• "Je plaisante, je plaisante, mais la situation est affreusement désespérée. L'affaire était louche dès le début pourtant, l'ennemi n'est pas tombé du ciel, il sortait bien de quelque trou, verdammt, un enfant l'aurait compris. Quand avons-nous cessé d'être intelligents ou simplement attentifs ?"
    Ute Von Ebert, dernière héritière d'un puissant empire industriel, habite à Erlingen, fief cossu de la haute bourgeoisie allemande. Sa fille Hannah, vingt-six ans, vit à Londres. Dans des lettres au ton très libre et souvent sarcastique, Ute lui raconte la vie dans Erlingen assiégée par un ennemi dont on ignore à peu près tout et qu'elle appelle « les Serviteurs », car ils ont décidé de faire de la soumission à leur dieu la loi unique de l'humanité. La population attend fiévreusement un train qui doit l'évacuer. Mais le train du salut n'arrive pas.
    Et si cette histoire était le fruit d'un esprit fantasque et inquiet, qui observe les ravages de la propagation d'une foi sectaire dans les démocraties fatiguées ?
    Comme dans 2084, Boualem Sansal décrit la mainmise de l'extrémisme religieux sur les zones fragiles de nos sociétés, favorisée par la lâcheté ou l'aveuglement des dirigeants.
    Sylvia Bergé et Coraly Zahonero de la Comédie-Française incarnent avec force les héroïnes d'un récit surprenant, énigmatique et tumultueux.

  • L'Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l'amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions. Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l'existence d'un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion... Boualem Sansal s'est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d'un récit débridé, plein d'innocence goguenarde, d'inventions cocasses ou inquiétantes, il s'inscrit dans la filiation d'Orwell pour brocarder les dérives et l'hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties. Grand prix du Roman de l'Académie française 2015

  • Boris Cyrulnik et Boualem Sansal revisitent les périodes de fracture qui s'étendent de l'hégémonie ottomane sur la Méditerranée orientale à la conquête du Royaume arabe de Grenade par les Espagnols, de la découverte des routes océaniques vers les Amériques à l'époque moderne et aux ambitions coloniales. Ils abordent les antagonismes entre une chrétienté défendue par l'Espagne et l'Islam ottoman expansionniste qui perdurent jusqu'à nos jours avec les nombreuses falsifications de l'histoire qui ne favorisent pas les rapprochements.
    Quant au terrorisme, il continuera même si la paix est là, au besoin il inventera une cause de rechange, concluent les deux interlocuteurs. Et pourtant... ! Comme ce livre en témoigne un dialogue reste possible entre les deux rives au milieu du fracas des armes.

    Boris Cyrulnik est un psychiatre et psychanalyste français. Il a publié de très nombreux ouvrages, principalement chez Odile Jacob.
    Boualem Sansal est un écrivain algérien. Il a reçu en 2015 le Grand prix de l'Académie française pour son roman 2084 : la fin du monde (Gallimard).
    Cet entretien a été mené par le journaliste José Lenzini.

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