• Manger l'autre

    Ananda Devi

    • Grasset
    • 10 Janvier 2018

    Une jeune adolescente, née obèse, mange, grossit et s'isole. Sa mère s'enfuit, horrifiée par son enfant. Ses camarades de classe la photographient sans répit pour nourrir le grand OEil d'internet. Son père, convaincu qu'elle aurait dévoré in utero sa jumelle, cuisine des heures durant pour nourrir «  ses princesses  ». Seule, effrayée par ce corps monstrueux, elle tente de comprendre qui elle est vraiment. Quand elle rencontre par accident l'amour et fait l'expérience d'autres plaisirs de la chair, elle semble enfin être en mesure de s'accepter. Mais le calvaire a-t-il une fin pour les êtres «  différents  »  ?
    Conte de la dévoration et roman de l'excès, Manger l'autre est une allégorie de notre société avide de consommer, obsédée par le culte de la minceur et de l'image conforme.
    Avec force, virtuosité, et humour, Ananda Devi brise le tabou du corps et expose au grand jour les affres d'un personnage qui reflète en miroir notre monde violemment intrusif et absurdement consumériste.
     

  • "Tout commence par la perte des eaux.
    L'outre se désemplit pour livrer le passage à une entité complète en soi. Pas un corps étranger ; un bourgeon, une ébauche, une excroissance intime, qui, une fois émergé, devient cet autre auquel seuls nous rattachent les liens de l'amour et du désarroi.
    Dès cette première séparation, la joie se teinte de désolation: il ne se souviendra pas de ce temps-là, de ce partage de nos matières, de ce qu'il a pris de moi pour se former, de ce que je lui ai donné pour le façonner. Cette amnésie des enfants, heurtée à la permanence obstinée de la mémoire des mères, c'est la toute première déchirure."

    Née en 1957, à Trois-Boutiques, de parents d'origine indienne, Ananda Devi a grandi au contact de plusieurs langues, dans le tissage culturel et humain si particulier de l'île Maurice. Ethnologue de formation, traductrice de métier, elle est sensible à l'imbrication des identités, à la question de l'altérité et à la situation des femmes dans le monde. Ses précédents recueils - Quand la nuit consent à me parler (2011) et Ceux du large (2017) - sont parus aux Éditions Bruno Doucey.

  • Le sari vert

    Ananda Devi

    "Celui qu'on dit monstre est l'expression la plus achevée de l'espèce. Celui que l'on dit monstre est terrifiant de beauté plutôt que d'être terrifiant tout court parce qu'il décèle avec une finesse inhumaine les failles des autres et les élargit et les aggrave, et il devient ainsi cet idéal de sombre masculinité que les mythologies prêtent aux dieux et aux démons. Quelle merveilleuse sensation que de plier une créature à sa volonté !" Dans une maison sur l'île Maurice, un vieux médecin à l'agonie est veillé par sa fille et par sa petite-fille. Entre elles et lui se tisse un dialogue d'une violence extrême, où affleurent progressivement des éléments du passé, des souvenirs, des reproches, et surtout la figure mystérieuse de la mère de Kitty, l'épouse du "Dokter-Dieu", qui a disparu dans des circonstances terribles. Elles ne le laisseront pas partir en paix.

  • Une romancière occidentale qui s'attache à un petit mendiant sale et pustuleux ; trois riches Américaines parties en Inde se consacrer à la charité ; la solitude d'une femme de maharaja ; les mésaventures d'un écrivain couvert de ridicule par une journaliste... On retrouve dans ce recueil de onze nouvelles les grandes thématiques d'Ananda Devi, telles que la place des femmes dans la société, la critique du regard occidental sur l'Inde, la présence du fantastique dans le quotidien ou le choc entre tradition et modernité. Ananda Devi développe dans chacun de ces récits des univers violents et sensuels, très réussis. Chaque nouvelle est nette, superbement menée, empreinte d'une ironie féroce et troublante.

  • «Tous ces hommes qui me parlent. Fils, mari, père, amis, écrivains morts et vivants. Une litanie de mots, d'heures effacées et revécues, de bonheurs révolus, de tendresses éclopées. Je suis offerte à la parole des homme. Parce que je suis femme.» Ce récit autobiographique est une méditation sur l'existence, l'écriture, l'amour et la maternité, l'éducation, la solitude. Ananda Devi y évoque des souvenirs d'enfance, ses débuts en écriture, l'emprise de ces êtres dont l'amour, parfois, peut être une tyrannie. Alors vient l'envie de ne plus écouter ces hommes qui la musellent depuis si longtemps et de partir en brisant tout, comme le font souvent les personnages féminins de ses romans. «Toutes les femmes de mes livres me l'ont dit : affranchis-toi. C'était le message que je m'adressais. Et je ne m'écoutais pas.» Ananda Devi donne là un texte touchant, sincère, d'une violence saisissante.

  • «On pouvait l'aimer, cette ville, et en mourir.
    Aimer ses étoiles absentes et son ciel de ciment.» À Portobello Road, une vieille femme, Mary Grimes, s'accroche à ses dernières certitudes et au souvenir de Howard, son amour de jeunesse depuis longtemps disparu. Le monde qu'elle devine derrière ses portes closes ne lui appartient plus : elle fait désormais partie des invisibles. Une rencontre avec Cub, un jeune garçon de Brixton, provoque en elle une renaissance inattendue. Avec Cub, Mary est entraînée dans le tourbillon des jours vivants.
    Ananda Devi poursuit son exploration des lieux mythiques et des êtres hantés. À la lisière du fantastique, Les jours vivants nous fait voir Londres comme un lieu à la fois délétère et miraculeux, dans une lumière de fin des temps.

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