• Édition enrichie de Roger Grenier comportant une préface et un dossier sur l'oeuvre. "Il faut représenter la vie non pas telle qu'elle est, mais telle qu'on la voit en rêve." C'est ce que proclame un des personnages de La Mouette. Et Tchékhov avoue que sa nouvelle pièce transgresse les lois du théâtre : 'C'est une comédie : trois rôles de femmes, six rôles d'hommes, quatre actes, un paysage (vue sur un lac), beaucoup de conversations littéraires, peu d'action, cent kilos d'amour.' Pourtant, quand on parle de l'oeuvre théâtrale de Tchékhov, on pense tout de suite à La Mouette. Et l'oiseau, ses ailes déployées, reste l'emblème du Théâtre d'Art de Moscou.

  • GAEV, ouvrant une autre fenêtre.
    Le jardin est tout blanc. Tu n'as pas encore oublié, Liouba ? Cette longue allée s'en va tout droit, comme une courroie tendue, elle brille par les nuits de lune. Tu t'en souviens ? Tu n'as pas oublié ?
    LIOUBOV ANDRÉEVNA, regarde le jardin par la fenêtre.
    Oh, mon enfance, ma pureté! Je dormais dans cette chambre d'enfants, d'ici je voyais le jardin, le bonheur se réveillait avec moi tous les matins, et le jardin était comme il est là, rien n'a changé... Si je pouvais enlever ce poids de ma poitrine, de mes épaules, si je pouvais oublier mon passé !

    GAEV
    Oui, le jardin sera vendu pour dettes, aussi étrange que cela puisse paraître.

  • "Ce qui est médiocre, dit un personnage dans Ionytch, ce n'est pas de ne pas savoir écrire des nouvelles, mais d'en écrire et de ne pas savoir le cacher." Petit clin d'oeil ironique d'Anton Tchékhov, qui a publié des centaines de nouvelles... et ne l'a pas caché.
    Celles qui composent le présent recueil ont été écrites entre 1891 et 1898. Tchékhov est au sommet de son art, mais on peut trouver que son inspiration devient de plus en plus noire. Ses héros ne vivent pas des tragédies. Ils s'enlisent dans l'ennui, la monotonie des jours, la banalité. Le romanesque repose d'habitude sur la singularité d'un individu. Tchékhov réussit le tour de force de le créer avec des gens ordinaires.

    Seule exception, la longue nouvelle, Récit d'un inconnu, comporte des péripéties, des voyages, des coups de théâtre. Un socialiste s'introduit comme domestique chez le fils d'un grand personnage, afin de surprendre les secrets du père, voire saisir une occasion de l'assassiner. Mais une femme survient...

  • Voici des nouvelles sur le "royaume des femmes". Ainsi, la Dame au petit chien promène son ennui et son chien sur la digue d'une station de la mer Noire. Un homme solitaire la remarque, l'aime, mais ne peut triompher plus tard de toutes les barrières qui se dressent sur le chemin de leur bonheur.

    Tchékhov souffrait d'une impossibilité d'aimer. Mais l'amour lui inspire émotion ou ironie ("Si vous craignez la solitude, ne vous mariez pas"), et une grande variété de tableaux : "Une nouvelle qui n'a pas de femmes, écrit-il, c'est une machine sans vapeur." L'héroïne par excellence est pour lui la femme incomprise, qui rêve d'une autre vie, inaccessible.

  • Écrite avec la noirceur de la jeunesse - Tchékhov a entre vingt et vingt-deux ans -, cette pièce annonce déjà tous les thèmes de son oeuvre théâtrale : personnages à la dérive, solitaires qui passent de l'exaltation à la culpabilité, domaine perdu, le monde vu comme une grande scène de sottise et de folie. Platonov est plus intelligent que ceux qui l'entourent, présentés comme une bande d'ivrognes cupides. Ce qui le perd, c'est qu'il est un incorrigible coureur de jupons. Mais faible, et même lâche. Pièce perdue, retrouvée en 1920, elle ne fut créée qu'en 1956, au T.N.P., par Jean Vilar, sous le titre de "Ce fou de Platonov".

  • "Quand Tchékhov part pour l'île de Sakhaline, en avril 1890, personne ne comprend ses raisons. Lui-même, incapable d'en donner, se contente de parler de mania sachalinosa. Il s'agit là de l'épisode le plus étrange de sa vie. Décidé à mener une enquête sur ce lieu maudit voué au bagne et à la déportation, il se met en route dans des conditions folles. Il n'a aucun papier officiel, ni ordre de mission, ni même une lettre de recommandation. Après deux mois et demi d'un voyage exténuant, il risque de se voir prier de retourner d'où il est venu. Il affronte le froid, la pluie, les inondations, puis la chaleur, la poussière, les incendies de forêts. Voici enfin l'île de Sakhakine, au large de la Sibérie : "Tout autour la mer, au milieu l'enfer.""
    Roger Grenier.

  • Tragi-comiques, ces quatre oeuvres brèves sont chacune des pièces d'orfèvrerie tchékhovienne, où se débattent des individus aux solitudes vertigineuses.

    'Je n'ai personne, Nikitouchka, ni parents, ni femme, ni gosses... Seul, comme le vent dans la plaine...'

  • Les trois nouvelles qui composent ce recueil jalonnent trois étapes décisives de la vie et de l'oeuvre d'Anton Tchékhov. La Steppe marque son entrée dans la littérature, Salle 6 sa rupture avec la doctrine tolstoïenne de la non-résistance au mal, L'Évêque l'imminence de la mort.

    Dans la première nouvelle, l'immensité de la steppe russe est vue à travers le regard d'un enfant qui entreprend un long voyage, sur des chars à boeufs, vers le lointain lycée qui l'attend, vers une vie inconnue. La deuxième a pour triste héros le docteur Raguine qui, après avoir accepté dans l'indifférence la souffrance de ses malades, les mauvais traitements qui leur sont infligés, meurt en disant : "Tout m'est égal." Quant à l'évêque, dont Tchékhov nous conte les derniers jours, comment ne pas songer à l'auteur lui-même, à bout de forces, encombré de sa gloire, assailli par les importuns, qui voit venir la mort et qui bientôt sera remplacé, oublié...

  • "Un soir, il neigea. En rentrant du travail je trouvai Mlle Maria dans ma chambre.
    "Pourquoi ne venez-vous pas à la maison ? Puisque vous ne vouliez plus venir chez moi, c'est moi qui suis venue chez vous."
    Elle fondit en larmes :
    "La vie m'est pénible, très pénible, et je n'ai personne d'autre que vous au monde ! Ne m'abandonnez pas !"
    Tandis qu'elle cherchait un mouchoir pour essuyer ses larmes elle esquissa un sourire ; nous restâmes un moment silencieux, puis je la serrai dans mes bras et je l'embrassai en m'égratignant la joue jusqu'au sang contre l'épingle piquée dans son chapeau.
    Et nous nous mîmes à parler comme si notre intimité datait de très, très longtemps..."

  • La steppe

    Anton Tchekhov

    Edition enrichie (Présentation, notes et bibliographie)Iêgorouchka n'a pas encore dix ans lorsqu'il entreprend au coeur de l'été son premier grand voyage. Et ce sera pour lui la découverte émerveillée de la steppe russe, de cet océan sans vagues où quelques marchands naviguent en convois sur la grand-route, de ses lointains bleus traversés de brusques orages, de sa faune secrète ou familière, de son peuple de bergers ou de cavaliers évanescents. Les veillées à la belle étoile où l'on forge le trésor des contes lui ouvriront aussi la porte des rêves. Mais les mystérieux kourganes en faction depuis le fond des âges conserveront tous leurs secrets. La Steppe, c'est aussi l'enfance revisitée par un écrivain encore jeune engagé non sans appréhension sur les traces des maîtres qui ont chanté la nature russe: Tourguenev, Tolstoï et surtout Gogol. Tchekhov voulait qu' on lut son récit "comme un gourmet mange les bécasses". Plus d'un siècle après sa publication, il n'a rien perdu de sa délicate saveur.

  • Deux courtes pièces d'Anton Tchekhov, aussi hilarantes que grinçantes ! Dans Une demande en mariage, Lomof vient demander à son voisin la main de sa fille. Mais ce qui devait être un tendre aveu se transforme en une terrible querelle de voisinage... Dans Le tragédien malgré lui, Tolkatchov n'en peut plus : sa vie conjugale est un enfer. Il vient demander aide et soutien à son ami Mourachkine.
     

  • Le moine noir

    Anton Tchekhov

    • L'herne
    • 5 Novembre 2014

    Andreï Kovrine est un jeune et brillant universitaire, professeur de philosophie, qui lors d'un séjour chez des amis est sujet à des visions.
    L'inquiétant moine noir disparu depuis près de mille ans serait-il de retour ? Kovrine jeune homme ambitieux et en quête de grandeur est envouté par cette apparition qui incarne à la fois la tentation et l'orgueil. Fantasme ou réalité ? Andreï Kovrine obsédé par cette légende, refuse la médiocrité des gens raisonnables et sombre dans la folie, semant autour de lui la souffrance et le malheur. Qui croire ? Que croire ?
    Tchekhov nous livre ici une réflexion sur le bonheur et le génie, les êtres d'exception et les gens ordinaires. Un récit pour le moins étrange, plus étrange encore lorsqu'on sait que l'écrivain russe se serait basé sur un de ses propres rêves qui l'aurait complètement bouleversé !

  • Jour de fête ; sorcière

    Anton Tchekhov

    • L'herne
    • 3 Novembre 2010

    Jour de fête et Sorcière, les deux nouvelles inédites en français, réunies dans ce Carnet relatent les drames du quotidien. Tchekhov montre mais ne dénonce jamais. Il ne cesse de souligner dans son oeuvre l'esprit petit-bourgeois sur fond de Russie éternelle, la trivialité, la corruption, l'ignorance crasse et la déchéance à travers des destins avortés, condamnés à l'usure du temps.
    Le lecteur de ces deux drames conjugaux, qui mettent à nu les strates les plus profondes de l'âme humaine, appréciera le style de Tchekhov : sobriété, simplicité et économie de moyens, en même temps que l'un de ses thèmes de prédilection, le temps, qui loin de mûrir les personnages, les défait, les dépossède de leur être et émousse leurs sentiments.

  • En 1898, un jeune journaliste de vingt-neuf ans écrit au plus célèbre des dramaturges russes. Celui-ci n´a que huit ans de plus que lui, mais il est déjà une autorité. Et il lui donne des conseils, et il l´encourage. Et voici comment se noue une amitié littéraire entre le jeune Gorki, qui publiera bientôt son premier livre, et Anton Tchekhov, l´auteur de La Mouette. Des lettres à ranger parmi les grandes correspondances de la littérature européenne.Traduit du russe par Jean Pérus

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