Religion & Esotérisme

  • « Une civilisation qui oublie son passé est condamnée à le revivre. C´est forte de cette maxime, énoncée au début du xxe siècle par le philosophe américain George Santayana, que notre civilisation a instauré et institutionnalisé la mémoire de l´extermination des Juifs d´Europe. Mais voici que surgit, pour cette civilisation, un problème inattendu : non pas l´oubli du crime, mais l´oubli de tout le reste. Hitler hante notre actualité, et du passé désormais personne d´autre, ou presque, ne surnage. Aujourd´hui le malfaiteur suprême est en passe de siéger seul sur le trône de la mémoire.



    Dans cette société de l´accusation perpétuelle et de l´expiation tapageuse qui arraisonne à tour de bras les fameuses heuresles- plus-sombres-de-notre-histoire, je me prends parfois à rêver d´une mémoire sans oriflamme ni destrier, d´une mémoire pédestre, modeste, discrète, silencieuse ou qui ne fasse pas d´autre bruit que les pages que l´on tourne dans le colloque singulier de la lecture.  Comment parler de la Shoah sans tout mélanger ni sacrifier les exigences du jour ? Quelles leçons tirer de cet événement proprement incroyable ? Comment penser le mal, la radicalité du mal, la banalité du mal, l´industrialisation du mal, sans abandonner au mal tout l´espace de l´immortalité ? Ces dialogues que voici sont nés de ces interrogations et de ce scrupule. » Alain Finkielkraut

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