République des Lettres

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Sade. Sous-titré "Les instituteurs immoraux", publié anonymement en 1795 et censuré jusqu'au XXe siècle, "La Philosophie dans le boudoir" est sans doute l'exaltation la plus aiguë de l'érotisme offerte par les lettres françaises. L'ouvrage nous propose comme principale fiction l'éducation sexuelle, par trois débauchés, d'une ingénue de 15 ans à peine sortie du couvent. Il est traité sous forme de sept dialogues, dont les répliques constituent souvent de longues dissertations érotico-didactiques. Mais la théorie est souvent interrompue par la réalisation pratique des débauches enseignées. La préface, adressée "Aux libertins", est très explicite: "Voluptueux de tous les âges et de tous les sexes, c'est à vous seuls que j'offre cet ouvrage; nourrissez-vous de ses principes, ils favorisent vos passions, et ces passions, dont de froids et plats moralistes vous effraient, ne sont que les moyens que la nature emploie pour faire parvenir l'homme aux vues qu'elles a sur lui; n'écoutez que ces passions délicieuses, leur organe est le seul qui doive vous conduire au bonheur. Femmes lubriques, que la voluptueuse Saint-Ange soit votre modèle; méprisez, à son exemple, tout ce qui contrarie les lois divines du plaisir qui l'enchaînèrent toute sa vie. Jeunes filles trop longtemps contenues dans les liens absurdes et dangereux d'une vertu fantastique et d'une religion dégoûtante, imitez l'ardente Eugénie, détruisez, foulez aux pieds, avec autant de rapidité qu'elle, tous les préceptes ridicules inculqués par d'imbéciles parents. Et vous, aimables débauchés, vous qui, depuis votre jeunesse, n'avez plus d'autres freins que vos désirs, et d'autres lois que vos caprices, que le cynique Dolmancé vous serve d'exemple; allez aussi loin que lui, si, comme lui, vous voulez parcourir toutes les routes de fleurs que la lubricité vous prépare; convainquez-vous à son école que ce n'est qu'en étendant la sphère de ses goûts et de ses fantaisies, que ce n'est qu'en sacrifiant tout à la volupté, que le malheureux individu connu sous le nom d'homme, et jeté malgré lui sur ce triste univers, peut réussir à semer quelques roses sur les épines de la vie." Un pamphlet intitulé "Français, encore un effort si vous voulez être républicains", est inséré au milieu de "La Philosophie dans le boudoir". Les idées exprimées dans les dialogues y sont reprises succintement et soutenues par des considérations philosophiques révolutionnaires qui développent une critique impitoyable de toutes les contraintes sociales visant à réduire l'incoercible désir humain.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Sade. En 1799, an VIII de la République, Donatien Alphonse François, marquis de Sade, publie "Les Crimes de l'amour". Le livre compte onze nouvelles "héroïques et tragiques" composées entre 1787 et 1788, pendant son séjour à la Bastille. La polémique sur la paternité de "Justine ou les Malheurs de la vertu" fait alors rage et le divin marquis tente de se démarquer de sa production clandestine en se présentant sous son véritable nom comme homme de lettres et homme des Lumières. Sur la défensive, il fait précéder ses "Crimes de l'amour" d'un court essai intitulé "Idée sur les romans", rédigé précédemment comme Avertissement pour un projet de recueil de ses "Contes et Nouvelles". Non sans une certaine duplicité, l'auteur des "Cent Vingt Journées de Sodome" s'y défend d'être l'auteur des ouvrages libertins qu'on lui attribue et parle littérature, dressant un tableau très personnel de l'histoire du roman depuis l'Antiquité jusqu'à ses contemporains. Entre divers commentaires sur Voltaire, Rousseau, Crébillon, Madame de La Fayette, Richardson, Marivaux, Scarron, l'Abbé Prévost ou encore Restif de la Bretonne, le petit traité, émaillé de conseils aux jeunes écrivains et de réflexions théoriques sur le processus de création littéraire, répond à plusieurs questions sur l'origine et le sens du roman et explique pourquoi celui-ci doit peindre le vice afin d'apprendre la vertu aux lecteurs.


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