• Dans la mythologie de l'Inde ancienne, le dieu Yama, fils du Soleil, est aussi le premier mort : il fait l'expérience de la mort pour reconnaître le chemin que les hommes, après leur trépas, emprunteront pour accéder à l'au-delà.Roi des ancêtres, préposé à la mort, juge des morts, yama fait connaître et impose aux hommes leur condition de mortels. Il est parmi les dieux celui qui veille sur les contraintes et les devoirs qui ordonnent la vie sociale et individuelle. A ce titre, son pouvoir (son «bâton») est le modèle du pouvoir royal ici-bas.Yama a une sur jumelle, Yami. Bien qu'il se soit dérobé, par peur de l'inceste, à l'amour qu'elle lui offrait, elle le pleure quand il meurt, puis transforme sa douleur en deuil et crée des formes nouvelles de remémoration et de tendresse entre frères et surs.Dans ce livre, Charles Malamoud analyse les relations que la sagesse et les folies de l'Inde ont su déceler entre la mort, la loi, la répétition et l'écriture. Il met en perspective les rites et les mythes de l'Inde védique et brahmanique qui disent comment vivent les mortels, comment les générations se succèdent.

  • Les quatorze textes de cet ouvrage traitent d'un thème jusque-là très peu étudié : la parole. Tout d'abord la parole qui désigne la faculté de parler en général ; puis la parole par excellence qui désigne la révélation védique, quintessence du savoir ; et enfin la parole anthropomorphe et divinisée, figure féminine et figure de la féminité.
    La première partie de l'ouvrage décrit les aventures de la Parole dans la mythologie, ses modes d'apparition et de décomposition, son statut « pluriel » par opposition au masculin singulier. La seconde partie étudie la Parole en tant que partenaire privilégiée du rite, ses modalités et ses fonctions dans le sacrifice, clé de voûte des spéculations védiques sur le monde. Ces deux parties distinctes sont séparées par un essai qui invite à prendre la mesure du fait religieux dans son universalité à travers l'oeuvre de Freud et le rapprochement entre les découvertes du savant et certains concepts indiens sur la psychologie et la société humaines.
    La polysémie de la parole se dévoile successivement au fil de l'ouvrage, dans les différentes partitions offertes par ces textes sanscrits anciens, se répondant sur le modèle d'une fugue.

  • " De tous les animaux susceptibles d'être des victimes sacrificielles, l'homme est le seul qui puisse faire des sacrifices ". Les essais réunis ici portent sur la culture et les formes de pensée que nous font connaître les textes sanscrits, notamment les plus anciens d'entre-eux : les Hymnes védiques et les Traités du sacrifice qui leur sont associés.
    Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1989.
    Les essais réunis dans ce volume portent sur la culture et les formes de pensée que nous font connaître les textes sanscrits, notamment les plus anciens d'entre-eux : les Hymnes védiques et les Traités du sacrifice qui leur sont associés. Le titre, Cuire le monde, traduit l'expression sanscrite lokapakti : l'homme " cuit " le monde et se " cuit " lui-même en exécutant les rites. On choisit en effet, pour aborder l'Inde, de suivre les chemins que tracent les prescriptions et spéculations indiennes sur le rituel. Poètes et doctrinaires védiques nous y invitent : c'est en réfléchissant à ce qui a lieu sur la scène sacrificielle qu'ils élaborent les catégories du continu et du discontinu de la répétition et de la différence, du " principal " et du " reste ", de l'immédiat et du différé, du plein et du vide, de l'implicite et du déployé. Catégories universelles, sans doute, mais qui, dans l'Inde, ont cette spécificité d'avoir été " pensées " à partir du rite par excellence, l'acte sacrificiel, conçu comme modèle de l'acte. C'est pour rendre compte du sacrifice que le Veda s'interroge sur les dieux, leur corps, leur langage, et c'est dans le groupement des hommes unis dans un même projet sacrificiel que l'on décèle le prototype du lien politique. Enfin le lexique et les notions propres au rituel sont présents dans cette définition que les auteurs védiques donnent de l'homme : " De tous les animaux susceptibles d'être des victimes sacrificielles, l'homme est le seul qui puisse faire des sacrifices ". Dans cette phrase est condensée une anthropologie : ce livre tente de l'expliciter.
    Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1989.

  • En 1966 paraissait le premier volume des Problèmes de linguistique générale d'Émile Benveniste, mettant sous le coup des projecteurs les longs, patients et si riches travaux d'un des plus grands savants du XXe siècle. En 1976 s'éteignait, dans la discrétion, après sept années d'aphasie et d'immobilité, un auteur et professeur dont la recherche inépuisable dans le domaine du langage avait été l'unique projection de sa vie. La publication, en 2012, des Dernières leçons. Collège de France 1968, 1969 est venue bousculer nos savoirs établis sur l'écriture. Le présent ouvrage offre une réflexion multipolaire sur un domaine dont l'emprise sur toutes les activités humaines n'est plus à décrire. Deux textes inédits d'Émile Benveniste ouvrent le livre qui réunit, sous la direction d'Irène Fenoglio, les contributions de Jean-Claude Coquet, Julia Kristeva, Charles Malamoud, Pascal Quignard. Chacun d'entre eux s'interroge, en lecteur et admirateur d'Émile Benveniste, sur l'histoire profonde, les fondements, les représentations et les pratiques de l'écriture. A partir de leur domaine de connaissance (sémiotique, linguistique, psychanalyse, anthropologie, littérature) ils évoquent ce que fut pour eux et pour des générations entières cet homme de grande retenue au savoir immense et lumineux. Pour accompagner leurs réflexions, de nombreux documents inédits et fac-similés sont ici reproduits.

  • « La civilisation moderne, européenne autant qu´anglaise, n´a de civilisation que le nom. C´est une civilisation qui décivilise, une réforme qui déforme. » Tel est le jugement que porte Gandhi sur la société du progrès technologique, une société qui a fait le choix du machinisme, de la passion de l´argent et du pouvoir, et qui méprise l´artisanat, la spiritualité et tout ce qui n´est pas « scientifique ». Une civilisation qui détruit toutes les autres civilisations, à commencer par l´indienne, millénaire, qui conçoit autrement la relation de l´homme à l´univers naturel et spirituel.
    En 1909, alors âgé de quarante ans, Gandhi formule la première critique de la modernité qui émane du monde non occidental. Elle fonde sa philosophie de la vérité, de l´humilité et de la non-violence. Elle met en garde la classe d´Indiens éduqués à l´anglaise qui imaginent sortir de la colonisation britannique et regagner l´indépendance de l´Inde par des voies politique ou violente empruntées au colonisateur. Est-ce ainsi que l´Inde peut se libérer ? C´est la question que pose son premier livre Hind Swaraj, matrice de sa pensée, auquel Gandhi ne cessera de revenir tout au long de sa vie.
    Sa réfutation de la modernité fut jugée subversive par les autorités britanniques, qui interdirent le manuscrit à Bombay en 1910, et incomprise de son temps par les nationalistes indiens. Toujours dérangeant, son livre reste un brûlot en ce début de XXIe siècle, dans le contexte de la mondialisation. Un siècle après sa parution, il est donné pour la première fois à lire en français.Traduction du goujarati, de l´anglais et du hindi (Inde) par Annie Montaut.
    Édition établie par Suresh Sharma et Tridip Suhrud.
    Préface de Charles Malamoud. Introduction par Suresh Sharma.

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