Littérature générale

  • Louve basse

    Denis Roche

    J'ai commencé d'écrire Louve basse fin 72, quelques mois après un premier texte en prose, Artaud refait, tous refaits !, en grande partie fabriqué au magnétophone - et le seul à se retrouver ici non retravaillé. J'annonçai en même temps, en publiant Le Mécrit, la fin d'une démonstration appliquée jusqu'alors à la seule pratique poétique : à savoir que la poésie était une lande pelée où le langage ne soufflait plus qu'à « mots couverts », que ses différents fermiers s'y gelaient le cul, que les rats se mettaient à y pisser partout.Pendant deux ans, je publiai divers morceaux de Louve basse, comptant sur l'événement pour faire « prendre »le discours, mordant sur la tranche d'angoisse qu'on tient généralement à distance, assemblant en moi comme une figure furieuse de chien et occupé à déterrer peu à peu l'objet d'un plus fort désir : un os à ronger « toujours », mon os de mort sur quoi je m'excitai à fond. Je lus beaucoup, visitant des cimetières et accumulant comme un chien - ce dont la louve n'est que l'avatar déplacé et asymbolique.J'examinai, aussi, de façon obscène, la littérature (Louve basse, dans son projet initial, devait s'appeler La Femme et la prose), repensant vaguement au Cymbalum mundi qu'on avait brûlé en place publique parce que Bonaventure Des Périers y faisait tenir des propos philosophiques par des chiens. En fin de compte, rien ne me parut vraiment irréductible à la vocifération humaine généralisée, par quoi la Mort ne cessait de m'asticoter, et l'écriture de m'envahir.Au printemps 74, d'accord avec le jésuite Spiegel qui disait que les « fesses ont été données à l'homme pour qu'étant commodément assis, il puisse se livrer à son aise à l'étude des choses divines », je disposai autour de ma machine à écrire les 4 à 500 feuillets de ce que j'appelais mon « ensemble rongeur » et j'y allai une dernière fois, dans une langue de vent violent où j'eus beaucoup de peine à ne pas être tué, agité d'un vaste désespoir de danse, de musique et de nudité.Denis Roche

  • Denis Roche était l'homme de la fulgurance. De la vie et de la littérature il attendait cela : des éclats de beauté, de vérité. Les pages de ce livre, son Journal inédit, qu'il avait rassemblées et qui sont d'une densité impressionnante, témoignent dans leur originalité de cette quête incessante, de ce désir toujours inassouvi.
    Poète, prosateur, inventeur de formes, photographe, l'auteur de Louve basse y interroge l'excitation de la création, l'étrangeté du rêve, l'enchantement des paysages et des corps, le plaisir des lectures vagabondes, poursuivant ainsi sa tentative jamais accomplie d'arracher le temps qui fuit à l'oubli et à la mort. Peu à peu se dessine en contrepoint la rassurante complicité amoureuse d'un couple, une complicité intellectuelle, artistique, sexuelle.
    Temps profond, journal des années de grande activité créatrice de Denis Roche, prend place dans son œuvre comme la dernière pièce du puzzle, celle qui lui donne, par sa simplicité trompeuse, toute sa cohérence et qui nous invite à suivre ce qu'il appelle " le délicieux cheminement des géomètres invisibles ".

  • La poésie est inadmissible regroupe toute luvre politique de Denis Roche et rien quelle, accompagnée des divers avant-propos et préfaces des éditions originales. Il ny pas de variantes ; ni dinédits, parce quil nen existe pas. L'oeuvre, close une fois pour toutes en 1972, se décompose ainsi:Forestière amazonide (1962)Récits complets (1963)Les Idées centésimales de Miss Élanize (1964)Éros énergumène (1968)Dialogues du paradoxe et de la barre à mine (1968)Préface aux 3 pourrissements poétiques (1972)Le Mécrit (1972)C'est dans Le Mécrit que se trouve la séquence de onze poèmes intitulée La poésie est inadmissible, d'ailleurs elle n 'existe pas.

  • Comment! Denis Roche se dispute encore avec le roman! Après Louve basse où l'auteur meurt de la plus belle écriture d'un autre, ici c'est un romancier qui ruse de toute sa syntaxe et ment à son personnage qui a des idées bien arrêtées en matière de roman.

  • Journal d'un jeune écrivain d'aujourd'hui qui se promènerait dans Carnac, livrant ses notes, ou encore tentative d'établir une synthèse de la folie.

  • Pour Denis Roche – dont voici, après "Récits complets", un nouveau recueil, – le poème est d'abord une "arête rectiligne d'intrusion". C'est-à-dire qu'au moment où il est regardé et vu, il doit assaillir et déborder le lecteur de la même façon qu'il a réussi à se faire écrire par l'auteur. Ce dernier vit de manière expérimentale et libératrice la multitude pressée des langages dont son écriture est, en somme, la projection immédiate. C'est ainsi que les "idées centésimales" peuvent naître dans un fractionnement massif, et varier avec la lecture. L'invention est ici de règle et ne supporte pas d'atermoiements (ne tolère pas les phrases et les idées grossies). Cette invention est avant tout vertige, ironie, affolement, fête, vibration en pleine matière, hiéroglyphes d'une pensée comme saisie à l'état "sauvage" et, peut-être, découverte par la mort. La poésie coïncide alors avec cette figure féminine du débordement et de la fécondité qui emprunte soudain un nom inconnu : Miss Elanize – dont nous découvrons les "idées".

  • Eros energumene

    Denis Roche

    • Seuil
    • 24 Octobre 2017

    Ce volume est une manière d'introduction – mais comme déjà altérée par le jeu topique – à un système d'autodestruction appelé à se développer au cours d'ouvrages prochains. Cette volonté d'élimination, par l'exposition, porte sur ces formes du discours narratif que l'on nomme encore, sans doute par des impotences de lecture, "poésie".
    Une fois battues en brèche les portées humaniste et moralisante de ce type d'exposition écrit, il reste à détourner (par tous les artifices propres à ces jeux-là) les éléments du discours qui n'en feraient pas en même temps la critique.
    La fiction tiendrait alors lieu de ressort entre deux volontés : celle du formaliste et celle du poseur de mines. Il y a là matière à convulsion pour celui qui écrit, dont on dit il est énergumène, c'est-à-dire qu'il est agité par un enthousiasme déréglé ou une vive passion.
    Quant à Eros, s'il est souvent plongé dans de vives actions, il en reste quelques peu étonné.
    Denis Roche

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