• Sur la place de certains villages forestiers des collines du Sépik occidental (Papouasie-Nouvelle-Guinée), les hommes mettent périodiquement en scène, deux jours et deux nuits durant, un drame rituel sans paroles, où c'est la diversité ordonnée des masques, des peintures corporelles, de la gestuelle et de la musique qui délivre un message codé dont seuls quelques privilégiés comprennent le sens. Sur le fond d'une conception dualiste de l'univers et de la société basée sur la différenciation sexuelle, le rite public de ce culte masculin donne à voir la sexualité fondatrice d'un couple divin, la gestation puis la naissance de deux fils, leur séparation d'avec la mère parturiente et leur quête du sein, enfin leur identification à un père social supplantant le père géniteur. Les dernières minutes sont la condensation d'un scénario oedipien dont l'issue demeure incertaine, tout en évoquant un rite d'initiation dont les novices et leurs guides ne seraient que des acteurs se produisant sur scène. Personnages rituels ultimes et « hommes originels », ces fils totémiques incarnent l'Homme social et la Société elle-même toujours recommencés. Simple réactualisation « folklorique » d'une cosmogonie ? Mythe héroïque joué comme un mystère antique ? Dispositif idéologique propre à garantir la domination masculine ? Expression immédiate de fantasmes oedipiens sans cesse revécus ? Ce livre cherche des réponses en associant une analyse ethnographique rigoureuse aux concepts que la psychanalyse d'inspiration freudienne est à même de proposer à l'ethnologue. A partir d'un cas particulier, il interroge le rapport entre fantasme individuel et symbole religieux, entre atemporalité de l'inconscient et histoire culturelle, entre refoulement et idéologie...

  • Cet ouvrage posthume de Bernard Juillerat élève le mythe au rang d´« "objet transitionnel" entre l´inconscient individuel et la société » et permet de repenser encore une fois des questions dont l´intérêt excède évidemment le domaine mélanésien, notamment la sexualité, la procréation, la parentalité, la filiation, l´émergence du social ou la mort. À partir de l´analyse comparative d´un corpus de mythes mélanésiens, essentiellement néo-guinéens, Bernard Juillerat en dégage la logique sémantique globale, en repérant les thèmes disséminés à travers les récits de multiples sociétés qui prennent sens comme autant d´éléments de configurations inconscientes universelles. La transmission orale des mythes, qui véhicule ce sens, contribue surtout à le produire à travers les transformations que leur répétition induit inévitablement au cours du temps. Ainsi, comme il l´écrit, le « sens n´est pas préétabli avant même que le mythe n´existe socialement : il se constitue dans une poussée de la pensée qui, par la médiation du récit, passe dans la parole et devient un bien culturel transmissible ». Au coeur des mythes réside la question des conflits permanents entre la jouissance individuelle et la construction du social qui travaille à sa domestication, le mythe parlant des « concessions que le sujet doit concéder au social pour maîtriser sa part "naturelle" ». Ainsi la pensée mythique fait-elle resurgir ce que la société a refoulé comme non socialisable. Dans la première partie, l´auteur traite des héros phalliques, personnalités solitaires, narcissiques et pulsionnelles qui défient l´ordre social et auxquelles appartiennent notamment les figures répandues des changeurs de peau. La deuxième partie porte sur les héros oedipiens, personnages disposant d´un accès privilégié à l´abondance - qu´elle se dise en termes de richesses matérielles ou de femmes. Ces types de héros vécurent sous le règne du principe de plaisir avant qu´une transgression individuelle n´y mette fin en provoquant l´apparition du principe de réalité qui régit désormais la vie de la société. La troisième et dernière partie concerne l´intrication mythique des thèmes de l´amour, de la mort et de l´abondance. L´analyse se termine sur l´observation qu´une structure ternaire apparaît commune à la presque totalité des récits. Écrit de façon claire et avec la sobriété qui était coutumière à l´auteur, ce livre offre un large panorama de mythes dans lesquels les ethnologues de la Nouvelle-Guinée en particulier retrouveront des échos familiers des récits qu´ils connaissent. L´interprétation qu´en livre Bernard Juillerat ici entend mettre en évidence les récurrences thématiques qui se font jour entre eux, sans chercher à les contextualiser de façon spécifique. Il n´est donc fait référence, par exemple, ni aux rites susceptibles d´être associés à ces mythes et de les éclairer, ni aux modalités sociales de leur énonciation.

  • Au cours de l'étude ethnographique approfondie d'une société de Papouasie, l'auteur a recueilli et transcrit des récits qui s'avèrent poser de façon diversifiée la question de la constitution du sujet, saisie au travers de la symbolique oedipienne.

  • De son voyage sur le terrain en 1989 et des éléments de culture orale qui subsistent, B. Juillerat propose une triple perspective du peuple banaro : une lecture critique des travaux de Richard Thurnwald (qui vécut en Mélanésie en 1913-1915); une restitution de l'assise traditionnelle des Banaro; un témoignage vivant.

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