Langue française

  • Les frontières séparent, dit-on, les territoires, les espaces, les individus et les communautés. Elles sont tantôt solides comme un mur, tantôt légères comme un fil. Matérielles ou symboliques, durables ou éphémères, profanes ou sacrées, les frontières partagent. Mais, comme la porte, la frontière est aussi ce que deux entités ont en partage ; comme le seuil, la frontière entrelace les espaces.L'eruv est cette frontière discrète, ce mur symbolique fait de portes, cette séparation presque immatérielle qui privatise une portion de la voie publique pour permettre aux Juifs rabbiniques de respecter les interdits du shabbat à l'extérieur du domicile. Réfléchir à l'eruv ce mur fait de fils tendus sur la ville , c'est interroger notre lecture d'un espace commun aux significations multiples, c'est questionner notre conception de la bonne distance entre la religion et le politique, c'est évaluer la tolérance des sociétés démocratiques à la différence. Sans que les frontières ne deviennent des clôtures et sans que les portes ne se transforment en murs.

  • Arbitrer les différends, caractérisés par la difficile conjugaison des contraires - morale et politique, égalité et différence, vérité et relativité - oblige considérer le conflit des valeurs et la pluralité des opinions. Apprécier ce qu'il est juste de tolérer ou d'exiger selon les contextes requiert un dialogue entre la compréhension formelle des phénomnes politiques et la manire dont ils sont interprétés, mis en oeuvre, traduits, contestés par les citoyens. Admettre qu'il n'y a pas de vérité en politique, et pas davantage de consensus sur la manire de la comprendre, demande une attention soutenue aux exigences d'égalité, de liberté et de justice.
    L'auteur propose de guider la délibération sur un certain nombre d'enjeux publics contemporains, par la maîtrise des outils ou des approches théoriques, et de se repérer dans un univers qui repose, aussi, sur la tradition cachée. Nombre d'idées nous paraissant innovantes ou mme révolutionnaires ont été élaborées par les penseurs de jadis, avec d'autres mots, sous une autre forme. Mais comment ? Que retenons-nous des Anciens, des penseurs chrétiens ? Que devons-nous aux premiers sociologues des institutions politiques, aux philosophes de l'État ? Comment passe-t-on de l'État-nation un ensemble cosmopolitique, de la guerre la paix ? Quelle conception de la justice permet de penser de justes inégalités, une redistribution équitable, la reconnaissance des individus ? Comment enfin juger de l'avenir de la démocratie ?
    Le projet d'égalité équitable esquissé dans ce livre s'inscrit dans les grands débats politiques actuels, accompagné par les philosophes qui s'engagent volontiers en politique.

  • Penseur engagé dans la vie politique américaine depuis le combat pour les droits civiques, Michael Walzer est une figure marquante de la gauche intellectuelle aux États-Unis. Convaincu que le débat philosophique n'est utile que s'il est adossé aux pratiques concrètes et à la moralité des sociétés, il développe une critique sociale aux antipodes de la philosophie désincarnée, qui ne répond ni aux préoccupations quotidiennes des gens ordinaires ni au sentiment d'injustice des perdants de la globalisation. Il est inutile, selon lui, de vouloir écrire une théorie de la justice : c'est à « penser la justice » en fonction du contexte donné (politique, économique, religieux, etc.) qu'il faut s'employer.
    Grâce à la science d'Astrid von Busekist, nous entrons dans une oeuvre édifiante qui défend une morale politique « commune », enracinée dans des traditions culturelles particulières, mais capable de dialoguer par-delà les frontières. Face à l'urgence de l'engagement et de l'extrême attention à porter aux inégalités et aux injustices, elle définit le rôle que peut - et que doit - jouer le critique social ou le philosophe dans la cité moderne.

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