• Après L'Usure de l'âme, voici celle-ci râpée Jusqu'à la corde. L'âge est entré en jeu dans un corps demeuré fidèle mais m'a rendu plus intolérant aux impostures qui m'entourent : la gredinerie félonne de politiques bouffons et leur crasse ignorance des vérités biologiques - si dommageable à leur soi-disant direction des êtres ; la désinformation qui, sous des façons cauteleuses, dérive le pays dans une ambiance puamment d'Est ; la tyrannie culturelle, les idéologies, les « philosophades » ; et la psychanalyse qui a perverti mon métier en faisant souffrir enfants et parents sous mes yeux.
    Cependant, le mémorialiste que je suis ne dispense qu'un désenchantement gaillard. Il me fallait incanter mon jugement sur le monde à la fin du voyage - mais avec ironie, dérision et cette grande santé de la bonhomie qui m'autorise à révéler des duperies ignorées.
    P.D.R.

  • Qui pouvait mieux qu'un homme de science doublé d'un homme de lettres éclairer la vie et l'oeuvre de Claude Bernard, dont l'Introduction à l'étude de la médecine expérimentale fut étudiée par des générations de lycéens ?
    Créateur du service de neuro-psychiatrie infantile de l'hôpital des Enfants-Malades qu'il a dirigé pendant quinze ans, écrivain libre de toute école de pensée et pourfendeur de tout dogmatisme, auteur notamment de La Psychanalyse, cette imposture, le professeur Pierre Debray-Ritzen retrace le cheminement d'un homme issu d'un milieu modeste et paysan, qui réussit à devenir médecin puis physiologiste en bouleversant les conceptions de la vie. Souvent taxé de scientisme, Claude Bernard refusa au contraire tout engagement philosophique, renvoyant dos à dos « matérialisme » et « vitalisme » pour insister sur le doute expérimental et sur le rôle de la théorie comme de l'imaginaire, au crible de l'expérience.
    Une biographie passionnante qui contribue à mettre sa vraie place - celle d'un Newton - un génie scientifique dont les travaux inaugurèrent un nouvel état de l'humaine raison.

  • Pour l'avoir eu comme compagnon pendant des mois et pour l'avoir mêlé à des personnages historiques, je me demande si Tycho n'a pas vraiment vécu, nous livrant ses cahiers sur une grève de Hollande, un des derniers soirs d'août 1702.En tout cas, lui ou d'autres ont connu ses transports, le flux et le reflux de ses doutes, les horreurs de ce monde en même temps que les douces cajoleries que dispense la nature...Dans ses voyages manqués, les épidémies, la guerre, une époque sectaire, sa prison, Tycho s'est maintenu à flot grâce à l'art et l'amour, ces gentils accordeurs de l'humaine condition.Peut-être a-t-il conçu son oeuvre en cherchant à définir ce qu'est la création, comme je l'ai fait moi-même ? Sans doute a-t-il pesé, à la fin de son siècle, les apports du savoir ?...N'importe ! en dépit de ses adversités il a sans cesse quêté l'exalté sentiment de notre vie qui passe, avec les jeux de sa plume, comme de son pinceau.P.D.-R.

  • Des mémoires à cinquante-huit ans ? C'est qu'il faut compter avec l'usure de l'âme et la porte de sortie...
    D'ailleurs est-il meilleur sujet que de se peindre ? Durant les cinq années où j'écrivis ce livre j'ai connu la solitude et le détachement mais quel plaisir à raconter tout bonnement ma vie ! De mes souvenirs, de cette odeur du temps, j'ai voulu faire une oeuvre littéraire, voire lyrique et plus près du jeune âge que de la vétusté. Comme si, toujours aux bornes de l'enfance, j'observais du départ.
    Tes père et mère honoreras... Je crois bien l'avoir fait même si, dans leur amour, je les décris tels qu'ils furent... Passée la candeur de ma jeunesse, je suis entré en médecine - cette souveraine expérience qui ouvre sur le monde, comme aucune discipline. Ce fut pour moi la grande étape avec, à son début - en pleine guerre -, la passion de ma vie, mon destin, ma lignée.
    J'ai connu quelques personnages... surtout deux maîtres : Simenon pour le cerveau ancien, Koestler pour le cerveau nouveau. Recherchant les francs compagnons à l'esprit affiné, j'ai l'avantage de vivre parmi les gens qui savent- dans cette époque de clichés à l'envers.
    J'ai navigué au mieux, entre ma flamme d'écrire - cette toxicomanie - et le besoin d'accomplir mon métier. Ce faisant, j'ai réglé quelques comptes avec la scolastique freudienne, l'impudente cuistrerie, l'indigence politique... Et je tiens en réserve depuis plus de trente ans (mon voyage d'Italie) cette passion pour l'art et pour sa création qui ne me quittera plus.
    Une liberté insigne m'a donc fait incanter - quand il est temps encore - mon honneur d'avoir compris tant de choses, mon bonheur d'avoir aimé si fort... moi - puceron de la planète Terre - âgé déjà de trente millions de siècles et proue émerveillée d'une singulière évolution.
    P. D-R.

  • Au temps de l'engagement et pour le justifier, Sartre avait distingué, d'un côté, musique, sculpture, peinture, poésie; de l'autre, la prose qui s'affaire aux « significations » et doit servir. Quelle division factice !
    Cependant Lawrence Durrell devait écrire : « Chaque sens supporte un art. » Et sur le clavier des sens pouvait se définir une échelle des arts dans une continuité : du plus viscéral au plus intellectualisé, de l'art des parfums à l'art littéraire.
    Voilà qui répond mieux aux nervures de l'être comme à la nature de notre cerveau ; en désignant ces racines sensibles et cette charge affective qui sont à l'origine instinctive de tout art.
    P. D-R.

empty