Littérature générale

  • En 1974, Alice a dix-sept ans. Elle vit une romance avec Don, un Californien qui vient chaque été surfer les spots de Guéthary. Don et Alice se marient. Le jeune couple séjourne d'abord à Hawaii pour y vivre d'amour, d'herbe et de vagues, puis à Santa Barbara pour y poursuivre des études. Les années 1980 bouleverseront tout. Le surfeur indolent se lancera avec succès dans l'industrie et le commerce. Il développera en Californie et au Pays basque la marque Line Up. Le surf business ruinera le surf bohême. L'admiration d'Alice pour Don n'y survivra pas.
    Boris Brissac est avocat pénaliste à Paris. On l'appelle le « défenseur des salauds ». Il en convient, mais ce n'est pas sans risque. Quand il s'empare du dossier de Francisco Milán, un néonazi impliqué dans la mort d'un jeune « antifa », il se fait tabasser dans la rue.
    L'ironie de l'affaire est que son client troque en prison ses idées politiques pour des convictions religieuses. Brissac apprend que la violence ne procède pas d'une idéologie, mais qu'une idéologie répond à un besoin de violence.
    La vie n'est jamais la vie, mais toujours une vie. Quand Alice et Boris se rencontrent, à l'orée des années 2000, tous deux ont la quarantaine. Ils ne se demandent pas pourquoi ils s'aiment aussitôt. Chacun espère que l'autre le laissera longtemps entrer dans sa vie.

  • Un philosophe peut m´instruire ou m´éclairer, mais son oeuvre n´exerce sur moi aucun charme si en filigrane de ses concepts, de ses thèses, de ses arguments, je ne perçois pas le récit d´un chagrin personnel.
    Sous le masque du cérébral, j´aime deviner l´orphelin, l´amoureux, l´abandonné, le déclassé, le décalé - l´« animal malade ». Les auteurs que je cite dans ces pages, en exergue de chaque chapitre, n´appartiennent pas à une même sensibilité intellectuelle ou littéraire. Si, cependant, leurs pensées m´accompagnent depuis longtemps et me reviennent à l´esprit comme des refrains, sans doute est-ce parce que j´y entends une semblable tonalité mélancolique.
    Que j´aie à m´en féliciter ou à m´en blâmer, c´est à Schopenhauer, mais aussi à Nietzsche, Pessoa, Proust, l´Ecclésiaste, Chamfort, Montaigne, Freud, Rosset, Ortega y Gasset, que je dois ma vocation de philosophe sentimental.

  • "Le début de ma vie au Sénégal, jusqu'à mes sept ans environ, s'est passé dans une relative insouciance. La réalité alentour sur laquelle, toi, mon père, tu régnais, constituait ce que l'on appelle un monde. Chaque moment du jour et chaque période de l'année obéissait à un emploi du temps cosmique : l'école, les repas, les déplacements, les devoirs, les heures de jeu avec les voisins de mon âge, les week-ends à la plage de N'Gor ou de Popenguine, les grandes vacances en France, le mois d'octobre de scolarité à Biarritz, puis le retour à Dakar chaque début de novembre. Mon enfance tournait sans à-coups, assez heureuse. Le bonheur suppose de ne pas penser et je ne pensais pas. Si tout avait continué ainsi, je n'aurais jamais pensé. En fait, je n'étais pas né. Chaque humain passe par deux naissances. La première, biologique. La seconde, biographique. Ma biographie commence par ta mort, dix ans après ma venue au monde."

  • Échoué depuis des années à Biarritz où il jouit sans entraves de ses temps morts, Frédéric Schiffter, le "philosophe sans qualités ", selon sa carte de visite, a tout loisir de noter des cogitations, des souvenirs et des humeurs dont l'acidité, même diluée dans les larmes, n'épargne rien, ni le monde ni son ego.

  • La joie occulte le tragique de notre existence et nous insensibilise aux souffrances du monde. Les philosophes, dès lors, en font une passion sage une vertu. Sont-ils pour autant des êtres joyeux ? Les penseurs tristes, eux, nont rien de doctrinaires de la tristesse. Ils contemplent notre condition à travers les loupes de leurs larmes. Leur lucidité ne nous rend pas plus heureux. Comme elle sexprime avec élégance, elle invite notre intelligence et notre sensibilité au plaisir de flirter entre elles. Elle nous rend le sourire. Nous sommes sous le charme.
    F.S.

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