Littérature générale

  • « Je viens d'avoir quarante ans, mais ça ne va pas durer. J'ai décidé d'écrire à plein temps, n'importe où avec une fenêtre. On n'est pas là pour rigoler. La littérature, c'est sérieux, pathétique et déchirant. Mais Van Bluff, mon éditeur, a de plus grandes ambitions pour moi. Le contrat qu'il vient de m'obtenir est commandité en sous-main par le Syndicat. Des gens qui ne rigolent pas, très pathétiques et déchirés par les révélations d'une thèse prouvant que A la Recherche du temps perdu n'est qu'un vulgaire apocryphe. De quoi inquiéter les milieux de l'édition française ! Le montant de l'à-valoir m'a été remis sous la table, en petites coupures usagées, au cours d'un déjeuner chez Lipp. J'ai aussi reçu une boîte à chaussures dans laquelle somnole un lourd automatique à la crosse froide et métallique. Mon travail est simple : descendre un confrère. Tous les écrivains savent faire ça. »

  • Cette semaine-là de cette année-là, j'ai bien failli partir en vacances à La Jolla (Californie). Pas seul. Mais avec une jeune dame blonde, dont je ne vous fais pas le portrait : vous devez bien avoir, dans un coin de votre tête, quelqu'un que vous aimeriez connaître qui ressemble à ça. Elle disait qu'elle avait un amant, mais ce n'était pas vrai. Alors, pourquoi son mari la faisait-il filer ? C'est ce que j'étais censé découvrir. Un truc qui pouvait se régler rapidement. À condition de ne pas trouver de cadavre sur le paillasson, de savoir éviter les poings d'un type construit comme un half-track, et de ne pas avoir dans ses relations quelques flics bourrés de conscience morale. Finalement, cette semaine-là ne ressembla pas du tout à des vacances, et je n'ai jamais mis les pieds à La Jolla.

  • Le feu sembla jaillir de partout. Une grande bouffée de poussière de plâtre chaud s'étendit comme une brume, de plus en plus sombre, noire bientôt, épaisse et irritante. La foule se rua vers les sorties. Plus tard, ceux qui réussirent à s'en sortir, expliquèrent aux caméras de télévision, le coeur plein de joie, de terreur et de honte, comment ils avaient vu la grande vitrine exploser sous la chaleur, le premier étage s'écrouler sur le rez-de-chaussée, et une voiture de pompier briser la jambe d'un badaud. Mais personne ne sut dire qu'il s'agissait là de l'acte de fondation de la Section Rouge de l'Espoir.

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