• Madone

    Bertrand Visage

    Madone, c'est le nom affectueux que donne à cette jeune femme sa protectrice, une vieille couturière du quartier. Madone a de longs cheveux noirs, un bébé sur les bras qu'elle allaite. Mais un jour, sans explication, la rivière du lait se tarit, se perd dans les sables, et Madone pour qui c'était le plus grand des bonheurs ne se console pas d'être devenue soudain incapable de nourrir son petit. Pendant ce temps, à l'autre bout de cette ville méditerranéenne, un géant blond accablé par la canicule, capitaine d'un cargo échoué dans le port tout proche, vit un moment de honte et de désarroi. Cette tache sur sa chemise, cette fleur humide qui colle aux doigts, qu'est-ce que cela peut bien être ? Depuis l'instant où Madone et le marin se sont croisés sans se voir, jusqu'à celui où ils se retrouveront, on suit avec délices les personnages de cette histoire aussi mystérieuse qu'émouvante, parfois cruelle, portée par une écriture pleine de vie et de sensualité, qui jette une lumière inattendue sur des thèmes universels : l'amour et le hasard, le désir d'enfants envisagé - pour une fois - du côté des hommes.
    Bertrand Visage a longtemps vécu en Italie du Sud où il puise la matière de la plupart de ses romans, notamment Tous les soleils (prix Femina 1984), Angelica (1988), Bambini (1993) et Intérieur Sud (2008).

  • Intérieur Sud

    Bertrand Visage

    Un homme retourne en Sicile huit ans après en avoir été chassé. Il a quarante-quatre ans, sa vie est devenue flottante, aussi éprouve-t-il une indescriptible émotion à arpenter les rues qui sentent le linge et la tomate. Et le voici qui rôde chaque soir autour d'un certain immeuble populaire d'un quartier de Catane, où continue de vivre Veronica, cette " fille de gangster " qui a été sa femme. Elle n'est pas là. Il décide alors, sur un coup de tête, de pénétrer dans l'appartement. Bientôt il prend ses aises, et, dans un sentiment d'euphorie et de surexcitation, il élimine tous les objets qui se sont accumulés en son absence. Les voisins lui font fête, tout se passe pour le mieux...
    Mais une nuit, un violent orage éclate. Arturo qui ne parvient pas à dormir se dirige à tâtons vers la cuisine. Là, il aperçoit sur le balcon à la lueur des éclairs le corps étendu d'une jeune femme. Qui n'est pas celle qu'il attendait.
    Le mystère et la sensualité sont partout présents dans ce roman qu'on ne lâche plus jusqu'à la dernière page. L'histoire aurait pu être banale, celle de la fin d'un amour. Elle est ici transfigurée par un sens aigu du récit, une acuité quasi visuelle à l'égard des personnages qui le peuplent. On ne les lit pas, on les voit.
    Bertrand Visage a longtemps vécu en Italie du Sud. Il a publié sept romans parmi lesquels Tous les soleils (prix Femina 1984) et Angelica (1988) qui se déroulent dans les mêmes lieux.

  • Voici l'histoire de Nelson Ollala, fils de Léa la chatte tigrée et de Frankie le formidable matou noir. Couvert de puces, désespérément seul, mais se battant avec courage pour sa survie. Depuis sa naissance tourmentée jusqu'au dénouement ironique que signe son entrée dans l'âge adulte, Nelson inventera les gestes élémentaires de l'existence. Il doit nourrir son estomac et peut-être aussi son coeur, il lui faut retrouver un père et pourchasser les hirondelles.
    Ce récit picaresque, fortement coloré, constitue au plein sens du terme un roman d'apprentissage, et il n'y a guère de héros plus humain que ce chat sauvage évoluant de son pas silencieux dans l'ombre des hommes, recherchant leur protection et découvrant qu'on ne saurait leur accorder une confiance illimitée.

  • Dans un Paris inquiétant et délabré, Gil (Gilda) et Lucas vivent comme un défi leur passion amoureuse. Aux portes des arrondissements, il y a des barrières de péage. La disette et les privations obligent à s'émerveiller de peu de chose, par exemple de quelques fruits pour un repas de noces. Et d'abord, pourquoi Gil se marie-t-elle avec le vieil Acham, si tristement attentif à elle? Et pourquoi, à la fin du banquet, entraîne-t-elle Lucas dans son lit, en lui murmurant: " Je suis célibataire ce soir "? L'état de grâce commence, malgré les miliciens, la peur et le passé. Gil a des épaules hardies, une taille juvénile, elle est la fille d'un de ces hommes qui en leur temps furent des héros. Quant à Lucas, il tient l'hôtel Atmosphère qui met à leur disposition vingt-trois chambres pour s'aimer et qui pourrait être le plus pittoresque des havres, si ce lieu ne baignait pas, comme les autres, dans une lumière fantomatique.
    Habitée d'un souffle haletant et visionnaire, portée par l'écriture luxuriante de Bertrand Visage, cette histoire d'un amour menacé s'achemine vers un étonnant dénouement où les trois protagonistes vont devoir assumer ensemble un acte qui illustre la force de leur lien.

  • Chercher le monstre est d'abord un livre sur l'Hybridité. Cela fait qu'il n'y a pas moyen de le définir autrement que par l'énumération des matières qu'il contient : biographies de plantes (cactus, orchidées, chanvre indien), effigies d'humains bâtards - Quasimodo, Tupac Amaru, les Jumeaux du Popol-Vuh -, présentation d'un auteur insolite à nos oreilles, le polonais Bruno Schulz mort en 1942 (et sa continuation actuelle dans le théâtre de Kantor), des recettes, des chants, des peurs et des jubilations - tout ceci à opposer en bloc au constat de rétrécissement qui affecte aujourd'hui la littérature. Écrire est devenu un geste si chétif. N'englobant plus que le vécu-moignon de poupées du spectacle. Chercher le monstre est aussi l'utopie d'un certain homme-pitre (incarné ici par Tupac le dernier Inca), assez poreux, assez naïf pour risquer la crise qu'ouvre en lui la vue d'un monstre à sa ressemblance. Et moi ?... moi ?... quel hybride je suis, moi Déjà au XVIIIe, Kleist soutenait cette thèse grotesque, qu'une marionnette animée de fils possède une indiscutable suprématie plastique sur le corps vivant du danseur. Une marionnette. Un soi-même miniature, un tremblement de la génétique. qui nous oblige à déterrer des forces enfouies et ne saurait se concevoir qu'à bout de souffle.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Un enfant qui grandit, qui apprend son métier d'homme : ce pourrait être un roman d'éducation à l'ancienne mode. Mais si, par malchance, l'enfant est nain, s'il ne grandit pas, n'apprend rien, le roman d'éducation tourne à la farce. Or, il faut savoir que le nabot est l'ultime rejeton d'une famille qui a connu jadis ses heures riches. À présent, la dynastie s'achève par ce petit hoquet final, tandis que le château se délabre, que les intrigants complotent et que la vermine ronge. Crépuscule d'un monde, à la fois somptueux et dérisoire, tragique et burlesque. Et pourtant, ce crépuscule annonce aussi l'aurore. Car il y a les Cinq (Calypso, Mandragore et compagnie), les Cinq qui sont inséparables et qui ne veulent pas rester nains. Que font-ils ? Pardi, ils apprennent à grandir. Ce n'est plus de la politique, c'est quelque chose de plus intime et plus charnel : le vécu quotidien. Au fil des expériences, et non sans fantaisie, ils élaborent les premiers fragments de leur art de vivre. Oh, pas de système ou de doctrine : simplement, dispersées dans le roman, une série de menues recettes à usage interne. Au lecteur d'y puiser. Cherchez, fouillez, prenez ce qui vous plaît et mettez-le dans votre vie.

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