Fayard

  • " Mon effort a tendu à dégager, à travers la gangue des modes qui suscitent tellement d'emballements pour des hommes ou des idéologies dont on se détourne aussi vite qu'on y a adhéré, quelques principes avec lesquels on ne transige pas.

    Pour y parvenir, j'ai tenté d'y voir plus clair. La comédie qui, trop souvent, se joue sur le théâtre de la vie publique, doit céder la place à l'authenticité. Le courage de dire ce qu'on croit vrai ne nourrit pas un plaisir amer et destructeur, mais suscite des convictions fortes: ce ne sont pas de simples modes, elles ne passeront pas comme elles.

    Depuis des millénaires, on parle de liberté et de justice. On en parlera toujours, malgré les déceptions et les reculs. Demeurons stables dans nos croyances, ne tentons pas d'être à la mode. Ne perdons pas l'espoir: nos concitoyens se lassent du clinquant, du versatile, du superficiel;
    Convainquons-les que, malgré les changements du monde auxquels ils doivent s'adapter, il est des valeurs permanentes auxquelles s'attacher.

    Dans notre pays comme déboussolé, nous vivons une période où les engouements de l'opinion changent tellement vite que chacun s'interroge, cherchant ses repères perdus. Le trouble étreint les esprits, et le doute: qui, croire, croire en quoi? Si la politique a un sens et une dignité, il lui revient de répondre à ces questions.

    Réponses provisoires, car nul ne peut prévoir ce que seront les aspirations de nos concitoyens et les besoins de notre pays dans dix ans? Réponses indispensables, cependant. La politique n'est pas du domaine de l'éternel, elle ne peut pas prétendre y viser. Mais la modestie ne doit pas lui interdire l'ambition d'anticiper l'avenir, ni le courage de le bâtir. Faute de quoi, notre action n'aurait aucun sens, elle serait sans valeur. " Edouard Balladur

  • A quatre-vingts ans passés, l´ancien conseiller de Georges Pompidou, ministre de l´Economie et des Finances de la première cohabitation en 1986-88, Premier ministre de Jacques Chirac en 1993-95, écrit dans ce testament politique : « Ma vie prendra fin au début du XXIe siècle ; de celui-ci je ne connaîtrai pas grand-chose : années des illusions perdues, sans rien qui les remplace ... ». Ce manifeste pour la liberté qui réfute les excès de l´ultra-libéralisme s´inscrit dans la lignée de Tocqueville pour ce qui est des libertés individuelles, mais recèle aussi une défense éblouissante du libéralisme économique, des règles et des mesures d´équité dont il doit être assorti, ainsi que deux discours novateurs, émanant d´un esprit souvent présenté à tort comme conservateur : sur les libertés nouvelles appelées par l´évolution des moeurs, sur une mondialisation jugée à la fois inéluctable, malaisée et, dans l´immédiat, pour une Europe mal en point, aussi peu « heureuse » que possible. Un essai qui fera date dans l´histoire de la pensée libérale en France où les réflexions de ce niveau ne brillent pas par leur profusion.

  • Sous la Ve République, l´usage veut qu´avant le Conseil des ministres hebdomadaire du mercredi matin, le chef de l´État et son Premier ministre s´entretiennent quelques instants pour un tour d´horizon.
    Du printemps 1993 au 10 mai 1995, la droite ayant obtenu une majorité écrasante aux dernières élections législatives, s´ouvre une période de deux ans de cohabitation entre François Mitterrand, au terme de son second mandat, livrant une lutte farouche contre la maladie, veillant sur ses prérogatives et s´attachant non sans perversité à diviser le camp majoritaire, et Édouard Balladur, nommé à Matignon où il connaît une popularité telle qu´elle l´incite à se présenter aux présidentielles, ambition que le rouleau compresseur chiraquien annihilera dans la dernière ligne droite.
    Plus le Conseil des ministres devint formel - la gestion du pays s´étant presque tout entière transportée à Matignon - plus Mitterrand s´attache à prolonger les entretiens préliminaires en tête à tête avec son Premier ministre. Pour tuer le temps, après avoir évoqué quelques nominations et décorations, il parle de sa maladie, de son passé, mais aussi, avec gourmandise, des ferments de division dans le camp de la droite, sans épargner non plus les coups de griffes à ceux de son camp, tout en s´évertuant à enrober son interlocuteur méfiant dans le miel de ses compliments ou une compassion affectée pour ses difficultés.
    Au fil de ces dialogues consignés à chaud par Édouard Balladur, défilent la petite et la grande actualité : Bosnie, Rwanda, négociations du GATT, affaire de " Human Bomb " à Neuilly, frégates de Taïwan, reprise des essais nucléaires, écoutes de l´Élysée, loi Pasqua sur le droit d´asile, affaire Pelat, suicide de Beregovoy, affaire Carignon, affaire Longuet, affaire Roussin, affaire Schuller-Maréchal, parution du livre de Péan (Une Jeunesse française), affaire du détournement de l´Airbus sur Alger, l´ " Edouard m´a tuer " de Rousselet, affaire du sang contaminé, etc. À ce titre, ce grand témoignage méritera de figurer parmi les références obligées de tout historien de la Ve République.
    L´ampleur de ses informations inédites et son style en font un événement rarissime parmi les mémoires des hauts dirigeants politiques. On peut lui pronostiquer un succès au moins égal aux Verbatim de Jacques Attali.

  • " Il est grand temps pour l´Europe et l´Amérique de prendre conscience de tout ce qui les unit dans leurs traditions, leurs cultures, leurs idéaux, de ce qui les rapproche sur le plan économique comme sur le plan moral, politique ou stratégique. Ils sont les plus menacés par le désordre du monde et l´émergence de puissances nouvelles qui n´adhèrent pas aux mêmes principes qu´eux, dont les conceptions de la vie, de l´homme, de la société sont différentes. Une union véritable entre l´Europe et les États- Unis doit être imaginée. Il ne s´agit pas de se liguer contre le reste du monde mais d´assumer la survie de la civilisation qu´ils ont apportée au monde et qu´ils ont la responsabilité de transmettre aux générations futures. " E. B.

  • " La réforme est la volonté de faire évoluer la société, il y faut un peu d'art. On ne change pas contre le sentiment commun. On doit commencer par convaincre.

    Pourquoi changer, que changer ?

    Aujourd'hui, chacun le perçoit, un monde est en train de disparaître, un autre le remplace, de profondes réformes se révèlent nécessaires dans notre pays. Le moment est venu de revoir ses structures, sans aucun tabou, sans idée préconçue, avec courage. Aucun domaine n'échappe à cette remise en cause, ni l'institutionnel, ni le politique, ni l'économique, ni le social, ni le militaire, ni le régional, ni l'européen, ni l'international.

    Pour autant, faut-il tout changer ? Certes pas, mais tantôt innover, tantôt maintenir ce qui existe, tantôt reconstruire ce qui a été détruit. La réforme n'est pas la boulimie du mouvement, le bouleversement continuel, le vertige permanent infligés à une société. Aucune n'y a jamais résisté.

    Que tout ne soit pas possible à la fois ne doit pas nous inciter à ne rien faire. Sombrer dans l'inertie tranquille, par peur de prendre trop de risques, annoncerait la fin. L'intérêt de notre pays pousse à l'action, il faut choisir : la réforme ou le déclin. Le reste est sans importance. " E.B.

  • A ceux qui, lorsque tout change autour d'eux, souhaitent qu'on ne les trouble pas dans leur torpeur.

    A ceux qui, parce qu'il y a des idéologies en faillite, croient qu'il n'y a plus d'idées qui vaillent.

    A ceux qui ne savent plus s'ils veulent devenir Européens, rester Français, être à la fois Français et Européens, ou n'être plus rien du tout.

    A ceux qui admirent, sans réserve aucune, les institutions de la Ve République.

    A ceux qui croient que, parce que la nation est souveraine, le parti au pouvoir doit être souverain.

    A ceux qui croient que, face à l'Etat, ils peuvent demeurer libres en restant seuls.

    A ceux qui ne voient pas comment l'on pourrait à la fois respecter la dignité de tous les hommes et sauvegarder la personnalité de la France.

    A ceux qui ne sont pas convaincus des vertus de la tolérance.

    A ceux qui croient que la société française est déjà bien assez libre et qu'il faut refermer la " parenthèse libérale ".

    A ceux qui croient que c'est à la collectivité seule d'assurer la justice, et que, pour y parvenir, elle doit sans trêve alourdir le poids qui pèse sur les individus et aggraver leur dépendance.

    A ceux qui ne rêvent pas assez, qui croient qu'il est impossible de créer une autre société où la dignité de chacun soit mieux reconnue.

    A ceux qui craignent que la France n'ait plus rien à dire au monde.

  • Mystère de Jeanne d'Arc : jeune fille pauvre, sans instruction, qui, lorsque les Français désespèrent de leur pays pendant la guerre de Cent Ans, s'impose à tous et les conduit à la victoire. Le patriotisme est né.

    Mythe de Jeanne d'Arc : les Français ont toujours éprouvé le sentiment d'être un peuple élu, investi d'une mission exceptionnelle. Jeanne d'Arc a créé un mythe, celui du sauveur entre les mains duquel la nation dans l'épreuve, convaincue que le Ciel ne peut y être indifférent, remet son destin. A travers les révolutions, les révoltes, les guerres, les invasions, voilà qui explique Bonaparte, Louis-Napoléon, Thiers, Clemenceau, Pétain, de Gaulle.

    Aujourd'hui, le mythe s'estompe. Est-ce parce que le peuple français voudrait enfin se prendre en charge lui-même sans se tourner vers un sauveur ? Ou bien parce qu'il estimerait qu'il n'y a plus rien à sauver, que la singularité française est épuisée ?

    Questions auxquelles Edouard Balladur tente de répondre dans cette méditation sur l'Histoire, où il s'efforce de déchiffrer l'avenir. Convaincu que les combats futurs sont désormais de l'ordre spirituel, il en conclut que, même si dans l'ordre matériel et militaire son poids n'est plus le même, la France a toujours un grand rôle à jouer, un exemple à donner.

  • Où qu'ils vivent dans le monde, tous les hommes seraient les mêmes, devraient être soumis aux mêmes statuts, obéir aux mêmes règles. Au sein des nations, il leur faudrait ne pas se rassembler en fonction de leurs croyances et de leurs traditions, mais se fondre dans une communauté unique ; puisque, malgré leurs convictions et leurs histoires différentes, ils seraient identiques, l'idée même d'un choc des civilisations serait dangereuse, voire scandaleuse.

    La réalité est tout autre. L'uniformité obligatoire, c'est le mépris de la personnalité, le rejet de l'originalité des peuples et des civilisations.
    L'universalisme, c'est la générosité, le sentiment de la fraternité qui unit tous les hommes, au-delà de leurs différences ; il ne contredit en rien, tout au contraire, le respect de la diversité.

    Pour demeurer un acteur de l'Histoire, la France doit se fixer pour tâche d'y aider. Jadis, elle a inventé pour l'humanité entière un idéal, le plus noble qui ait jamais été avec l'idéal chrétien, l'universalisme. Elle doit, pour le préserver, éviter qu'il ne soit confondu avec l'uniformité. C'est un défi autrement plus difficile à assumer que celui de se proposer aux autres en modèle.

  • Machiavel a-t-il raison, a-t-il tort ? Le premier il a décrit, non sans complaisance, la mécanique du pouvoir des temps passés : la lutte pour sa conquête, l'affrontement des ambitions égoïstes. Mais de la finalité du pouvoir il ne parle guère, comme si sa possession était un but en soi.

    La démocratie a-t-elle changé tout cela ? Démocratie ou dictature, la fin demeure la même : l'appropriation du pouvoir par tous les moyens, aussi longtemps que possible. Mais quand règne la démocratie, le Politique ne peut plus s'inspirer des Lénine, Staline, Hitler, Mao, il ne cherche plus à faire peur, mais à plaire, à communiquer, à entraîner à soi le peuple en utilisant toutes les armes de la séduction, tels Blair, Clinton ou Mitterrand. Si l'esprit de domination l'inspire toujours, les moyens employés ne sont plus les mêmes.
    Reste qu'observer la réalité ne dispense pas de souhaiter qu'elle soit autre.
    Se référer à des convictions morales fait sourire les cyniques, mais en démocratie le pouvoir ne peut pas être une fin en soi. Le conquérir, pour y puiser les satisfactions et les exaltations de l'instant, ou bien pour compter dans l'Histoire longtemps après sa mort : les deux ne vont pas nécessairement de pair. Cependant cela arrive, comme l'ont montré Roosevelt, de Gaulle, Kohl et d'autres.

    Edouard Balladur décrit le mode d'emploi de la politique au XXe siècle avec une lucidité teintée d'amusement.

  • L'europe autrement

    Edouard Balladur

    • Fayard
    • 5 Avril 2006

    L'Europe peut-elle survivre à un élargissement sans fin ? Ne faut-il pas renforcer le fédéralisme dans l'Union ? L'Union peut-elle encore fonctionner sur la base de l'égalité entre les États, quelle que soit leur population ou leur puissance économique ? La Commission européenne ne doit-elle pas être désormais soumise aux représentants des États ? Quelles relations devons-nous construire avec les pays voisins de l'Europe ?

    C'est à ces questions que cet essai répond en proposant de construire l'Europe autrement grâce à une nouvelle méthode : l'Europe des cercles.

    L'Europe autrement c'est d'abord l'Union européenne regroupant aujourd'hui vingt-cinq membres engagés ensemble dans une action économique et politique qui doit être plus efficace grâce à une réforme profonde de ses institutions.

    C'est ensuite des cercles de " coopération spécialisée " entre les États de l'Union qui veulent progresser plus rapidement dans certains domaines.

    C'est enfin une Union qui conclut avec ses voisins des contrats permettant une coopération étroite - économique et politique - reposant sur le respect de la démocratie.

    L'Europe autrement : une méthode nouvelle fondée sur la diversité et une meilleure prise en compte des réalités, qui tourne enfin le dos aux idées convenues.

  • De Gaulle est l'un des grands hommes de l'histoire de la France. Il domine encore son inconscient collectif, servant de référence à la droite et à la gauche. Une nostalgie imprègne l'âme de tous ceux qui se souviennent du prestige qu'il donnait à son action ; chacun se sentait plus fier de son pays, plus fier de lui-même.

    Dans ce livre d'humeur, Edouard Balladur réclame qu'on cesse d'exploiter à tout propos son souvenir et que chacun s'exerce à la lucidité : être gaulliste, ce n'est pas recourir à la phraséologie incantatoire, ni mêler de Gaulle aux débats d'aujourd'hui.

    De Gaulle était un non-conformiste, il appelait la France à changer, à " épouser son temps ". Épousons le nôtre ; sachons, près de quarante ans après sa mort, inventer l'action nouvelle nécessaire pour que la France survive. Le gaullisme n'est pas une sclérose mais le constant renouvellement des idées au service de quelques principes. Être fidèle à de Gaulle ce n'est pas penser et agir comme si le monde était encore celui qu'il a connu, mais au contraire chasser les idées toutes faites et inventer les ambitions adaptées au monde d'aujourd'hui.

  • Par deux fois, Edouard Balladur s´est trouvé assister et parfois suppléer un chef de l´État en fin de vie : François Mitterrand en 1994 - son témoignage, Le pouvoir ne se partage pas, a été couronné par le prix Aujourd´hui- et, en 1973-1974, Georges Pompidou lorsque, secrétaire général de l´Élysée, il avait déjà fait figure de « président par intérim ».Edouard Balladur a rassemblé et complété par des documents d´archives les notes qu´il a prises durant les trois mois terribles qui, au début de 1974, précèdent le décès de Pompidou, le 4 avril. L´intérêt historique de ces pages est considérable : en politique intérieure, sur la rivalité Chaban/Giscard, le rôle de Pierre Juillet, l´insuffisance martiale de Messmer, le choc pétrolier consécutif à la guerre de Kippour, la décision de faire « flotter » le franc ; à l´extérieur, les difficiles relations avec Willy Brandt, et surtout la partie de bras de fer avec Nixon et Kissinger dans les relations avec l´OPEP.L´intérêt humain n´est pas moins fort : l´ironique grandeur de Pompidou face à la souffrance physique, le calvaire de ses déplacements (comme en Crimée pour rencontrer Brejnev), la comédie jouée pour contrer la rumeur et les paparazzi, ces séquences sont d´autant plus saisissantes qu´évoquées sans pathos. Et c´est sans compter avec les portraits acérés de Jobert, Giscard, Chirac, Chaban, Juillet, Debré, Guichard, où le trait est d´autant plus efficace qu´il est retenu.Enfin, pour la première fois, est explicitée la nature du mal auquel a succombé Georges Pompidou et le fait qu´il était parfaitement au courant de son état. Un document exceptionnel.

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