• Une mère inconnue qui ressemble à Liz Taylor, un père tendrement aimé qui se prend pour Musset, un amant marié qui joue avec un revolver, un autre qui apparaît le jour de la mort de Beckett, des amies en Allemagne, en Corse, en Angleterre, dont parfois le souvenir a presque disparu, et un Je tantôt féminin, tantôt masculin, vulnérable ou assassin, apparaissent tour à tour, comme on abat des cartes, dans ce nouveau jeu d'Anne Serre placé sous le signe de Lewis Carroll. Un autoportrait en trente-trois facettes.

  • Ce sont «les gouvernantes». Elles sont trois, dans une grande maison au fond d'un parc, comme des reines, protégées du monde extérieur par des grilles d'or. Tour à tour follement gaies, tendres ou cruelles, mais toujours ardentes et puissamment vivantes, elles s'allient, se séparent, se déchirent ou se poursuivent dans d'étranges jeux qui sont ceux de la vie.
    Observées par l'oeil implacable d'une lunette qui ne les perd pas de vue, «les gouvernantes» jouent pour nous le charme et la magie d'un songe de nuit d'été...

    Anne Serre est l'auteur d'une quinzaine de livres. Son premier roman ici réédité, Les gouvernantes, a paru en 1992. Il a été traduit aux Etats-Unis en 2018 et en Angleterre en 2019. Elle a obtenu en 2020 le Prix Goncourt de la Nouvelle pour Au coeur d'un été tout en or (Mercure de France). Champ Vallon a publié la même année Grande tiqueté, une étrange comptine écrite dans une langue inventée. Anne Serre vit et travaille à Paris.

  • Dans une série de scènes érotiques où la joie le dispute à l'énormité des situations et des propos tenus, Anne Serre se livre à un jeu de débordements qui, loin de déconcerter le lecteur, lui offrent un véritable enchantement.Dans une scène originelle, « la table au disque luisant » fonctionne comme objet érotique mais aussi comme objet de divination, objet fascinant chargé de messages que la narratrice sera plus tard amenée à décrypter lorsqu'elle aura quitté l'enfance.Elle rencontre aussi sur son chemin nombre de personnages qui seront pour elle autant de signes qui participeront secrètement à la construction de soi.Au terme d'une errance à la fois dramatique et confiante, elle pourra enfin énoncer la formule magique du contede Grimm : Petite table, sois mise !Jane Austen disait que « les narrateurs doivent raconter un mystère ». C'est bien un parcours énigmatique que trace ce récit qui a le charme et la raisonance profonde d'un conte.Anne Serre est l'auteur d'une dizaine de livres, son dernier roman, Les Débutants, a paru en 2011.

  • La caractéristique de ce conte de 50 pages au ton facétieux et guilleret, c'est d'être écrit dans une langue inventée par l'auteur qui s'en explique dans une préface et une postface. Mais si les mots sont déformés ou créés, la syntaxe, le rythme et le ton du conte subsistent. Le lecteur peut ainsi suivre et comprendre l'histoire : trois vagabonds (« Tom, Elem et moi ») se promènent sur la lande, où ils rencontrent divers personnages qui se joignent à eux et avec qui ils nouent d'intenses relations amoureuses, érotiques, filiales, ou fraternelles : la Vierge, le marin de Poinsec, la mère de Tom, Alistair le pendu. Cette création d'une langue peut évoquer celle d'aînés fameux. Grande Tiqueté sera dit sur scène par l'auteur. Le texte est actuellement en cours de traduction anglaise.

    Auteur d'une quinzaine de romans dont le très remarqué Petite table, sois mise ! (Verdier, 2012). Traduite aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne. Son premier roman, Les Gouvernantes (Champ Vallon, 1992) paru aux USA en 2018, salué par le New York Times (2/12/18), a figuré dans la dernière sélection du Best Translated Books Awards 2019. Trois autres de ses romans paraîtront chez son éditeur américain en septembre 2019.Vit à Paris où elle donne des ateliers d'écriture aux éditions Gallimard.

  • Que c'est étrange de quitter quelqu'un que l'on aime pour quelqu'un que l'on aime. On passe par une passerelle qui n'a pas de nom, qui n'est nommée dans aucun poème. Non, nulle part on ne donne un nom à ce pont et c'est pourquoi Anna eut tant de mal à le franchir. Elle commence seulement à ne plus confondre Guillaume et Thomas. Par bonheur, ils ne font pas du tout les mêmes gestes ; au lit ils sont tout à fait différents. C'est au lit qu'ils sont le plus différents. C'est donc très reposant, le lit, puisqu'alors, Thomas n'est pas Guillaume. Et peu à peu le corps d'Anna quitte Guillaume pour rejoindre Thomas. Mais n'était-il pas question de cela depuis le début? Anna Lore a quarante-trois ans lorsqu'elle rencontre Thomas Lenz : c'est le coup de foudre. Mais Anna vit avec Guillaume depuis vingt ans et forme avec lui un couple si uni que le briser lui semble impossible. Comment Anna peut-elle choisir entre ces deux hommes? Récit d'une passion au jour le jour, ce journal de bord d'un amour fou est un roman haletant. Véritable archéologue du désir, Anne Serre nous livre l'analyse minutieuse et fébrile du sentiment amoureux. Une histoire singulière et totalement universelle, où il est question d'embrasement, de ravissement, de regret, de souvenir... Autant de fragments du discours amoureux dont Anne Serre renouvelle la grammaire avec brio.

  • Car en fait, sans qu'il le sache vraiment quoiqu'il ne fût pas né de la dernière pluie, j'avais souvent pénétré dans le bureau de Vila-Matas tandis qu'il écrivait. Je l'avais fait discrètement mais j'avais un passe, et je m'asseyais dans le fauteuil vert. Je ne le regardais pas vraiment, je laissais errer mon regard par la fenêtre qui donnait sur une rue de Barcelone. Je me disais que j'étais en Espagne et cela me plaisait.

    Dans le train qui l'emmène vers un festival littéraire, Anne Serre a emporté un livre d'Enrique Vila-Matas. Soudain, l'auteur espagnol est là, assis à côté d'elle. Heureuse coïncidence ou fruit de son imagination ? Elle entame avec lui une conversation qu'on dirait commencée depuis longtemps... Plus tard, ils seront voisins de chambre dans un hôtel où l'on croisera aussi Anna Magnani... Tout cela est-il bien réel ?
    Dans Voyage avec Vila-Matas, Anne Serre prend un malin plaisir à 'manipuler' son lecteur, sous les auspices d'un maître en la matière. Avec ce texte jubilatoire, elle nous parle du pouvoir de la littérature et livre aussi un autoportrait singulier.

  • Dialogue d'été

    Anne Serre

    - Y a-t-il certains de ces personnages que tu préfères aux autres?
    - Non, dans mon coeur ils sont tous exactement à la même place. Et d'ailleurs, il s'agit peu de 'coeur'. Encore une fois, je n'ai pour eux et ils n'ont pour moi aucune affection particulière. Nous n'avons pas de sentiments les uns pour les autres, nous sommes dans l'action. Imagine un petit lot de gens qui pour une raison ou une autre se retrouveraient seuls sur la terre avec pour seul désir celui de vivre. Ce que nous avons en commun et qui nous rassemble, c'est d'être dans la même situation avec la même intention. Notre alliance est indéfectible, muette, tacite, fondée sur une espèce de tristesse que je ne m'explique pas bien.

    Un écrivain explique à son interlocuteur - son double? - comment il entre dans l'écriture et l'imaginaire. Il lui parle de ses personnages, des relations qu'il entretient avec eux. Il lui montre comment il est à la fois dans et hors du roman. Avec une familiarité tour à tour joueuse et impérieuse, il l'entraîne avec lui de l'autre côté du miroir, là où le roman prend corps. Dans ce voyage au coeur de la fabrication d'une oeuvre, Anne Serre nous convie, nous, lecteurs, à une expérience unique et vertigineuse.

  • Pendant vingt ans, quinze ans, et de plus en plus intensément avec le temps, le Narrateur eut l'oeil fixé sur Fanny, son amie. Il la considéra mille fois de dos, de profil, de face avec douceur car Fanny redoutait un peu les regards dans les yeux. Il était sensible à son corps dur, ferme, et parfois à demi mort comme celui de L'Homme pétrifié. Dans ce corps, quelque chose était figé et ne circulait pas : le sang? la lymphe? C'était avec des mots, ses mots - pauvres choses - que le Narrateur tentait de redonner vie à ce corps, d'y faire circuler la vie bouillonnante, intrépide, qui se tenait ramassée en Fanny au creux de son ventre comme un poing serré, une pierre, un enfant mort, une pauvre bête empaillée. Fanny est un être insondable. Par intermittences, elle laisse entrevoir des facettes singulières de sa personnalité. La jeune femme au regard perdu peut être enjouée, rieuse, mutine. Derrière le masque lisse qu'elle offre à son entourage existent d'autres Fanny : une Fanny bis, une Fanny ter, comme celle qui un jour a chapardé un chapeau léopard... Mais ces Fanny-là restent cloîtrées dans une enveloppe charnelle rigide. Fanny porte en elle une douleur, elle est 'différente'. C'est cette différence que le Narrateur interroge inlassablement.

  • Je ne voulais plus penser à cette histoire d'amour qui n'avait pas eu lieu, parce que son évocation glissait entre moi et moi une lame si tranchante que je pouvais encore en être meurtrie. Je ne savais que faire de cet objet. L'ignorer ? C'était désormais possible dans la vie, mais si je me mettais à raconter une histoire, ça l'était moins. À presque chaque tournant je butais contre lui, si bien que sur mon parcours, le rencontrant sans cesse et sans cesse l'évitant, je finissais par dessiner comme une forme en creux. Au fond, je tournais autour de son corps. Et le corps de mon amour était si gigantesque qu'il me faisait rire. Il était comme celui de Gulliver autour duquel se déploie, armé, tout un petit peuple effrayé et fasciné, ou comme le cheval blanc d'Uffington dessiné par les Celtes à même la montagne, et couvrant une telle distance que ce n'est pas de la terre qu'on peut le voir, mais en avion seulement. Aller d'une église à l'autre - choisir ces flèches comme repères -, c'était aller de la pointe de son épaule à son coude puis de son coude à sa main et ainsi de suite, si bien que d'une certaine manière le corps de mon amour recouvrait la terre. Son visage souriant regardait en l'air.

  • Le narrateur

    Anne Serre

    Presque tous les romans racontent une histoire avec un personnage central et quelquefois un narrateur qui ne se confond pas avec lui. Le roman que vous allez lire ne fait pas exception. Mais il s'appelle Le narrateur, et le narrateur du Narrateur n'est pas celui auquel on s'attendrait. C'est quelqu'un d'autre, et qui ne dit jamais 'je', mais qui suit à la trace un monsieur très normal (à ceci près qu'il est lui aussi narrateur, c'est-à-dire sans doute romancier) dans une limpide histoire d'amour où tous les autres personnages se conduisent d'une façon embarrassée ou équivoque, justement parce qu'ils devinent ou n'ignorent pas son activité de narrateur, de voleur plus ou moins innocent (mettons : de kleptomane), partout où se présentent un être, une situation, un décor ou un paysage qu'il pourrait s'approprier pour un de ses romans. Il se sent lui-même si troublé qu'il a préféré n'être pour une fois qu'un personnage, laisser faire l'auteur qui, sur ce thème, et à son habitude, danse littéralement une histoire toute de fantaisie délicate, d'intelligence et de vérité.

  • 15 contes et récits pour tout connaître sur les samouraïs!
    Savez-vous comment un chat enseigna à un samouraï l'art d'endormir son adversaire ? Comment un paisible Maître de thé mit en déroute un rônin qui l'avait provoqué en duel ? Ou comment 47 samouraïs restèrent loyaux à leur maître condamné à se suicider, entrant ainsi dans la légende ? Honneur, héroïsme et fidélité sont les maîtres mots du code du samouraï. Ils sont au coeur de ces contes et ces récits pleins de sagesse, et parfois aussi de malice.

empty