• « Orphelin, scorpion/buffle se complaisant dans l'entourage de vieillards et de fortes femmes seules mais pas esseulées, gaucher contrarié, myope et curieux comme une taupe, menteur et voleur ou plutôt hâbleur - en patois provençal on dit garofeur - plein de bouche et chapardeur, toujours pressé mais jamais stressé, rarement ému, sceptique sur les valeurs inculquées par rapport aux pratiques que je ne qualifiais pas encore de sociales, complètement isolé en dépit de la naissance de Moncadet et d'un nombre impressionnant de cousines, mais tous venus trop tard, après moi, c'est-à-dire après la guerre donc après Lui, il n'en fallut pas plus pour m'apprendre à dire NON systématiquement et me positionner toujours ailleurs : c'est donc l'hystérie salvatrice autant que protestante qui m'a poussé vers l'épistémologie ! Comprendre le monde plutôt que de ne pas le comprendre, même s'il est irrémédiablement corrompu et même si cette connaissance ne me donne pas le moyen de le changer. Je ne voulais pas mourir idiot, je décidai donc de vivre jusqu'à ce que j'eusse tout compris, y compris ce misérable tas de petits secrets... » Bruno Étienne nous confie ici une grenade entrouverte (essai d'anthropologie complémentariste), sorte de « vie mode d'emploi » qui, si elle est Perec-ement jubilatoire, constitue par ailleurs, un formidable travail d'anamnèse : celui qui nous fait parcourir le trajet d'un enfant provençal devenu professeur de science politique, spécialiste de l'Algérie et de l'Islam, mais aussi professionnel de karaté, et maître dans l'appétit de vivre !

  • L'islamisme radical est la forme politico-religieuse que revêt l'orthodoxie musulmane confrontée aux problèmes de la modernité. Cet ouvrage propose d'expliquer la logique de ce mouvement politique connu en Occident sous le terme impropre d'intégrisme. Il combine l'histoire longue de la théologie, l'histoire récente du nationalisme arabe et l'histoire immédiate des mouvements islamistes. Ensemble théorique et doctrinal, l'islamisme radical propose une alternative, messianique, révolutionnaire et universelle à l'hégémonie occidentale. En ce sens, il est négativement le rejet du matérialisme, de la sécularité et de l'immortalité induites par la domination occidentale (dans laquelle est inclus le marxisme). Mais il est positivement l'affirmation de la nécessité d'un retour aux préceptes islamiques de comportement et d'organisation qui contiendraient en eux-mêmes la solution de tous les problèmes contemporains.

  • L'Algérie indépendante a bientôt quinze ans, celle du redressement proclamé par le président Boumediene, plus de dix. Elle est à coup sûr indépendante. Est-elle redressée ? À la fin de la guerre, en 1962, une Algérie n'était plus ; mais l'autre n'était pas encore. La formidable détermination des combattants des djebels et des politiques de l'extérieur avait détruit un système centenaire. Il lui restait à bâtir une collectivité créatrice à partir d'une immense protestation nationale. Aujourd'hui, le pouvoir d'Alger tente d'imposer à son peuple une modernisation rapide, avec l'industrie lourde et la révolution agraire. Pour cela, les élites technocratiques et les couches qui gravitent autour d'elles, ont repris le vieux schéma républicain de l'ascension par l'école, tout en faisant appel à un certain unanimitarisme musulman, négateur des luttes de classes. Qui possède le pouvoir en Algérie ? Les arabisants attachés à l'authenticité ou les technocrates européocentristes ? Y a-t-il une chance de coopération durable et positive entre ceux qui ont le savoir traditionnel et ceux qui disposent du pouvoir de décision ? Ou bien verra-t-on s'accomplir l'élimination des couches traditionnelles par l'État centralisateur ? L'auteur, fort d'une connaissance profonde de l'Algérie et de ses dirigeants, acquise au cours d'un long séjour voué à l'enseignement des jeunes élites algériennes, et d'une sympathie non dénuée d'esprit critique pour ce pays et ce peuple, tente de répondre aux multiples questions que se posent tous ceux pour qui l'Algérie reste un État pilote.

  • Quel rapport entre l'existence d'une oeuvre d'art et celle d'un être vivant ? Entre l'existence de l'atome et celle d'une valeur comme la solidarité ? Ces questions sont les nôtres à chaque fois qu'une réalité est instaurée, prend consistance et vient à compter dans nos vies, qu'il s'agisse d'un morceau de musique, d'un amour ou de Dieu en personne. Comme James ou Deleuze, Souriau défend méthodiquement la thèse d'un pluralisme existentiel. Il y a, en effet, différentes manières d'exister, et même différents degrés ou intensités d'existence : des purs phénomènes aux choses objectivées, en passant par le virtuel et le « sur-existant » dont témoignent les oeuvres de l'esprit ou de l'art, tout comme le fait même de la morale. L'existence est polyphonique, et le monde s'en trouve considérablement enrichi et élargi. Outre ce qui existe au sens ordinaire du terme, il faut compter avec toutes sortes d'états virtuels ou fugaces, de domaines transitionnels, de réalités ébauchées, en devenir, qui sont autant d'« intermondes ».
    Servi par une érudition stupéfiante qui lui permet de traverser d'un pas allègre toute l'histoire de la philosophie, Souriau donne les éléments d'une grammaire de l'existence. Mais son enquête se veut aussi une introduction à « la pratique de l'art d'exister ». À quoi nous attachons-nous précisément lorsque nous aimons un être ? À quoi nous engageons-nous lorsque nous nous identifions à un personnage de roman, lorsque nous valorisons une institution ou adhérons à une théorie ? Et finalement, quel(s) mode(s) d'existence(s) sommes-nous capables d'envisager et d'expérimenter pour nous-mêmes ? Questions métaphysiques, questions vitales.
    Cette nouvelle édition est précédée d'une présentation d'Isabelle Stengers et Bruno Latour intitulée « Le sphinx de l'oeuvre ». Elle inclut également un article d'Étienne Souriau, « Du mode d'existence de l'oeuvre à faire » (1956).

  • 1935. Nora Stalle, pilote intrépide et expérimentée, est employée par Air Zénith sur ses liaisons postales aériennes. La compagnie veut frapper un grand coup publicitaire : un raid aérien vers l'Extrême-Orient, et choisi Nora pour être la pilote du Caudron Simoun spécialement équipé pour cette aventure. Un nouveau mécanicien lui est assigné comme compagnon dans le raid, Théo Norville. Un mécano doué qui se révèle vite avoir du tempérament, une grande gueule, libertaire, avec un penchant marqué pour la bouteille... Au retour de Berlin-Tempelhof lors d'un vol postal de routine, leur avion est pris en chasse par un redoutable Henschel de la toute récente Luftwaffe. Si Nora ne sait pas pourquoi on veut l'abattre, ni pourquoi le contre-espionnage allemand s'acharne sur elle, les exactions de ce Reich de plus en plus nazi dans une Europe en crise ne semble plus étonner. Mais c'est au coeur des steppes de l'Asie Centrale soviétique que Nora et Théo rencontreront leur destin, sur la route d'un Orient qui leur paraît de plus en plus éloigné.

  • Se fondant, entre autres, sur de nombreux travaux universitaires ou actes de colloques, le présent ouvrage dresse un état des lieux très approfondi des problèmes agraires au Magreb ; débutant par une indispensable définition du "paysan" maghrébin, il présente ensuite les tenants des terres agricoles, la révolution agraire, les investissements, les aménagements et les perspectives.

  • Il est faux de croire que le fascisme n'avait pas élu domicile au Québec alors qu'il était en pleine émergence en Europe peu avant la Deuxième Guerre mondiale. Ce numéro d'Histoire Québec explore diverses facettes de ce mouvement à l'aide de sources telles que des discours politiques, des photos ainsi que des caricatures et publicités tirées de journaux commandités par le Parti national social chrétien (PNSC) fondé par Adrien Arcand. Également dans ce numéro, un article soulignant les 100 ans du Cercle des Fermières du Québec par Louise Lagarde, présidente de l'organisme, un texte de Jean-Marie Fallu portant sur la chanson en Gaspésie et un portrait de l'enracinement du théâtre et de la musique dans la ville de Québec au dix-neuvième siècle.

  • La science politique semble éprouver une difficulté particulière à s'ériger en science comme les autres : les politiciens et les citoyens s'en passent volontiers. Les connaissances qu'elle apporte seraient-elles trop dérangeantes ? Béatrice Bonfils-Mabilon et Bruno Étienne, politologues, analysent les raisons qui expliquent le statut marginal de la science politique au sein des sciences sociales.

  • Dans les années soixante, l'Afrique avait accédé à l'indépendance. Celle-ci fut fêtée en grande pompe. Près d'un demi siècle après, l'Afrique se cherche encore. C'est sûr, l'Afrique est partie, mais mal partie. Le destin de l'Afrique a été mis entre les mains des Africains qui étaient disposés à laisser à l'Occident les mains libres en Afrique et à remettre le continent à l'Occident, après la soi-disant indépendance accordée. Il est temps que cela cesse, que les erreurs commises soient réparées.

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