Langue française

  • Ça n'arrive pas qu'aux autres : le propre neveu de Wallance est manipulé au point de vouloir jouir personnellement du Bonheur Intégral. Le jeune homme est devenu un des Servants de cette secte où tout laisse à craindre que sévissent le sexe et les transferts de fonds. Pour mettre bon ordre à cette tragédie familiale, le commissaire n'a d'autre ressource que s'infiltrer dans le groupe. Lui qui déteste déjà son surnom de Liberty doit accepter celui moins reluisant de Ventre risible, de même qu'il lui faut enfiler une gandouchambre, vêtement rituel qui ne l'avantage pas. Mais la liberté et l'assassinat sont au bout de ces humiliations : rira bien qui mourra le dernier.

  • Nul n'ignore qu'on risque d'attraper la mort dans les cimetières glacés ouverts à tous les vents. Le tragique décès de l'arrière-grand-mère même pas centenaire de sa fille naturelle contraint cependant le commissaire à se rendre au Père-Lachaise où, effet de l'agacement où le place cette obligation, plusieurs de ceux qui pleurent leur proche seront bientôt pleurés à leur tour. Chacun porte sa croix mais c'est encore pire quand la croix, lourde et massive, s'écroule sur qui devient alors une victime. Des assassinats en plein enterrement ont pourtant l'avantage de ne pas plomber l'ambiance : elle était déjà sinistre.

  • La famille Lavraut déménage et tout le monde est sur le pont, même Liberty, bien décidé à n'aider que de sa seule présence. Mais la camionnette qui transporte les caisses n'est pas ce qu'elle devrait, le code d'entrée est ce qu'on ne sait pas, les nouveaux voisins ne sont pas ceux qu'on se souhaite et l'eau tombe à pleins seaux : ça ne lui vaut rien de rester avec son agacement sur les bras et le commissaire n'a d'autre ressource que de mettre la main à la pâte, avec victimes afférentes. C'est une journée désordonnée où on trouve plus facilement un objet contondant qu'une culotte. Et, Dieu soit loué, la petite Anne ne semble nullement traumatisée par ces meurtres à domicile : au contraire, elle s'en lèche les babines.

  • Ce n'est même pas que le commissaire «Liberty» Wallance est distrait, c'est que ça ne l'intéresse pas. Lavraut, fidèle adjoint, croit que son supérieur devient sourd et l'envoie chez son oto-rhino laryngologiste préféré. Grossière erreur qui coûtera cher au spécialiste de la villa Amélie tout en permettant à Lavraut de reconquérir d'une façon inattendue Martine, sa femme qui avait un amant et qui est rapidement contrainte d'en changer. Car Liberty mène les affaires matrimoniales et criminelles avec la même efficacité - et la même méthode.

  • Les vieux camarades de Wallance au Collège évangélique Jésus de Voltaire auraient pu continuer à vivre en paix si ne leur était venue l'idée incongrue d'inviter à une réunion d'anciens élèves celui qu'ils traitaient si mal à l'époque. Mais l'adolescent est devenu commissaire et ne laisse plus rien passer à ces arrivistes qui estiment avoir mieux réussi que lui, à la fois professionnellement et sexuellement. Le policier mélomane fait désormais un usage si personnel du piano qu'un psychanalyste qui était dans sa classe se retrouve définitivement moins familier d'Éros que de Thanatos.

  • Vacances merveilleuses

    Raphaël Majan

    Question sexe, tout le monde connaît le mois d'août. Si bien que des considérations strictement personnelles entravent les enquêtes et les assassinats du commissaire pendant ses congés estivaux. Il se livre à des copulations inédites tout en faisant en sorte que ce ne soit pas les autres qui profitent de ses vacances à lui en restant séduisants et vivants. Siroter un martini ou une partie de golf miniature ne sont pas seulement de reposantes distractions : ça peut aussi se révéler d'efficaces préliminaires à d'originaux assassinats.

  • Furieux appétit

    Raphaël Majan

    Avoir faim, ce n'est pas un crime. Mais, lorsque c'est au commissaire Liberty que pareil manque survient, ça peut vite en susciter un. En fait, le premier assassinat de la journée, dans lequel il n'est pour rien, a eu lieu dans une cuisine, ce qui a tout pour ouvrir l'appétit. Le malheur est qu'il est contre toute procédure de manger les pièces à conviction. Le gros Wallance, boulimique dès qu'il s'agit de meurtres, compte avoir quelque chose à se mettre sous la dent au restaurant. Et si le service est trop lent, le quelque chose deviendra quelqu'un, voilà tout. On a bien le droit d'apaiser ses nerfs à défaut de son estomac.

  • Rien de plus naturel, pour l'International Association of Criminology, que d'inviter Wallance à son congrès amstellodamois. Le commissaire, qui s'attendait à un week-end tranquille, s'y retrouve pourtant accompagné de l'ensemble de sa peu fine équipe. Tout le monde connaît Amsterdam, havre de prostitution et de haschich. Drogué malgré lui par ignorance autant que par avarice, Wallance se révèle un orateur différent de celui qu'il se flatte d'être. Et si assassiner dans une langue étrangère ne lui pose guère de problème, c'est une autre affaire que de mener l'enquête dans un sabir incompréhensible.

  • Sa belle subordonnée guadeloupéenne n'en finit pas d'agacer Wallance. Voici que Nathalie Malicorne a un nouvel amant qui n'est toujours pas le commissaire mais un sculpteur ou on ne sait quoi qui serait un génie, et pas qu'au lit. Son vernissage n'ayant rien pour mettre de joyeuse humeur, il faudrait un miracle pour que l'artiste soit toujours contemporain à la fin de la soirée. L'auteur d'une oeuvre engagée devrait au demeurant se réjouir d'avoir un spectateur engagé. Car, de même qu'il n'est pas indifférent à Proust et Bach, Wallance, si cultivé, ne restera pas inerte face au travail de Jim Z. Losange.

  • Entre le monde de l´art de celui de la prostitution, un lien évident : l´argent. Et quand les mêmes suspects semblent responsables des assassinats d´un proxénète et d´un commissaire-priseur, ça fait des piste en pagaille pour Liberty. Il se trouve seulement qu´Anne-Marie-Tatiana est si belle et généreuse qu´il en devient fou et l´amour est parfois encore plus aveugle que la justice, compliquant foutrement l´enquête. Mais inutile d´être un as pour comprendre qu´uriner est parfois une perversion et que seul un connaisseur peut utiliser, sans endommager le patrimoine de l´humanité, un vase étrusque comme arme du crime.

  • Une simple approximation dans les mots croisés et c'est la liberté de la presse qui est en danger. Si L'Aube a tout à fait le droit d'être un quotidien qui dénonce certains agissements excessifs de la police, il serait cependant hypocrite de s'étonner ensuite que le commissaire Liberty vienne mettre son nez dans la marche de l'entreprise, ses coucheries professionnelles et ses jalousies privées. Quand un enquêteur dégote un scoop sur un trafic d'armes, il doit bien s'attendre à des représailles, pour ça ou pour autre chose. Si on choisit d'être journaliste, il faut en assumer les risques, fût-ce les plus imprévus.

  • Le fond de l'affaire est que Mme Wallance ne veut pas rater sa partie de bridge. Le commissaire Liberty se retrouve donc contraint d'accompagner sa maman dans les beaux quartiers où rien ne se passe comme prévu. Séances de spiritisme et règlements de compte entre agents secrets perturbent les quatre piques de la vieille dame. Mais on ne convoque pas les esprits pour voir apparaître une débauche de corps débauchés et on n'espionne pas le monde pour être abattu par un agent on ne peut plus spécial quand bien même il est commissaire. Pas de passe-droit chez Wallance : espion ou chauffeur de taxi, il ne fait pas la différence quand la sécurité de son pays ou de ses nerfs est en jeu.

  • Lorsque le cirque Tchintchin Poum offre une représentation gratuite en faveur des orphelins de la police, sa générosité ainsi qu'un petit chantage qu'il subit contraignent le commissaire Liberty à y assister en présence d'une accumulation d'enfants en pleine forme dont certains sont illicitement pourvus de parents qui ne relèvent même pas du ministère de l'Intérieur. S'il n'a pas le pouvoir de créer des postes dans la police, il a au moins celui de fabriquer des orphelins et de faire comprendre ce qu'il pense de leurs numéros et leurs caractères à une acrobate et un clown.

  • Si un commissaire de police n'obtient pas son permis de conduire rien qu'en se présentant à l'examen, qui? Liberty et ses collègues ont donc arrosé son succès avant même son obtention, de sorte qu'il se présente sur place dans un état qu'un alcootest n'aurait aucun mal à détecter. Ajoutons à ça un examinateur incorruptible et la situation est franchement détériorée, d'autant qu'une voiture n'est pas un lieu du crime idéal quand on se veut insoupçonnable. Heureusement que le commissaire Liberty a de la ressource. La simple justice imposant qu'on prenne en compte l'ingéniosité du conducteur, il le mérite bien, son permis.

  • Les jeux télévisés et les assassinats ont des règles très différentes, ce qui n´avantage pas le commissaire quand il est sélectionné pour «Le Maillon faible». Mais les autres candidats, qui décident de l´élimination de tel ou tel, prennent le risque de provoquer la leur. Pas sûr que ça serve pour autant les intérêts de Liberty qui ne s´était inscrit que pour écraser de sa culture sa séduisante subalterne Nathalie Malicorne, laquelle, au mépris de toute justice, s´en sort très bien avec des connaissances shakespeariennes pourtant largement inférieures.

  • M. Couroupat est malgré lui au centre de réflexions sur la vie et la mort. Le commissaire assassine en effet le charcutier alors que Martine est en passe d´accoucher d´un enfant dont Liberty, d´après ses estimations spermatiques, est le père. Il lui faut courir à l´hôpital qui menace de se transformer tout entier en charcuterie si le personnel traite désinvoltement un bébé aussi précieux. Quand on pense aux manières traditionnelles de faire les enfants, la complète disparition d´un appareil génital masculin sur un cadavre ajoute en outre au mystère.

  • Charité, que de crimes on commet en ton nom. Quand le commissaire entre en contact avec une association caritative, les deux parties peuvent difficilement y trouver chacune leur compte. En accueillant bien malgré soi un cadavre en son sein, la soupe populaire devient à juste titre franchement impopulaire (et immangeable). Liberty, quant à lui, fait preuve de sa générosité en étendant l'euthanasie à tous ceux dont il estime que moins durera leur vie lamentable et mieux lui-même se portera. Quoiqu'il ait cette fois-ci l'assassinat léger, son sens de la justice devrait entraîner même les riches à numéroter leurs abattis.

  • Les voisins, voici une engeance à laquelle nul n'échappe. Surtout pas le commissaire après une réunion de copropriétaires où personne n'est d'accord pour qu'il fasse la police. Il trouve plus efficace que des mots pour dire au syndic ce qu'il pense de lui mais il serait légitime que le monsieur du sixième, le couple du rez-de-chaussée et la dame du premier paient aussi les pots cassés. L'ascenseur marche mal (pas tant que ça, en fait), des dégoûtants utilisent des paillassons à mauvais escient et la concierge n'est légère que côté morale : jusqu'en prison ou au cimetière, ça va déménager.

  • À l'en croire, le commissaire Liberty ne souffre d'aucune surcharge pondérale, mais telle n'est pas l'opinion de la médecine du travail qui estime qu'un peu de sport lui fera le plus grand bien. Mais ça risque de faire le plus grand mal aux autres adhérents de Top Gym Plus Club, et la doctoresse qui lui a prescrit cet amaigrissement est justement membre. On verra Liberty, sans perdre un gramme, faire de son ventre l'arme d'un crime, et aussi apparaître entièrement nu devant des collègues de quartier, ce dont plusieurs d'entre eux n'auront pas l'occasion de garder de bons souvenirs.

  • L'embonpoint du commissaire ne le prédestine pas à la grâce. Dansant la samba, il se retrouve plus souvent sur ses grosses fesses qu'en position de séducteur. Se perfectionner dans la danse brésilienne est pourtant la stratégie que Liberty a choisie pour entraîner enfin dans son lit Nathalie Malicorne, sa subordonnée guadeloupéenne qui, malgré la différence de grades, se révèle plus sexy que lui. Qu'un double meurtre à caractère on ne peut plus sexuel ait lieu dans l'immeuble mitoyen de celui où s'enseigne la danse est à la fois un avantage et un inconvénient. Mais quand c'est carnaval et que les victimes ont cru bon de se déguiser, bien malin qui pourrait assassiner sans risque d'erreur.

  • Vocation tardive : c'est à cinquante ans que le commissaire «Liberty» Wallance fait ses débuts dans la singulière carrière de serial killer au service de la sécurité. Il y montre d'emblée d'excellentes dispositions ainsi que la volonté, en bon lecteur de Proust, de rattraper le temps perdu. Hommes et femmes, jeunes et vieux, ceux qui le côtoient finissent aussi bien au cimetière qu'en prison. Quand il viole, les deux sexes passent à la casserole. Puisqu'il travaille pour la justice, n'est-il pas logique que Liberty tâche de réserver un sort égal à chacune de ses victimes?

  • Les Japonais

    Raphaël Majan

    Le commissaire n'est pas un imbécile qui tue pour se bâtir un palmarès. Il n'empêche que, parmi les ressortissants de multiples nationalités à avoir été victimes de ses enquêtes et assassinats, ne figure aucun Japonais. Peu à peu, ce manque l'obsède. Et d'autant plus qu'il n'est pas aussi facile qu'il pouvait le croire d'y remédier. Car les Nippons ont des manières bien à eux de se soustraire à ses crimes, et les assassins n'échappent pas à la loi qui pèse sur chaque être humain et transforme tout désir d'envergure en torture inassouvissable.

  • L'amour de la littérature est parfois un mobile irrépressible pour un assassin cultivé et de bon goût. Le commissaire, par la volonté d'une hiérarchie démagogue, se retrouve accompagné dans son travail quotidien par Christopher Plouf, pour parfaire la documentation de cet écrivain à ses yeux lamentable de romans policiers bon marché. Il va en effet comprendre de plus près, l'écrivain, ce que c'est qu'un assassin et ce que c'est qu'une victime, sans que son oeuvre ait le temps de bénéficier pour autant de ces nouvelles compétences.

  • S'il y a un monde où la sécurité de tous n'est pas respectée, c'est bien celui de la pornographie. Liberty le bien nommé décide d'y mettre bon ordre. Chacun n'y trouve pas son compte, de paisibles homosexuels sont soupçonnés d'hétérosexualité meurtrière, on utilise des godemichés et des chiens en dépit du sens commun, mais rien n'empêche le commissaire de s'introduire dans le milieu, infiltrant tous les orifices. Pour être policier, on n'en est pas moins homme : il est plus excitant d'enquêter sur l'assassinat d'une jeune fille suspendue nue devant une caméra que sur celui d'un SDF en plein terrain vague.

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