• Il pourrait être question d'unoe metteuroe en scène en train d'expliquer à unoe comédienone comment atteindre un public absent, comment entrer en relation avec des êtres qui s'ignorent.

    Il y a dix ans, Christian Lapointe signait un Petit guide de l'apparition à l'usage de ceux qu'on ne voit pas. Avec Les jours gris, il poursuit sa réflexion sur le théâtre, le jeu, le langage : ce « petit traité inoffensif sur l'émergence de la parole et la mise en contexte du silence » défie les notions de personnage et de situation. À quel point une pièce existe-t-elle en dehors de la fiction ? La friabilité des corps, l'absence de liens, la mort en devenir se voient ici déployées sous la forme d'une spirale vertigineuse.

    Ce pourrait aussi être une comptine, une singulière comptine rythmée par des schémas qui en illustrent le propos, « pour qu'à partir de vous ça puisse enfin finir par réussir à parler - dans l'étrangeté de cette infiniment belle petite grise journée ».

  • Cette entrevue est parue dans le No299 de la revue Liberté
    Jimmy, Peep-Show, La noirceur, le théâtre de Marie Brassard ne cesse de nous entraîner entre le rêve et le réel, le visible et l'invisible, le désir et la mort. Alors qu'elle s'apprête à plonger dans l'oeuvre de Nelly Arcand sur la scène de l'Espace Go, elle s'entretient avec cet autre explorateur des limites du monde et du théâtre qu'est le comédien et metteur en scène Christian Lapointe.

  • «Entrer dans l'univers de Christian Lapointe demande du courage. Dans son théâtre, les acteurs et les spectateurs sont invités à prendre part à une cérémonie dangereuse, à une expérience hors du commun qui se situe entre la prise d'otages et l'envoûtement. Les figures théâtrales semblent évoluer entre la vie et la mort, dans «cet entre-deux où les rêves sont peut-être réels et où la réalité se révèle parfois onirique», scandera l'homme incendié dans C. H. S.

    Avec cette première oeuvre, le ton est donné, et Lapointe met en place les fondements d'un langage théâtral fécond qui sera développé durant tout son «Cycle de la disparition». En effet, dans cette production fondatrice qui dépeint les tourments d'un suicidé de la société, on découvre les thèmes qui jalonneront ses autres propositions dramaturgiques. Les significations qui traversent le texte poétique, bien entendu, restent ouvertes et elles impliquent divers niveau d'interprétation qui oscillent entre le constat social, le questionnement philosophique et le manifeste artistique. Si, de toute façon, l'on meurt, Lapointe posera constamment la même question : comment vivre ensemble ici et maintenant?» (Sylvio Arriola, extrait de la postface)

    C. H. S. inaugure le « Cycle de la disparition » que Christian Lapointe a poursuit avec Anky ou La fuite / Opéra du désordre et Trans(e), puis clos avec Sepsis.

  • Le Québec est en voie de se doter de sa propre constitution. L'initiative de Christian Lapointe, orchestrée par l'Institut du Nouveau Monde, a reçu l'appui d'une dizaine de compagnies théâtrales disséminées sur le territoire québécois.

    Pendant un an, une assemblée de 41 citoyennes et citoyens au profil représentatif de la société a oeuvré à rédiger cet ensemble de règles du vivre-ensemble. Exercice non partisan, hors du dilemme fédéraliste/indépendantiste, la démarche repose sur le principe de la souveraineté populaire.

    Sur scène, Christian Lapointe témoigne de l'aventure qui a mené à l'écriture de la constitution, déposée à l'Assemblée nationale en mai 2019. Il convoque le public à se joindre à cette grande conversation collective et à explorer les liens entre art et politique. Le conseiller innu Alexandre Bacon clôt la pièce en soulevant les principaux enjeux du projet pour les peuples autochtones. Constituons! réunit la constitution ainsi que le texte de ce spectacle qui restitue au théâtre sa fonction d'agora.

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