• Un jour de 1954 qui ressemblait aux autres, en lisant le quotidien local, Pierre Cambessou apprend avec stupéfaction que le projet d'un énorme barrage hydroélectrique va se concrétiser. Il doit immerger une très grande partie de son exploitation agricole et la maison qui abrite sa famille depuis plusieurs générations. "Ma pauvre baraque sera sous vingt-cinq mètres d'eau", s'insurge-t-il. C'en est trop ! Avec ses faibles moyens face à l'administration et au sacro-saint intérêt public, il décide de se battre afin de faire annuler ce maudit projet. La bataille du pot de terre et du pot de fer s'engage, mais Pierre, raisonné par son épouse et sa fille Lucie, comprend vite qu'il doit consentir au compromis d'une expropriation où il a tout à gagner. Nouvelle maison, nouvelles terres, nouvelle vie ! C'est donc déchiré par la nostalgie et les souvenirs qu'il accepte l'inacceptable. Dans ce coin retiré du Cantal, où jusqu'à ce jour il ne se passait pas grand-chose, le chantier s'installe avec ses corollaires de terrassement, de maisons préfabriquées, de cantines, d'ateliers, de personnels venus de l'Hexagone et d'ailleurs, d'engins de toutes sortes et de bruit... Bref ! Lucie et ses deux frères trouveront-ils leur place dans le dédale de ce chantier gigantesque et de cette cité éphémère ?

  • Les enfants viennent de partir. Je vis seule et j'ai la chance d'être autonome. Je suis heureuse de les voir chez moi, tous rassemblés, mais le dérangement et le bruit que génèrent les plus jeunes me fatiguent vite. Nous venons de fêter mes quatre-vingt-quinze ans ! Depuis le décès de mon mari, il y a un quart de siècle, ma vie s'est peu à peu réglée d'habitudes, d'horaires établis et de vieilles manies, ce qui la rend aujourd'hui rigide et quasi monacale. Alors, tout ce tohu-bohu me fait tourner la tête. Pourtant ce fut une belle journée ! Géraud, mon garçon, y est allé d'un petit compliment qui devait résumer mon parcours. Il m'a fort émue. Je perçus en l'écoutant les nombreuses lacunes et l'ignorance de ma progéniture concernant ce lourd passé qui, en silence, accompagne mon existence. Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais éprouvé le besoin de me confier. Une certaine pudeur et peut-être une trop grande estime de ma pauvre famille et de mes proches m'en ont empêché. Aujourd'hui, arrivée au terme de ma vie, c'est différent.

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