Les Belles Lettres éditions

  • Ce grand livre posthume d'Allan Bloom part d'un constat anxieux : le lien humain se défait. Non par l'effet de quelque fatalité extérieure, mais simplement parce que nous le voulons ainsi : nous nous voulons de plus en plus des « individus libres et authentiques », eh bien, nous avons ce que vous voulons, nous avons, au lieu de l'amour ou de l'amitié, des « relations sexuelles » ou des « relations amicales ». Alors le projet d'Allan Bloom est de retrouver la complexité, les triomphes et les échecs - bref, la vérité - du lien humain, amoureux et amical. Comment ? En lui redonnant la parole, par une exploration merveilleusement ample et libre des grandes oeuvres de notre culture, où l'amour et l'amitié ont trouvé leurs expressions les plus splendides, les plus convaincantes - ou les plus troublantes. Rousseau, Shakespeare et Platon sont les trois grandes étapes de cette redécouverte où il nous est finalement montré comment, et en quel sens, la recherche commune et l'amour de la « sagesse » peuvent constituer la plus haute possibilité de l'âme et former le lien humain le plus fort parce que le plus véridique. C'est peu de dire que l'auteur porte légèrement sa science. Il se meut avec autorité et agilité dans l'immense étendue de notre empire intérieur. « C'est un assez beau roman que celui de la nature humaine », écrit quelque part Rousseau. C'est ce roman-là que nous propose Allan Bloom, et il est plus profondément intéressant et émouvant qu'aucun roman d'amour. Allan Bloom (1930-1992), philosophe, élève de Leo Strauss, fervent défenseur des textes classiques, fut très critique du système universitaire américain qu'il quitta en 1970 pour aller enseigner à l'étranger. Traducteur de Platon et de Rousseau, il a publié différents essais, le plus célèbre étant L'Âme désarmée.

  • Libre penseur, tel fut Bertrand Russell et tel il nous manque en ces temps de pensée unique, cathodique et pseudo-bienséante. Aussi bien les marques de son génie n'ont-elles pas pris la moindre ride et les textes ici rassemblés, vieux d'un demi-siècle, ont-ils conservé tout leur mordant à propos de sujets - la morale et la religion - sur lesquels l'évolution des mentalités paraît bien lente comparée à celle des techniques. La réédition de l'essai fameux de Russell sur Le Mariage et la morale (1929) avec ceux, contemporains, réunis sous le titre Pourquoi je ne suis pas chrétien par le Pr Paul Edwards en 1957, s'imposait d'autant que l'ensemble fut produit comme pièces à conviction dans l'espèce de procès en immoralité qui fut diligenté contre Russell en 1940 pour lui interdire d'enseigner au Collège de la Ville de New-York.


    Bertrand Russell (1872-1970) est le plus éminent philosophe britannique du XXe siècle. Il apporta des contributions décisives dans les domaines de la logique et de l'épistémologie. Ses principes éthiques, qu'il incarna à travers ses engagements politiques et ses prises de position tranchées, lui valurent deux fois la prison mais aussi le prix Nobel de littérature en 1950.

  • Des jeunes filles chantent en choeur le désir homoérotique que leur inspire leur chorège tout en disant leur relation rituelle avec une déesse, incarnation de la beauté féminine. Les mots chantés sur un pas de danse chorale ont été composés par un poète masculin au service de la cité de Sparte, pourtant célèbre pour sa culture militaire masculine. À l'exemple des poèmes dits parthénées du poète Alcman, on s'interroge successivement sur les formes poétiques et rituelles assumées par une sexualité dépassant l'opposition moderne entre hétéro- et homosexualité, sur les rapports sociaux et religieux de sexe que ces performances poétiques mettent en jeu, sur la culture musicale du chant qu'elles impliquent avec ses formes institutionnelles, sur des pratiques rituelles adossées aux récits héroïques fondateurs de la cité, sur les qualités et fonctions des divinités auxquelles sont destinées ces célébrations politiques et religieuses de l'adolescence féminine : Artémis, Apollon, Héra, Aphrodite et, à Sparte, Hélène. En combinaison avec une perspective d'histoire des religions en régime polythéiste, l'approche offerte par l'anthropologie culturelle et sociale invite à aborder la fonction sociale autant de ces performances musicales que des relations sexuelles impliquées. La comparaison anthropologique avec les processus rituels de l'initiation tribale permet de saisir le sens esthétique et politique de l'éducation chorale et rituelle des jeunes filles en Grèce ancienne ; ce processus éducatif à caractère initiatique les prépare aux rôles différenciés de sexe et aux statuts sociaux qu'elles assument en tant qu'adultes.

  • Freud (1856-1939), avant d'appartenir, de plein droit, à la Culture, a commencé par faire scandale, au tournant du XXe siècle, s'étant lancé, seul et rationnellement, sur l'invraisemblable voie de l'élucidation de l'énigme du désir ""sexuel"" de l'homme.
    Cette voie périlleuse était réputée mener à la folie. Elle mènera Freud à la découverte de la psychanalyse: expérience éthique irremplaçable pour la reconnaissance de la subjectivité de l'homme moderne.
    On essaie ici de re-parcourir cette voie en indiquant obstacles et difficultés: d'hystérie en refoulement, d'OEdipe en névrose, d'inconscient en psychose, de fantasme en fantasme originaire, de transfert en Sur-Moi, d'éros en pulsion-de-mort de prendre au sérieux les objections majeures faites à Freud de faire le point, enfin, sur la cure analytique
    Patrick Landman, Psychiatre. Psychanalyste. Juriste et la ""technique"" qu'elle met en oeuvre.

  • L'amour n'a jamais connu de loi, chante la Carmen de Bizet. L'affirmation était particulièrement vraie aux temps de l'Espagne médiévale et aurait assurément été corroborée par les chrétiens, les juifs et les musulmans qui vivaient alors sur le territoire de l'ancienne Hispanie. Convaincus que la Création était bonne et avait été faite par Dieu pour que l'homme en jouisse, les Espagnols du Moyen Âge n'ont jamais considéré le sexe comme un péché, tout au plus comme une peccadille, et, appuyés en cela par les médecins, n'ont écouté ni les moralistes ni les hommes de loi à l'heure de donner libre court à leurs sentiments ou à leurs désirs.
    L'ouvrage propose une visite déconcertante dans ce labyrinthe des passions espagnoles depuis l'union mystique recherchée par Ibn Arabi et les kabbalistes aux bordels de Valence, en passant par l'exaltation de l'amitié, le mariage, l'homosexualité ou l'union libre.

empty