• Selon certaines opinions, l'intelligence de la foi chrétienne traverserait aujourd'hui une sorte d'exil, de nature à la rendre étrange, voire étrangère, au regard des évolutions de la société et de la culture. C'est ce qui permettrait de comprendre tantôt la tentation de « repli » sur la spiritualité, tantôt le confinement de la pensée chrétienne dans les sphères spécialisées des institutions vouées à la recherche et aux publications scientifiques, ne touchant qu'un public des plus restreints. D'autres estiment au contraire qu'aujourd'hui plus que jamais, l'intelligence de la foi - en philosophie comme en théologie - se doit de relever les défis qui se présentent à elle dans le champ des pratiques sociales. L'articulation entre la foi et la raison resterait bancale sans « raison pratique » efficace, laquelle rend compte du logos de la foi, entendue intelligemment dans la vie sociale, et non à l'écart des réalités et des changements, des passions et des souffrances qui s'y manifestent. Dans une société souvent perçue aujourd'hui comme fragmentée, conflictuelle, voire menaçante, quelles sont les ressources que les « métiers » de théologien (ne) et de philosophe offrent à l'alliance dans la foi chrétienne de son intelligence et de sa pratique ?

  • De l'autorité : personne aujourd'hui n'en ignore les crises et les bouleversements. Mais vouloir reproduire certains modèles du passé, dans l'espoir de « restaurer » l'autorité, a tôt fait de montrer ses limites. Les inclinations autoritaires penchent, on le sait, vers une pente dangereuse. Tout comme on sait ardus la tâche et les efforts d'innover en matière d'autorité. Entre le respect des limites et la nécessité des transgressions, la voie sur laquelle devenir humainement « auteur et répondant » de sa parole et de ses actes, envers soi-même comme envers autrui, n'est jamais tracée d'avance. Cette voie n'est pas étrangère à la foi, à son intelligence et à ses pratiques. Les croyant-e-s, leurs communautés et leurs institutions sont d'autant plus concerné-e-s qu'en la matière, l'autorité touche aux convictions profondes, aux manières de se référer à des textes fondateurs et des traditions, ainsi qu'aux rapports avec la société. Les études réunies dans ce volume se proposent d'en rendre compte, et d'en dégager quelques enjeux actuels, sous l'éclairage de l'histoire, de la philosophie et de la théologie. La perspective est donc pluridisciplinaire. Elle est aussi oecuménique, à la mesure de l'importance actuellement reconnue aux rapports entre autorité et dialogue, comme entre autonomie et obéissance. Traiter ces questions n'est pas faire « une » théologie de l'autorité, mais examiner les possibilités données à l'intelligence de la foi, pour qu'elle devienne auteure et répondante de ce qu'elle peut dire et faire dans le temps présent.

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