• On ne peut comprendre la crise de la représentation politique sans l'inscrire dans celle qui affecte la notion même de " représentation " et la symbolique de l'image depuis plus d'un siècle. Représenter est un verbe tellement courant que nous oublions de lier trois de ses sens majeurs : les artistes nous représentent le monde, les médias le saisissent dans son actualité, les citoyens enfin se plaignent d'être mal représentés. Le pari de ce livre est d'éclairer chacune de ces trois dimensions par les deux autres, et d'enrichir ainsi une esthétique, une théorie des médias ou une science politique trop étroites.
    Cette triple crise s'illustre par l'expression des mains levées. Que veulent ces paumes tendues vers le haut, mais peut-être aveugles ? Voter bien sûr, exprimer la singularité d'une opinion ou d'une voix, et en même temps protester de son existence, ou de sa présence : je suis là, ne m'écrasez pas, comme disent les oubliés de la représentation nationale revêtus de leurs gilets fluo... Mais, au-delà du vote, ces mains voudraient surtout agripper : une autre main, secourable, ou pourquoi pas un smartphone, où la communication bien nommée digitale passe par les doigts. Très en deçà, ou au-delà d'une société dite du spectacle, ces mains voudraient faire, et participer ; et elles cherchent pour cela un contact, un réseau, une relation plus charnelle qu'un simple rapport fondé sur la vue.
    Dans la nuit des grottes ornées, des hommes déjà ont signé leur présence par ces mains négatives, empreintes, contacts ou indices que la photographie a multipliés depuis jusqu'au vertige ; elle aussi a mis la représentation en crise, au profit d'une sorte de présence, et d'une communication ou d'une manifestation plus directes.

  • On dit qu'aux premières représentations d'Hamlet, William Shakespeare se réservait le rôle du spectre. Et si ce choix, loin de se limiter à ce rôle, avait été celui d'une vie entière ? Être ou ne pas être exprime une alternative essentielle peut-être à l'identité d'un auteur décidément ailleurs : les maigres documents dont nous disposons sur la vie du Shakespeare officiel suggèrent, en creux, le portrait d'un homme qui ne cesse d'effacer ses traces, ou se dissimule tenacement. Attribuer au médiocre bourgeois de Stratford-upon-Avon la paternité de ce théâtre revient à façonner un monstre. À la suite de l'hypothèse récente formulée par Lamberto Tassinari, Daniel Bougnoux part à la recherche d'un auteur autre : John Florio (1553-1625), né à Londres mais italien d'origine, et juif, lexicographe, traducteur et humaniste érudit, constitue un prétendant autrement plus crédible. Le véritable Shakespeare ne sort pas diminué de cette enquête, mais doté d'une éducation, d'une surface sociale et d'un visage enfin dignes de son oeuvre.Daniel Bougnoux, philosophe, a publié une vingtaine d'ouvrages dans les domaines de la théorie littéraire et des sciences de la commmunication. Il a accompagné Régis Debray dans le développement de la médiologie. Spécialiste d'Aragon, il a dirigé l'édition de ses OEuvres Romanesques Complètes dans la bibliothèque de la Pléiade.

  • Enfermés, nous avons tous tendance à tourner en rond. Mais à peine cette phrase posée, un rappel étymologique me saute au visage : le mot même de recherche dérive de l'italien ricercare, qui veut précisément dire « tourner en rond ».

    La première évidence est que, enfermés, nous avons tous tendance à tourner en rond. Mais à peine cette phrase posée, un rappel étymologique me saute au visage : le mot même de recherche dérive de l'italien ricercare, qui veut précisément dire « tourner en rond ». Le langage de la composition musicale s'en souvient, où le ricercare, ou ricercar, désigne une pièce du genre fugue, fondée sur le retour du thème, ou du refrain. Par exemple L'Offrande musicale de Jean-Sébastien Bach, qui fit même de ce mot un acrostiche en rédigeant sa dédicace.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Ce livre a pour ambition de présenter les différentes théories de la communication et de l'information en les articulant entre elles, et d'ajuster ainsi l'offre pédagogique à la demande d'un large public, en particulier des étudiants.Il y parvient avec brio via l'évocation d'une quinzaine de bandes dessinées. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 1998.)
    Ce livre a pour ambition de présenter les différentes théories de la communication et de l'information en les articulant entre elles, et d'ajuster ainsi l'offre pédagogique à la demande d'un large public, en particulier des étudiants. L'auteur a choisi une forme d'exposition originale : l'évocation d'une quinzaine de bandes dessinées (du Nid des Marsupilami à Little Nemo, en passant par Le Secret de la Licorne ou Lucky Luke) lui sert d'ouverture à l'exposé des principaux problèmes et théories. Cette formule lui permet d'expliciter aussi bien les concepts essentiels de ce champ de connaissance (symbolique, pragmatique, énoncé/ énonciation, récursion, autoréférence, médiation, clôture informationnelle, etc.) que les théories qui les utilisent (logique, cybernétique, pragmatique, médiologie, sémiotique, psychanalyse, intelligence artificielle, etc.) ou les objets auxquels celles-ci s'appliquent (icônes, parole et écriture, publicité...). L'ensemble est complété par un index, un glossaire et une série de bibliographies thématiques qui seront particulièrement utiles au lecteur. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 1998)

  • L'époque, dit-on, est à la communication. Verra-t-on revenir celles des sciences et des arts ? Muni des concepts (dont on n'a pas encore toute la mesure) proposés par Peirce, l'école de Palo Alto, Edgar Morin ou Douglas Hofstadter, l'auteur explore ici la réflexivité dans le langage, depuis la poésie jusqu'aux speech acts. Les paradoxes et les percées théoriques condensés dans une page de Mallarmé, de Montaigne ou de Proust se retrouvent en effet, à l'autre bout de la chaîne parlée, dans l'ironie, le métalangage ou les enchevêtrements de l'énoncé et de l'énonciation. Mais pourquoi toujours penser nos communications selon le modèle linéaire de la chaîne ? Un émetteur et un récepteur, en se bouclant l'un sur l'autre, formant un " complexe " qui invite à poser la relation avant les termes de celle-ci. En suivant ce paradigme communicationnel, Daniel Bougnoux montre en-deçà et au-delà des logiques linéaires et dialectiques l'insistance d'une logique circulaire : sans son mouvement perpétuel d'ouverture et de fermeture, nous ne saurions communiquer. Mais les boucles étranges ne cessent de déborder nos langages. Dans les roues de la vie comme dans la dynamique de l'imaginaire, ou la gravitation des ensembles sociaux, s'observerait la même communication circulaire, dont la raison nous fait tant défaut.

  • « Tu étais le mieux habillé d'entre nous, il était facile de te remarquer avec ton blazer cravate sur lequel tu croisais les bras, le regard fixé haut sur les arbres. Indifférent à notre troupe tu semblais déjà parfaitement « droit dans tes bottes ». Très vite, tu t'es affirmé comme le premier de la classe. [...] À ton air surpris, légèrement agacé, il était évident que tu comprenais mal qu'on ne comprenne pas. C'est ce visage de toi que j'ai retrouvé lors des événements de novembre-décembre 1995. » Daniel Bougnoux a côtoyé deux années Alain Juppé dans la khâgne de Louis-le-Grand. L'un est devenu Premier ministre, l'autre professeur d'université et spécialiste des sciences de la communication. C'est en s'autorisant de cette discipline - providentielle en l'occurrence -, que l'auteur s'adresse à son ancien condisciple. En matière de communication politique, s'interroge-t-il, comment imaginer une méthode plus calamiteuse que celle qui contribua à exacerber le mouvement social de l'hiver 1995 ? Le Premier ministre confondrait-il l'exercice démocratique du pouvoir avec l'usage solitaire de la raison ? « Je n'imaginais pas, ajoute l'auteur à l'intention d'Alain Juppé, que je pourrais un jour t'adresser un conseil. » Ce conseil-là, on le verra, ne manque ni de pertinence ni d'impertinence. Bien entendu, ce n'est pas au seul Alain Juppé qu'il est destiné...

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