• Quels sont les ressorts intimes de l'enrôlement de milliers de jeunes dans le jihâd ? Qu'est-ce qui déclenche la décision de s'engager dans un tel combat ? Depuis ses débuts, le phénomène mondial de la radicalisation islamiste et ses débouchés dans le terrorisme ne cessent de déconcerter par le nombre de ses partisans et surtout par la complexité de leurs mobiles. Cet essai montre l'insuffisance de la notion de "passage à l'acte", souvent invoqué, et propose une nouvelle théorie - le saut épique - comme ressort fondamental de l'engagement. Élan à la fois psychique, spirituel et politique qui peut conduire à l'action destructrice ou émancipatrice, individuelle ou collective.

  • Comment penser le désir sacrificiel qui s'est emparé de tant de jeunes au nom de l'islam ? Cet essai propose une interprétation dont le centre de gravité est ce que j'appelle le surmusulman. Qu'il revête l'aspect d'une tendance ou qu'il s'incarne, il s'agit d'une figure produite par près d'un siècle d'islamisme. Je l'ai décelée dans ses discours et dans ses prescriptions, mais aussi à partir de mon expérience clinique.
    La psychanalyse ne consiste pas uniquement à " thérapeutiser " des gens à l'abri d'un cabinet. Son enseignement clinique permet d'explorer les forces individuelles et collectives de l'anticivilisation au cœur de l'homme civilisé et de sa morale.
    C'est pourquoi, ce qu'on appelle aujourd'hui " radicalisation " requiert des approches complémentaires, en tant qu'expression d'un fait religieux devenu menaçant et en même temps comme un symptôme social psychique.
    La désignation de surmusulman a ici valeur d'un diagnostic sur le danger auquel sont exposés les musulmans et leur civilisation. C'est la raison pour laquelle cet essai se termine par un chapitre sur le dépassement du surmusulman, en perspective d'un autre devenir pour les musulmans.
    Fethi Benslama
    Membre de l'Académie tunisienne, Fethi Benslama est psychanalyste et professeur de psychopathologie clinique à l'université Paris-Diderot.

  • Si la religion est omniprésente dans la réflexion de Freud, l'Islam en est absent. On mesure à ce constat la richesse de la perspective ouverte ici : mettre au jour les refoulements constitutifs de la religion islamique.

    Partant de la crise contemporaine de l'islam et de son symptôme le plus visible qu'est l'islamisme, ce livre entreprend d'explorer les origines de l'islam.Pour interpréter cette "césure du sujet de la tradition" qui prend la forme d'un désespoir de masse, Fethi Benslema relit les txtes fondateurs, gardé par un long règne d'interdit de penser.

    L'altérité féminine y apparaît comme la nervure centrale du refoulement propre à l'Islam. Face à un dérèglement profond de la relation entre le réel et les formes symboliques que trahissent les extrémismes, l'analyse conduit alors vers des questions demeurées impensées, telle l'affirmation coranique selon laquelle Dieu n'est pas le père.

  • « Un devoir d'insoumission nous incombe, à l'intérieur de nous-mêmes et à l'encontre des formes de servitude qui ont conduit à cet accablement » : l'appel que ce petit livre avait lancé en 2005 semble avoir été entendu. En témoigne l'élan révolutionnaire qui s'est fait jour en Tunisie et qui se propage dans l'ensemble du monde arabe. Surtout, les analyses et les propositions que ce texte avançait se trouvent confirmées : c'est une libération du paradigme identitaire qui est à l'oeuvre aujourd'hui. On peut donc aborder ce livre comme un commentaire de ce qui a rendu nécessaire les insurrections d'aujourd'hui, sans toutefois perdre de vue que des soulèvements, si massifs soient-ils, des chutes de tyrans, si spectaculaires soient-elles, ne suffisent pas à faire révolution. Les changements désirés vont rencontrer des résistances conscientes et inconscientes que les sociétés arabes devront affronter à nouveaux frais, telle que la place de l'islam, enjeu central de la guerre qui se déroule depuis une trentaine d'années en son nom. Et qui demeure central avant et pendant les processus de transition démocratique.

  • Fiction troublante, les Versets sataniques le sont comme rarement oeuvre littéraire à l'échelle mondiale. Leur parution a déclenché une violence inouïe. Pourquoi ce déchaînement autour d'une fiction ? Est-ce seulement affaire de fanatisme, de médias, de manipulation politique, de blasphème, d'hommes ignorants de ce qu'est le roman ? Et si la violence que déchaîne ce texte était le signe d'une vérité plus difficile, plus paradoxale, plus essentiellement révélatrice des forces qui s'affrontent dans notre monde en vue d'une souveraineté inédite ?

  • Elles sont environ cinq cents à avoir choisi de rallier Daech. Comment penser ce phénomène et l'ampleur qu'il a prise en Europe, au point que, en 2015, le nombre de candidates au départ est devenu presque égal à celui des hommes ? Quelles sont les motivations et les aspirations de ces jeunes femmes et parfois toutes jeunes filles ?
    En mettant en œuvre d'une manière complémentaire les approche sociologique et psychanalytique, ce livre propose d'abord des analyses qui se fondent sur des critères objectifs (âge, classe sociale, lieu de résidence, culture musulmane ou conversion, etc.). Il éclaire ensuite les ressorts subjectifs de l'adhésion à ce régime violemment oppressif qui dénie aux jeunes femmes les acquis de l'émancipation féminine mais leur donne paradoxalement le sentiment d'exister enfin en tant qu'épouse de combattant et mère de "lionceaux", promis au combat comme leurs maris le sont à la mort.
    Il faut s'intéresser à l'attrait qu'exerce une telle régression car il est probable qu'il constitue l'un des marqueurs de notre modernité.
    Fethi Benslama est psychanalyste, professeur de psychopathologie et doyen de l'UFR d'Études psychanalytiques à l'université Paris-Diderot.
    Farhad Khosrokhavar est sociologue, directeur d'études à l'EHESS et directeur de l'Observatoire de la radicalisation à la Fondation de la Maison des sciences de l'homme à Paris.

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