• Pour commencer, un vis-à-vis ouvre l'espace d'une confrontation, d'un face à face, d'une mise en regard. C'est aussi cet objet singulier - voiture à deux sièges se faisant face - qui génère les écarts et impose des rapprochements. C'est enfin cet instrument du voyage et de l'écriture que Sterne fait apparaître, à l'orée du Voyage Sentimental, comme en exergue. Opération de l'écriture, le vis-à-vis appelle une activité de lecture singulière. D'une certaine façon, le lecteur, en ce que sa singularité est exclue par cette machine d'écriture, doit l'affronter. D'une autre, il s'y reconnaît comme partenaire implicite, voire explicite, comme complice. Au détour des conventions et des innovations de ce récit de voyage, au gré des ruptures, des absences et des récurrences, au fil des aveux et des désaveux du personnage d'auteur, se tisse l'interrogation de l'objet littéraire, du projet d'écriture. On pose, ici, le vis-à-vis comme étant, simultanément, l'opération fondatrice de l'écriture de Sterne et l'objet représentatif qui l'autorise et la rythme.

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