• Ce facétieux " petit traité souvent drôle et toujours intelligent sur l'art et la manière d'entrer en littérature afin d'y tracer un chemin " est le fruit d'une double expérience : l'écriture d'une vingtaine de livres et la transmission de cette pratique dans le cadre des enseignements artistiques de Sciences-Po ou des Ateliers de la NRF au sein des éditions Gallimard. Bertrand Leclair y partage librement la formidable dynamique que peut impulser une initiation collective au geste d'écrire. Qu'il s'agisse de plonger dans la langue, de faire preuve d'adresse, d'ouvrir l'espace et le temps du jeu, il déplie et déploie tous les sens du terme " débuter ". Car débuter, c'est débusquer, jouer mai aussi laisser venir, laisser pousser, tel le jardinier espérant avoir la main verte. Le lecteur désireux d'entrer en littérature afin d'écrire un roman ou un récit y trouvera donc un bréviaire lui permettant de toujours faire confiance aux mots qui surgissent, pour les interroger jusqu'à comprendre ce qui les amène et ce qui leur permet de créer l'élan et le ressort du texte.
    Inédit

  • Édouard, collectionneur et libraire d'ancien, possède un précieux cahier d'apprentissage datant du XVIIe siècle qui aurait été tenu par un certain Melchior Soubeyran. Lorsqu'il le confie au narrateur, qui s'y plonge, celui-ci se trouve précipité à Moscou, en 1689, au chevet de Jean-Baptiste Tavernier agonisant sous les yeux de son jeune apprenti. À plus de quatre-vingts ans, l'auteur protestant des Six Voyages en Turquie, en Perse et aux Indes, qui fut le pourvoyeur de Louis XIV en diamants d'exception, a été contraint de reprendre la route de l'Orient. Ce septième départ est une conséquence des persécutions déchaînées par la révocation de l'édit de Nantes, mais aussi des manigances de son flamboyant beau-frère, soi-disant prince du sang persan et assurément escroc de la plus belle eau.
    Tandis que son maître délire et menace des fantômes qu'il est seul à voir, le jeune Melchior s'enfonce dans son cahier d'écriture comme un animal traqué dans une terre trop meuble. La fièvre contamine les pages, dans la nuit moscovite, et le narrateur, happé à son tour, n'y échappera pas...

  • Contraint de rejoindre sa femme et leurs cinq enfants à Copenhague, en novembre 1884, Gauguin n'est pas encore Gauguin, mais il le devient, confronté à l'hostilité qu'il génère. Au long d'une enquête tourbillonnante, Bertrand Leclair restitue le vertige d'un homme déchiré, incapable de renoncer à sa fascination pour la peinture.

  • Lui-même père d'un enfant sourd, le narrateur de Malentendus mène l'enquête sur une tragédie familiale prise dans les rets de la grande histoire, celle des sourds, otages d'une bataille séculaire entre partisans de la langue des signes et partisans de l'oralisme. Mêlant l'intime et le collectif, Malentendus parvient à faire de la surdité d'un enfant le puissant révélateur des mécanismes d'ordinaire invisibles du roman familial, de ses ambivalences inconscientes et de ses non-dits dévastateurs.

  • Rome, hôpital San Camillo Forlanini, printemps 2015. Cloué jambe en l'air sur un lit médicalisé, celui qui prétend s'appeler Wallace tente de comprendre : l'amour lui aurait-il tourné la tête, au risque de la perdre, littéralement ? Il revoit Giulia, sa maîtresse, tâchant de le rappeler à l'ordre de l'amour dans la lumière trop vive de la via Appia Antica avant d'extirper de son sac un petit revolver, qu'il a d'abord pris pour un jouet, en vérité, ou "une sorte d'accessoire de théâtre, un briquet de salon, peut-être, un bijou nacré, élégant, forcément élégant aux yeux de Wallace, comme tout ce que touche Giulia, tout ce qu'elle porte, tout ce qu'elle respire, Giulia"...

    Quel rapport avec les fantasmes délirants que la jeune femme prête à son mari paraplégique ? Avec les nouvelles mafias romaines qui détournent l'aide aux réfugiés ? Et avec la Chine, grands dieux ? Quel rapport Wallace entretient-il avec la Chine à son insu ?

    Bertrand Leclair nous entraîne dans une histoire haletante, toute en rebondissements multiples, digressions, faux-semblants et chausse-trappes. Le vrai et le faux se mêlent pour donner un roman jubilatoire et enlevé qui mélange les genres et ressemble à l'Italie, dans toute sa diversité : drôle, romantique,
    tendre et burlesque à la fois.

  • À l'instigation de François Bon qui venait de fonder la maison Publie.net, j'ai réuni plusieurs textes consacrés au long des années à Paul Gauguin, à la croisée de sa vie et d'une oeuvre qui est aussi littéraire : outre son abondante correspondance, Gauguin est un mémorialiste et un pamphlétaire remarquable, dont l'écriture âpre et rugueuse danse face au lecteur comme les jambes du boxeur sur le ring.
    Le titre donné à cet ensemble de textes relevant de genres différents (la fiction biographique à travers un feuilleton radiophonique, l'essai critique ou la « lecture d'image ») est une invitation à le lire comme un chantier destiné à rester ouvert. L'oeuvre du peintre qui revendiquait « le droit de tout oser » et affirmait avoir « voulu vouloir » est suffisamment entêtante pour qu'on y revienne sans cesse. Elle est de celles où l'on puise énergie et lumière, cette lumière si particulière qui faisait dire à Mallarmé, face aux premières toiles tahitiennes, qu'il est extraordinaire de générer « tant de mystère dans tant d'éclat ».
    BERTRAND LECLAIR

  • « Ce que ça nous fait, ce que ça peut bien nous faire, la littérature, ici et maintenant, à tous et à chacun ? »
    Destiné à interroger les puissances de la littérature, cet essai repose sur une conviction qui restait à vérifier : les livres qui nous ont profondément marqués en savent long sur nous - et peut-être plus long que nous. Ils sont gros de tout ce que nous ne savons plus savoir, au quotidien laborieux des jours, tout ce que nous préférons enfouir par conformisme et par habitude sous la « connaissance conventionnelle ».
    Récit d'une expérience, Dans les rouleaux du temps mobilise les oeuvres de Céline et de Mallarmé, d'Aragon et de Cixous, mais aussi Sur la route ou encore Histoire d'O. Comme le fleuve à l'embouchure, il ne pouvait que se jeter dans l'expérience proustienne, cependant : À la recherche du temps perdu est bien « le » livre des livres, le livre qui délivre - et qui délivre quoi, sinon la littérature, et donc la vie ?

  • Tombé par hasard sur un vieux numéro de Paris Match de 1962, relatant le procès de Georges Pessant, l' assassin à la Simca 1000 qui terrifia le Nord de la France et excita des procureurs trop bien intentionnés, le narrateur raconte sa propre enquête.
    II est mu par une obsession : rendre justice à un homme. Georges Pessant est innocent, quoi qu'en disent les mauvaises langues du voisinage, quoi qu'en dise ce Marc Treillou qui s'acharne sur sa mémoire, quoi qu'en disent les avocats des familles traumatisées. Et quoi que semblent avouer les pages écrites par Pessant en prison, accumulant les détails les plus sordides des meurtres... Le récit de quatre crimes sexuels et d'une erreur judiciaire se déploie avec une simplicité et une habileté diaboliques.
    Le lecteur est entraîné, il subit la fascination qu'exerce cette histoire criminelle, déchaînant les passions les plus noires dans une certaine province française des années soixante. Et ensuite, pauvre lecteur, un ultime renversement le renvoie à lui-même et aux grands problèmes que soulève le roman : vérité et mensonge, violence et soumission de l'opinion publique.

  • L'ensemble peut paraître impressionnant : mais est-ce que ce n'est pas une des pistes de l'édition numérique, de permettre l'accès direct au contenu précis qu'on cherche, qu'il s'agisse de Nathalie Sarraute, Bernard Lamarche-Vadel, Claude Lucas ou Michel Houellebecq ?
    Mais Bertrand Leclair nous propose autre chose. Pendant onze ans, il exerce l'écriture critique et devient pour nous tous, auteurs, un repère essentiel : non pas rendre compte d'un livre, mais orienter, dégager les enjeux dans le contemporain, proposer des passerelles qui reformulent les concepts même de ce qu'on pratique : forme, voix, rapport de l'écriture à celui qui s'y engouffre.
    Alors cette construction en tant que telle est décisive : partir de lignes de fractures majeures - Guyotat, Cixous - revenir en amont s'il le faut - Sarraute, Beckett - et de là s'engager vers des oeuvres au présent le plus direct, Xavier Bazot, Claude Lucas, Marie NDiaye...
    Autre question : celle de la trace, de l'expérience. S'impliquer dans la critique, c'est expérimenter en quoi et comment les textes agissent, et qui les reçoit. Bertrand Leclair publie dans Politis, Les Inrockuptibles, il a plusieurs années un rôle important dans la Quinzaine littéraire auprès de Maurice Nadeau. Mais il donne des conférences, participe à des hommages (ainsi, cette étude de fond juste dans la secousse de la mort de Bernard Lamarche-Vadel).
    En proposant une édition numérique de ces textes, nous reconduisons qu'ils soient ainsi partage et action : ils seront accessibles désormais, en lecture intégrale, dans quelques dizaines de bibliothèques, nos abonnées, et les pistes de recherche indexées dans leur catalogue. C'est l'intensité de cette expérience neuve qui nous est proposée, et merci à Bertrand Leclair de s'y associer.
    Le volume 2 à suivre : interventions journalistiques.

    FB

    Correction, préparation et révision : merci à Cécile Carret.

  • L'bonhomme Pons

    Bertrand Leclair



    Le cousin Pons de Balzac était un ringard ; le bonhomme Pons de Bertrand Leclair est un fastueux débris de 68 égaré dans une époque qui n'est pas la sienne.

    Prenez un vieux musicien déchu qui a fêté Mai 68 et l'élection de Mitterrand, précipitez-le dans l'univers contemporain des communicants cyniques qui regardent les oeuvres d'art des zéros plein les yeux, puis laissez jouer les rapports de force : comment la fatalité sociale pourrait-elle épargner Fernand Pons, et à travers lui la passion de l'art ?
    En livrant son narrateur à l'observation minutieuse de Pons, Bertrand Leclair joue sur le décalage et s'adonne à une étude sociologique réjouissante qui fait revivre en sous-texte la puissance incomparable du geste romanesque de Balzac. Et prouve à quel point sont encore brûlants les rapports de force entre l'art et le social.

  • À Berlin, Marc rencontre une de ses lectrices, Hannah, jeune femme d'une trentaine d'années. Une liaison naît entre eux, d'un érotisme envoûtant. Mais il lui faut vite déchanter. Hannah avait mission de le séduire pour le compte d'une « princesse » mariée à un richissime oligarque russe.
    La curiosité et son attrait pour Hannah lui font accepter une invitation sur une île grecque dont on lui cache le nom et le lieu. Cette princesse y dirige une Villa du Jouir, sorte de phalanstère moderne - ou bordel de luxe ? - au coeur d'enjeux politiques et économiques internationaux. Les hommes invités y sont initiés à une autre dimension du plaisir. Rompant un jour le pacte, Marc décide de partir. Il était pourtant prévenu : il chercherait à revenir, n'y parviendrait pas, se consumerait de nostalgie...
    Un grand texte érotique, dans la lignée d'Histoire d'O, de L'Anglais décrit dans le château fermé, du Roi des fées, du Château de Cène...

  • Ce qui lui fait peur, c'est cette violence folle que ses fils peuvent libérer à l'extérieur, d'une seconde à l'autre, métamorphosés, bouffis de haine, à terroriser tout le quartier. La violence... Depuis quand? Voilà une question qui l'agite, tout au fond d'elle-même, là où elle ne peut pas empêcher que les mots soient encore un peu vivants. Depuis quand, elle a peur de la violence de ses garçons ? Depuis quand, tout est parti en vrille ?

    Une femme est seule chez elle, immobile sur un fauteuil, dans un appartement presque vide. Plus de rideaux aux fenêtres, plus de télé, plus de canapé. Elle attend qu'on vienne la jeter dehors.
    Puisqu'on va l'expulser. Elle le sait et elle ne veut pas, le savoir. Elle voudrait juste chasser les mots, ne plus penser, et surtout pas à ses deux enfants qu'elle ne va plus jamais voir, au parloir de la prison. Elle ne leur a rien dit de l'expulsion qui se prépare, ultime conséquence de leur condamnation pour trafic de drogue...

  • La dernière Rencontre québécoise internationale des écrivains, dont Les écrits publient la conférence et l'allocution inaugurales, prononcées respectivement par Suzanne Jacob et André Roy, avait pour titre Éros et ses fictions. Fiction érotique devient érotique de la fiction où l'imagination amoureuse et la créativité propre au désir font un avec l'inventivité verbale. C'est ce dont témoigne tout le numéro, notamment dans les fictions sexuées de Jean Pierre Girard et Jacques Abeille, les essais sur l'amour de Bertrand Leclair et Yannick Haenel, et les poèmes de Gilles Cyr, Hélène Dorion, Benoît Jutras et plusieurs autres. L'oeuvre peinte et sculptée de Garen Bedrossian accompagne les textes de ce numéro.

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