• Pour sûr est, entre autres choses, une somme encyclopédique, un labyrinthe, une exploration de la folie des nombres, un précis de typographie, un reliquaire, une défense et illustration de la langue chiac, une réflexion sur les cultures minoritaires et leur obsession linguistique, un jeu de pistes, le roman dun coin de pays. Cest une entreprise aux dimensions surhumaines que France Daigle mène à son terme avec une éblouissante virtuosité. Cest aussi lhistoire de personnages attachants, Terry et Carmen, que lon a connus dans les précédents romans de lauteur, leurs enfants Étienne et Marianne, et toute cette humanité qui gravite autour du bar Le Babar, à Moncton les Zablonski, Zed, Pomme , artistes, gens ordinaires, qui, tout en vaquant à leurs activités quotidiennes, sinterrogent sans cesse sur leur place dans le monde, dun point de vue géographique, historique, politique ou culturel. Devant la savante architecture du roman, suite de fragments agencés selon une implacable structure mathématique, on ne peut sempêcher de penser à lOulipo et à La Vie mode demploi. Mais la rigueur de la forme offre ici un contraste saisissant avec le caractère insaisissable et imprévisible du chiac, avec linfini pouvoir démotion rattaché aux mots de lenfance, aux mots des ancêtres.

  • OEuvres fragmentées, poétiques et résolument modernes, les trois romans regroupés dans ce volume convient une multitude de personnages qui inventent et bâtissent leur quotidien dans ses dimensions réelles et imaginaires. Ces romans, qui précèdent «1953. Chronique d'une naissance annoncée», sont des oeuvres formatrices qui se démarquent déjà par la qualité de la recherche formelle et l'audace stylistique propres à Daigle.

    Un court texte en anglais, «Tending Towards the Horizontal», s'ajoute à l'ensemble.

    Les textes, accompagnés d'un appareil critique mettant en contexte l'oeuvre et son auteure, donnent à voir toute la singularité de l'aventure romanesque de Daigle, figure incontournable de la littérature francophone au pays. Avec ce troisième tome se conclut la réédition, dans la Bibliothèque canadienne-française, des sept premières oeuvres de l'auteure acadienne plusieurs fois primée.

  • France Daigle est surtout connue et reconnue pour son oeuvre romanesque, et elle est certainement l'auteure acadienne la plus étudiée par les universitaires du monde entier avec Antonine Maillet. Mais personne ou presque ne connait son oeuvre poétique pourtant tout aussi importante que ses romans.

    France Daigle a publié des poèmes, entre autres, dans les revues Éloizes et Estuaire, ainsi que dans l'Anthologie de la poésie des femmes en Acadie (Perce-Neige, 2014). Voici donc rassemblés pour la première fois en recueil la quasi-totalité de l'oeuvre poétique de cette auteure acadienne incontournable.

  • Les trois premiers ouvrages de France Daigle, une écrivaine phare de la modernité acadienne, sont ici réédités dans la collection BCF (avec préface, choix de jugement, biobibliographie). La prose poétique dans ces uvres laisse déjà deviner toute l'originalité de l'aventure romanesque qui se dessine et qui saffirmera au cours des années.

    « Lécriture de France Daigle explore de nouveaux terrains, déborde des cadres habituels et pose les jalons dune uvre qui, malgré les fortes influences durassiennes, ne manque pas dintérêt et soriente hors des sentiers battus. » - Stéphane Lépine, Nos livres, sur Film d'amour et de dépendance « [S]es mots [] vont [] à la quête du souffle, le fouillent, le retiennent et le dirigent, de manière entendue, du côté de la modernité. » - Anne-Marie Alonzo, La vie en rose sur Sans jamais parler du vent

  • Partant ici d'un tableau de Bruegel, là d'une médaille de saint Christophe ou des entrelacs de la langue acadienne, Pas pire raconte les égarements drolatiques d'une agoraphobe coincée entre la rivière de son enfance et les méandres de la vie d'artiste.

  • Affrontant une nouvelle fois le langage de Bébé M., Garde Vautour ne sait pas qu'elle change la couche et lave les fesses d'une écrivaine. Elle ne sait pas qu'elle a les deux mains plongées dans la littérature en devenir. Elle ne peut apprécier à leur juste valeur les nuances de jaune, de vert et de gris des excréments, sans parler de leur texture graisseuse, de leur fréquence et de leur puanteur. Garde Vautour ne pense pas à la littérature. Elle pense à la vie, à celle de Bébé M. en particulier, qui semble toujours aussi indifférente au fait que la vie pourrait à tout moment lui échapper, se glisser, prendre une autre route, aller s'établir ailleurs. Elle cherche le fil par lequel ramener l'enfant à la vie.

    En 1953, le monde occidental est témoin de grands événements : la mort de Staline, le couronnement d'Elizabeth II, la découverte de l'ADN, la publication du Degré zéro de l'écriture. Ces événements, parmi d'autres relatés dans les pages du quotidien l'Évangéline, à Moncton, ponctuent les jours de Garde Vautour et de la mère de Bébé M., aux prises avec les premières manifestations littéraires d'une romancière en gestation.

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