Littérature générale

  • "Le jour où l'enfant voit son père pour la première fois, il a trois ans.
    Il vit seul au village avec sa mère. Tous les villageois se sont massés autour de la maison. Ils veulent voir l'homme qui avait semé la honte dans la famille, qui avait emmené la fille, l'avait engrossée pour disparaître après.
    Maintenant, il était là le très attendu, fier de sa jeune beauté. Il avait pris l'enfant dans ses bras, l'avait fait virevolter dans les airs. Puis l'avait posé à terre.
    « Jouons.
    - M'oui Pa-pa ! Pa-pa ! Pa-pa !
    - Attends. Tu sais jouer à l'ombre ?
    - C'est quoi jouer à l'ombre ?
    - Tu ne sais pas ? Ce n'est pas grave. Je vais te montrer.
    - Mm... Pa-pa ! Pa-pa ! Pa-pa !
    - Tu fermes les yeux. Je disparais. »
    Depuis l'enfant l'avait cherché partout, dans tous les visages, dans toutes les moustaches, dans tous les visages d'hommes.
    « Aujourd'hui à l'âge où je suis vieux, je me surprends à le chercher encore... je le cherche sans répit."

  • D'éclairs de pensée. Point. Ni même plus d'étonnement. Si point de rêves. Point de pensées. Plus d'Utopia. C'est l'avènement de l'esprit fatigué. Dans un décor de fin du monde, entre le feu et le vent,· le cri et le silence, des jeunes gens, enfants de la réparation, enfants de la préparation, immobiles au-dessus du morne, refusent de jeter ne serait-ce qu'un seul regard à la ville en proie aux flammes, ils sont là, ils sont plongés dans leurs livres, plongés dans la mémoire des aïeux qui ont fait cette ville, qui ont vécu ce que vit le coeur de cette ville, une perpétuelle violence, cyclique, transmise de génération en génération, le feu est habituel, les cris font partie de la vie, ils étudient. Mais bientôt le chaos va les rejoindre, une foule, hagarde, hallucinée, ils lèveront les yeux et verront... Dans un chant ininterrompu, Guy Régis, avec ce roman sensible, tout de voix et d'échos, fait une peinture hallucinée de son tiers d'île, où l'homme, entraîné dans une spirale d'autodestruction, s'avère être le fossoyeur de ses propres utopies.

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