Fayard

  • Entre le peuple chaud de l'histoire militante et le peuple froid d'une histoire trop pensée, j'ai tenté de retrouver l'identité spécifique d'une classe qui se constitue.

    Michelet nous y invite. " Oh, qui saura parler au peuple ?... sans cela nous mourrons " disait-il au chansonnier Béranger, signifiant ainsi l'existence d'un état populaire originel qui pour lui était la terre promise. Le peuple de Michelet n'est pas seulement l'objet d'une démonstration historique. C'est aussi un personnage familier, observé le dimanche aux barrières de Paris, entendu dans le témoignage d'une grand-mère perspicace et qui se souvient des années noires comme des bons moments, interrogé dans l'atelier, sur le chantier, au cabaret : Michelet, historien de l'immédiat, montre comment il faut confronter les écrits des observateurs.

    Pour l'historien du dernier quart du XXe siècle, toute la difficulté est là.
    L'unanimité sensible qui fonde la cohérence du Peuple romantique peut-elle être projetée sur le monde laborieux qui s'entasse dans le Paris des Lumières? Oui, dans une certaine mesure, si l'on confronte l'observation du dedans et celle du dehors, si l'on admet que les changements dans les classes iférieures sont bien plus lents qu'en haut, si l'on concède aux petites gens le droit à l'étrangeté que leur refusent en tous temps les hommes d'ordre. Pour arriver à ce but, il faut utiliser à la fois les témoins et les archives dormantes, principalement celles que les notaires ont laissées. Il faut aussi interroger les " littérateurs ", les " économistes moraux ", les médecins. Tous ces témoignages et réflexions permettent de replacer le peuple parisien au coeur d'une méditation générale sur la croissance dont les figures principales sont la Ville et l'Individu urbanisé.
    Daniel Roche

  • Les choses aujourd'hui banales ne l'ont pas toujours été. De l'alimentation à l'habitat, la vie de nos ancêtres était conditionnée par les excès ou les insuffisances de la nature, et les objets qu'ils utilisaient chaque jour passaient d'une génération à l'autre, sans que nul ne songe à en acquérir de nouveaux. C'est à une vaste réflexion sur le passage de cette société traditionnelle à la société moderne que nous invite ici Daniel Roche.

    Les changements sont perceptibles bien avant la Révolution. Dès le XVIIe siècle, l'exemple des villes et des riches, le développement des échanges commerciaux, la multiplication des innovations et des inventions commencent à bouleverser le rapport que les hommes entretiennent avec les objets. Les exigences et les sensibilités de chacun évoluent. Peu à peu, car " tous nos besoins se tiennent ", les modes de vie vont se transformer: les maisons et leur ameublement, leur chauffage et leur éclairage; les vêtements et la nourriture, sous l'effet de l'accélération des modes et de la montée du goût;
    Ou encore les usages de l'eau, liés à un souci d'hygiène croissant.

    Autant de changements dans la vie matérielle qui sont les prémisses de la société de consommation, et dont les répercussions sont aussi bien sociales que politiques. L'homme entouré d'objets n'est-il pas prisonnier, se demande Rousseau? A peine apparaissent les premiers signes de l'accroissement de la production que déjà s'engage un débat sur la valeur morale des choses, sur l'écart qui se creuse entre le développement du commerce et de l'industrie, gage de la civilisation, et le recul des solidarités entre les hommes.

    Daniel Rocheest professeur à l'université de Paris-I et directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales. Auteur de plusieurs ouvrages sur les Lumières, en particulier Les Républicains des Lettres (Fayard, 1988), La Culture des apparences(Fayard, 1989) et La France des Lumières(Fayard, 1993), il a reçu le Grand Prix national d'histoire pour l'ensemble de son oeuvre.

  • La France des Lumières

    Daniel Roche

    • Fayard
    • 1 Septembre 1993

    A la fin du XVIIe siècle, "la majorité des Français pensaient comme Bossuet".
    Au XVIIIe siècle, " les Français pensent comme Voltaire ", dit-on.

    Le XVIIIe siècle se situe bien entre deux mondes. D'un côté, il vit encore au rythme des contraintes et des traditions, et repose sur l'antique association du religieux et de l'Etat. A la tête de cet édifice, le roi-prêtre, agent principal du politique, dont les hommes sont à la fois les moyens et la fin.
    Mais en même temps un autre système de références se dessine: l'heure des montres et des horloges, qui succède au temps sacré des églises, tout comme la maîtrise de l'espace transforment la vie ordinaire des Français. Une autre société se met en place, celle de l'échange et du développement du commerce, celle des grands ports et celle des grandes cités de l'entreprise. Au sein même de la France profonde apparaît une France plus ouverte, plus mobile. Elle revendique un ordre humain autonome où l'individu devient la mesure de toutes choses. Les problèmes de fiscalité, de justice, de sécurité montent sur le devant de la scène, et cette contestation sociale et politique contribue à former l'opinion publique: la personne du roi, la Cour sont désormais soumis à la critique.

    Comment les contemporains ont-ils compris ce basculement du monde? Comment en ont-ils été les acteurs? Comment, tandis que la société se désacralisait, leurs croyances, leurs valeurs et leurs habitudes se sont-elles modifiées? Cette histoire de La France des Lumières nous plonge dans les racines de la modernité. Elle nous invite à une passionnante relecture d'un siècle qui fit l'apologie du négoce, exalta la nature, la science et le progrès, d'un temps aussi qui crut au bonheur pour tous.

    Daniel Roche est professeur à l'université de Paris-I et directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur les Lumières, en particulier Les Républicains des Lettres (Fayard, 1988), et La Culture des apparences (Fayard, 1989), et a reçu le grand prix national d'histoire pour l'ensemble de son oeuvre.

  • La société d´Ancien Régime n´est pas cette société figée et immobile, bornée à l´horizon du village, que nous aimons à nous représenter. Au contraire, poussés par la nécessité ou par la curiosité, les voyageurs ne cessent d´être plus nombreux de l´âge classique au siècle des Lumières et le voyage de gagner des lettres de noblesse. Le débat sur l´utilité des voyages et l´essor des récits révèlent une vraie nécessité : un appel à penser autrement, par la lecture du grand livre du monde. L´ouverture et le décloisonnement mettent au jour, au-delà de la crainte ancestrale de tout ce qui vient d´ailleurs, une mobilité sans frontière, celle de la solidarité et non de l´errance, celle de l´échange valorisé, des transferts culturels profitables à tous. S´inventent alors des questions, des valeurs et des craintes, des conflits, qui sont encore les nôtres aujourd´hui. Paru en première édition chez Fayard en 2003 sous le titre Humeurs vagabondes.

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