prison de Stammheim, un journaliste français, Thomas, enquête à Bonn sur l'enlèvement, par la Fraction armée rouge, de Hans-Martin Schleyer, patron des patrons ouest-allemands. L'enlèvement surprend plusieurs personnages, dont nous allons suivre les réactions à travers les allées et venues d'un reportage qui perd peu à peu de son objet, mais provoque chez chacun une remise en cause de sa vie. C'est la solitude de Gysèle Bauer, une jeune femme interprète, la détresse d'un diplomate, dont la carrière se trouve compromise, la lâcheté d'un couple de marginaux, Joachim et Georg, saisis par le démon du terrorisme amateur. Face à la discipline trompeuse d'une société mobilisée contre la violence, on dirait que les uns et les autres prennent soudain la mesure de leur propre désordre intérieur, et deviennent pour Thomas comme autant de signes du destin, qui le conduiront aux portes de la mort. Un récit dramatique, où le suspense est habilement ménagé, une analyse sans complaisance du terrorisme, la première sans doute à nous montrer comment un mal social peut dérégler la conscience individuelle et la conduire à sa perte.

  • Lorsque la gauche approche du pouvoir, à fortiori lorsqu'elle s'y installe, le terrorisme est vite au rendez-vous. C'est la leçon du modèle italien de terreur qui s'est épanoui au moment du compromis historique. Aldo Moro, artisan de l'entrée subreptice du P.C.I. au coeur de l'État péninsulaire, a payé son audace de sa vie. Les Brigades rouges italiennes n'incarnent ni un mouvement de revendication nationale, comme au Pays basque espagnol, ni un mouvement religieux-racial minoritaire, comme en Irlande du Nord, ni un mouvement, enfin, qui exprime les complexes des pères vis-à-vis du national-socialisme, ou celui des fils face à la prospérité économique, comme en Allemagne fédérale. De tous les terrorismes contemporains, l'italien est le seul qui ne se fonde sur aucun des grands moteurs de la violence armée au sein des pays développés. Le seul donc, qui réussisse à s'organiser en dehors des conditions normales pour une guerre civile. Le terrorisme italien est un mouvement politique armé contre-réformiste, qui utilise la violence comme argument de débat, et s'attaque aux hommes porteurs de changement : des magistrats progressistes, des juges qui ont le sens de l'État, des administrateurs intègres, des professeurs démocrates, des journalistes réformistes, des hommes politiques, enfin, qui veulent faire participer les représentants du mouvement ouvrier aux institutions de la bourgeoisie. Leur but ? Dévoiler aux yeux du prolétariat la nature réelle de l'État-fasciste, présenté comme un maillon de l'impérialisme des multinationales, au moment où la gauche s'en approche, et tente de l'amender. Or, la gauche se trouve désarmée devant ses idéologues passés d'un coup à l'acte, et qu'elle a nourris dans son sein. Dans la France socialiste, si le chômage augmente, si le parti communiste confirme son processus révisionniste, on ne peut exclure une explosion de terrorisme rouge, qui tenterait de s'appuyer sur l'opposition sociale des sans travail et des sans espoir, que la gauche au pouvoir n'aurait pu satisfaire dans leurs confuses aspirations.

  • La crise produite dans l'O.T.A.N. par les décisions draconiennes du gouvernement français crée l'occasion unique d'aboutir à une réforme de l'alliance qui avait été inutilement tentée depuis plusieurs années. Dans cette circonstance, il importait qu'une personnalité particulièrement informée des problèmes de l'O.T.A.N. présentât une solution constructive qui permette de sortir des difficultés actuelles et d'éviter qu'elle ne débouche sur certaines solutions très fâcheuses qui se dessinent actuellement. C'est ce qu'a fait le général Beaufre en écrivant ce livre. La solution qu'il présente a pour avantage de tenir compte des divers impératifs contradictoires exprimés dans l'alliance et de définir une formule qui puisse à la fois reconstituer une solidarité atlantique et jeter les fondations d'un système de défense européenne.

  • Une sous-préfecture de province à l'heure de la « révolution de mai » et pendant la campagne électorale qui suivit. Abandonnant provisoirement les grands sujets de politique étrangère et d'histoire contemporaine qu'il a l'habitude de traiter pour l'Express, le Monde Diplomatique, l'auteur des Carnets secrets de la décolonisation nous conte les péripéties des « Orages de mai » dans l'arrondissement de Vendôme, en Loir-et-Cher, pris comme circonscription-type de la France rurale. Une explosion de grèves locales et de manifestations dont l'ampleur, à Vendôme, surprend tout le monde. La grande peur des notables et la désapprobation de la population paysanne, qui se retournent contre le député sortant, membre de la Fédération de la gauche. Pour deux cents ou deux cent cinquante circonscriptions de province, les événements de mai-juin ont dû se passer, à peu près, comme Georges Chaffard les a vus en Vendômois, et comme il les rapporte dans ce récit alerte où le souci de mener une enquête sérieuse n'exclut pas un sens de la couleur et de l'humour. En nous présentant sans parti-pris la photographie d'une circonscription-étalon aux heures chaudes du printemps 1968, Georges Chaffard montre comment les événements qui, vus de Paris, semblaient ébranler la Ve République, ont, en province, peu pénétré ce que l'auteur appelle « le tissu coriace de la France rurale ».

  • Pénétrant tête haute dans les institutions de la bourgeoisie, le parti communiste italien, après trente années de longue marche vers le pouvoir, se trouve aujourd'hui en mesure de conditionner les choix politiques et économiques de la société italienne. En effet, le plus puissant des P.C. européens (1 750 000 adhérents ; 34,5 % des suffrages aux élections de 1976), le parti de Gramsci, Togliatti et Berlinguer, est tout simplement devenu un élément indispensable au fonctionnement de la démocratie. Auteur du « compromis historique » - la seule stratégie nouvelle élaborée par le mouvement communiste international depuis les "fronts populaires" de 1935 - il a été mal compris par la gauche européenne à laquelle il renvoie l'image de son sectarisme et de ses innombrables échecs. Cette voie démocratique, progressive, autonome à l'égard de Moscou, qui, pour éviter la coupure du pays en deux et la conquête du pouvoir avec 51 % des suffrages, prend à contre-pied l'union de la gauche et le programme commun de gouvernement, aboutit à ce résultat paradoxal de proposer une alliance avec l'adversaire, avec celui qui pense "autrement", c'est-à-dire, en Italie, les catholiques et le parti démo-chrétien. Peut-on, avec le compromis historique, faire la révolution sans révolution, sans quitter l'OTAN, sans abolir certains mécanismes de l'économie de marché, et en se compromettant dans la résolution de la crise économique ? Le compromis historique offre-t-il une recette pour gagner des voix ? Enrico Berlinguer et le P.C. italien proposent-ils ce que Leonid Brejnev appelle, dit-on, un « socialisme hypothétique » ? L'analyse de Marcelle Padovani, correspondante à Rome du Nouvel Observateur, permet de mieux comprendre la situation politique unique d'un pays vers lequel sont tournés tous les regards, à l'Ouest comme à l'Est.

  • Tenir tête aux pollueurs... Protéger les rivages, les rivières, l'air, le sol, le sous-sol de la cupidité des industriels et des constructeurs... Bâtir des villes qui soient belles et habitables... Lutter contre le bruit... Est-ce possible dans notre société libérale, guidée par le souci de la rentabilité et la recherche systématique du profit maximum ? Est-ce supportable par l'économie d'un pays qui a déjà bien du mal à réussir son industrialisation ? C'est possible et c'est même indispensable, répond Robert Poujade. La société libérale est en train de jouer son avenir sur la question de savoir si elle résoudra ou non le problème de l'environnement et de la protection de la nature. Mais ce ne sera pas là tâche facile. Robert Poujade le sait, qui a créé en janvier 1971, à la demande de Georges Pompidou, le ministère de la Protection de la nature et de l'Environnement, devenu ministère de la Qualité de la vie. Pendant un an, il s'est tu. Aujourd'hui, il raconte son expérience, son combat pendant trois ans contre l'esprit de lucre des uns, la négligence, la routine ou l'égoïsme des autres. Son combat contre l'industrie privée bien sûr, mais aussi contre l'inertie de l'administration, jalouse de ses prérogatives et de ses traditions ; contre les entreprises publiques, comme l'E.D.F. qui plante "autoritairement ses pylônes aux plus mauvais endroits". Ce que Robert Poujade raconte dans son livre, c'est l'aventure étonnante et par bien des côtés inquiétante de ce "ministère de l'impossible" qui dérangeait trop de gens pour qu'on lui donne tous les moyens d'agir.

  • Les mois passent et puis les années. Attachés aux événements au jour le jour, nous ne distinguons pas bien les grands mouvements de fond. La petite aiguille de la montre est la plus importante, mais nous ne la voyons pas bouger. Avec La montée des jeunes, Alfred Sauvy nous plonge au sein même de l'histoire de France, telle qu'elle se dessine, mais telle qu'on ne la voit pas encore. Cette poussée de jeunes rameaux sur le vieil arbre, après un siècle et demi de vieillissement, c'est-à-dire de dessèchement, est un signe extraordinaire de renouveau, dont les conséquences se feront peu à peu sentir. Les cinquante années qui viennent de s'écouler, l'auteur nous les retrace, pour la France, d'une façon bien peu conforme à ce qu'on peut lire dans les manuels. Mais cette vue saisissante nous permet de mieux nous projeter en avant, à la recherche de notre destin. La montée des jeunes n'est cependant pas le talisman magique qui, par sa propre vertu, ranime tout autour de lui. Elle impose à la France une charge sérieuse, les douleurs d'un immense et glorieux enfantement. La nécessité de cet « accueil » aux jeunes amène l'auteur à décrire les conditions de l'économie française, à déraciner les vieilles idées économiques sur le développement et à montrer une doctrine neuve. Le chemin de la France nous apparaît alors clair et prometteur. Un véritable rebondissement dans l'histoire.

  • La France a tout à la fois trop et pas assez de police. Trop si l'on considère que près d'un Français actif sur cent se consacre à cette tâche. Et qu'un policier sur quatre et un gendarme sur cinq ne font que du maintien de l'ordre. Chiffres inquiétants ! Mais dans les quartiers que ne visite jamais aucune patrouille on pense plutôt que la France n'a pas assez de police. Et on n'a pas tort non plus, car la délinquance progresse à pas de géants. Des commissariats insalubres. Pas de gardiens. Pas de voitures. Pas d'essence. Mais pendant ce temps, on déplace, comme à plaisir, des colonnes de C.R.S. sur les routes de France. On achète des tracteurs-à-déblayer-les-barricades qui coûtent, chacun, le prix de trois cars de police-secours et ne sont jamais utilisés. La morale sociale s'effondre. L'ancien système de valeurs n'existe plus. Il faudrait à la France des policiers préparés à réfléchir par eux-mêmes. On les forme au contraire à devenir des robots de la répression, de l'espionnage téléphonique, de la filature, de la mise en fiche. On tue chez eux les réflexes républicains. On ne leur explique pas le monde dans lequel ils vivent. Ce sont là les conséquences du "système Marcellin", dénoncé par les policiers encore "sains". Ministre de l'Intérieur hors du commun, resté à ce poste pendant près de six ans, Raymond Marcellin a marqué de son empreinte le corps policier.

  • La France fait aux femmes, dans les instances du pouvoir, une place particulièrement réduite, nous le savons tous. Mais qu'en pensent les femmes elles-mêmes ? Interrogées par Maurice Maschino, toutes ont répondu à ses questions, en laissant de côté l'habituelle langue de bois de ceux qui exercent du pouvoir. Des moins connues, aux plus illustres - comme Jacqueline de Romilly, Anne Sinclair ou Simone Veil, toutes ont accepté de raconter leur itinéraire, de dire leurs difficultés pour parvenir là où elles sont aujourd'hui, les résistances du milieu, les pièges tendus par leurs collègues masculins. Mais la réalité est loin d'être aussi simple ; et on sera surpris, en lisant ce qu'elles relatent, de voir combien leurs motivations sont différentes de celles des hommes, combien elles se préoccupent peu des signes extérieurs de pouvoir ; comme si, finalement, l'essentiel n'était pas là pour elles. Aussi y a-t-il pas mal d'humour dans la façon dont elles disent à leurs collègues : Après vous, messieurs...

empty