• Guides touristiques, reportages de mode, publicités pour parfums ou grands magasins exaltent le charme ineffable des femmes de Paris, subtile alchimie d'élégance, d'esprit, de " chien ", et de ce " je-ne-sais-quoi " qui justifie sa réputation.
    D'où vient cette représentation ? Pourquoi s'est-elle ainsi pérennisée, solidifiée, canonisée au fil des siècles ? N'est-elle qu'un cliché paresseux, un mythe duplice, une mystification des élites privilégiées et de la domination masculine ? Ou bien demeure-t-elle un référent vivace, apte à défendre une " certaine idée de la femme " dans un monde de plus en plus globalisé ? Prenant au sérieux les stéréotypes, ce livre a l'ambition de remonter aux sources de ce qui est d'abord et avant tout une construction culturelle, pour analyser son développement, repérer ses usages, interpréter ses fonctions.
    La Parisienne est un mythe – moins futile et moins lisse qu'il n'y paraît. Construit dans la tension entre l'aristocratie et les femmes du peuple, entre Paris et la province, entre l'émancipation des femmes et la domination masculine, il a résisté au temps.
    Ce succès, cette plasticité, cette indéniable capacité de résistance invitent dès lors à aborder " la Parisienne " comme un nœud de significations fécond pour une histoire de l'identité nationale articulée à celle des relations de genre. À travers cette figure essentielle de la " capitale du XIXe siècle ", dans son feuilletage, ses non-dits et sa réversibilité, c'est aussi la modernité qui est ici interrogée.
    Née en 1967, ancienne élève de l'ENS Ulm-Sèvres, agrégée et docteure en histoire, Emmanuelle Retaillaud est maîtresse de conférence à l'université François-Rabelais de Tours (IUT). Ses travaux portent sur l'histoire sociale et culturelle de la France contemporaine (historie des drogues, histoire des milieux artistiques et littéraires, histoire de l'homosexualité et du lesbianisme).

  • Si la discipline historique a déjà largement appréhendé le fait clandestin dans ses multiples composantes (origines, acteurs, esthétique, répression...), elle a plus rarement cherché à l'analyser dans le cadre d'un espace spécifique. Le colloque international « Clandestinités urbaines », qui s'est tenu à l'université François-Rabelais de Tours les 20 au 21 janvier 2006, s'est précisément donné pour ambition, à partir des approches croisées de l'histoire, de la littérature ou de la sociologie, d'aborder les pratiques clandestines dans leur dimension urbaine, avec la volonté d'en repérer les ressorts et les règles, les géographies et les itinéraires, les failles et les vulnérabilités. Les auteurs ont d'abord cherché à décliner différentes formes de pratiques qui, du commerce clandestin au cryptojudaïsme, en passant par l'usage de stupéfiants ou la contrefaçon de livre, posent l'enjeu du rapport entre clandestinité et illégalité. Cette première réflexion s'est prolongée dans l'évocation de figures ou de groupes particuliers qui, à une échelle plus fine, incarnent les stratégies d'évitement et de survie des différents acteurs concernés, ainsi que le type de ressources spécifiques au monde urbain. Dans un troisième temps, il s'agissait de mieux faire ressortir les formes ou les logiques de cette géographie clandestine, ainsi que la vigueur de ses transformations - très sensible par exemple dans les assauts de la ville haussmanienne contre l'habitat précaire, ou dans le Paris de l'homosexualité au xxe siècle. L'étude des répressions faisait enfin apparaître l'ambivalence des évolutions du monde urbain contemporain, à la fois plus dense, plus ramifié, plus incontrôlable, mais aussi de mieux en mieux quadrillé et surveillé. À travers l'étude des clandestinités urbaines, c'est donc toute la question du rapport entre les individus, les groupes sociaux et les pouvoirs, qui se trouve posée, la ville formant par excellence, de l'époque moderne à nos jours, le laboratoire des libertés individuelles mais aussi le creuset des déviances et le terrain d'expérimentation privilégié de certaines techniques du contrôle social.

  • À compter de 1916, les « paradis artificiels » chers à Baudelaire relèvent en France d'une loi pénale adoptée sous la pression du mouvement prohibitionniste international et d'une opinion publique devenue réticente. Désormais, les produits définis comme « stupéfiants » (opium et ses dérivés tels la morphine et l'héroïne, cocaïne et haschich) sont étroitement contrôlés, réservés aux usages strictement thérapeutiques, tandis que leur commerce illicite est sévèrement réprimé. C'est donc dans la période de l'entre-deux-guerres que s'élaborent les enjeux contemporains de « la question des drogues » : « clandestinisation » des pratiques, mise en place d'un marché parallèle, répression des fraudeurs, marginalisation de certaines catégories d'usagers. Fondé sur le dépouillement minutieux des archives judiciaires, que complète une ample documentation médicale, journalistique et littéraire, ce travail adapté d'une thèse de doctorat analyse les modalités et les conséquences de cette mutation majeure. Étudiant successivement le mouvement de l'opinion publique, la sociologie et les pratiques des usagers, leur sort judiciaire et thérapeutique, il interroge les effets et l'efficacité du modèle répressif dans la genèse de son élaboration. À travers le devenir du consommateur de stupéfiants, ce sont aussi toute une série d'évolutions anthropologiques et culturelles qui se trouvent abordées : celles du rapport dialectique entre progrès de l'hygiénisme et redéfinition des frontières somatiques, progrès parallèle du contrôle social et de la liberté individuelle. La question des drogues jette ainsi un éclairage original et novateur sur une période qui fut, à bien des titres, un laboratoire de la modernité.

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