• Ce livre a pour objet le " corpus huguenot " des textes sur l'Amérique. Au XVIe siècle, la plupart des entreprises conduites par la France au Nouveau Monde sont le fait des protestants, Roberval au Canada, Villegagnon au Brésil, Ribault et Laudonnière en Floride. Or les protestants français apparaissent en butte à une contradiction qui confère à leur action et à leur réflexion un caractère spécifique. D'un côté ils combattent l'impérialisme espagnol et divulguent la " légende noire " de la conquête de l'Amérique. Mais à partir du moment où, chassés de France par les persécutions et la guerre civile, ils s'efforcent eux-mêmes de prendre pied au Nouveau Monde, ils se trouvent à leur tour confrontés au problème de l'altérité indienne. De cette surprise naît une attitude embarrassée, qui oscille entre l'exaltation du libre sauvage et sa condamnation comme héritier de la malédiction de Cham.
    Dans l'histoire de la colonisation, l'expérience huguenote aux Amériques annonce la Virginie de Raleigh et à plus longue échéance la Nouvelle-Angleterre des Puritains et la Pennsylvanie des Quakers. Par-delà le mythe du Bon Sauvage qu'il esquisse et les utopies qu'il invente, cet ensemble incomparable de textes procédant de témoins, d'historiens, de théologiens et de polémistes ouvre des perspectives d'une étonnante modernité.
    À côté de l'histoire événementielle, diplomatique et littéraire, ce livre réserve une large place à ce que La Popelinière appelait " l'histoire des histoires ", la critique de l'histoire par les historiens. De la trame des événements et des écrits, retracée en huit chapitres, se détachent des études monographiques consacrées à Jean de Léry, Urbain Chauveton, René de Laudonnière, Jacques Le Moyne de Morgues, Richard Hakluyt, ainsi qu'à l'oeuvre américaine de Montaigne et du cosmographe André Thevet.

  • Ouvert sur le grand large et distribué en trois volets, respectivement consacrés à la France antarctique du Brésil (1555-1560), à la Floride huguenote (1562-1565) et aux tentatives éparses qui conduisirent à la Nouvelle-France du Canada, ce livre rassemble vingt-et-une études ayant pour objet ce que Marcel Bataillon a appelé le "corpus huguenot des textes sur l'Amérique". A côté de monographies consacrées à Villegagnon, Jean de Léry, Pierre Richer et aux trois martyrs du Brésil, l'ouvrage analyse la réception du nouveau Monde dans la poésie de Du Bartas et d'Agrippa d'Aubigné, décrit l'anthropologie de Du Plessis-Mornay et de Marc Lescarbot, et jette des passerelles, au-delà du XVIe siècle, vers la Nouvelle-Angleterre puritaine et le Bon Sauvage des Lumières. Abondamment illustré, l'ouvrage est complété par un index nominum et locorum.

  • Alors que Gide séjourne à La Roque au printemps 1896, voici qu'une surprise de taille s'impose au soir du scrutin municipal: par 28 voix sur 36 votants - c'est dire la maigreur de la population masculine, la seule à voter - il est élu maire de La Roque-Baignard ! Apparemment, « on » a organisé la chose. Quoi qu'il en soit, Gide n'en revient pas, d'autant qu'il est l'un des trois plus jeunes maires de France : « Des gens qui ne m'ont jamais vu ! Je ne leur ai jamais rien fait ! Faut- il que le monde soit méchant, tout de même ! »




    Comment nos auteurs préférés vivent-ils quand ils s'interrompent d'écrire ? Certains vont et viennent, se promènent, vagabondent. D'autres se posent le temps d'une saison ou d'une tranche de vie, avec femme, compagnon ou amis.
    Ils habitent des lieux de passage ou des maisons, qu'ils imprègnent de leur parfum.
    Leurs meilleurs biographes les ont suivis et nous racontent.



  • This book focuses on the work of the great sixteenth-century traveller and map-maker Andre Thevat and explores the interrelations between representation and power in the age of discovery.

  • La vie d'André Thevet (1516-1592) relève du meilleur picaresque. En relation avec l'Europe des humanistes et des navigateurs, chanté par les poètes de la Pléiade à l'égal d'un nouveau Jason, Thevet accumule sur les nouveaux mondes une somme incomparable de connaissances géographiques, ethnographiques et stratégiques. Puis il est tombé dans le discrédit. Pourquoi ? Enigme qu'éclaire, avec beaucoup d'autres points, cette biographie attendue, fondée sur des documents d'archives inédits et complétée par l'étude de la réception de Thevet, de Montaigne à Flaubert.

  • Cette étude retrace la genèse de l'oeuvre d'André Thevet (1516-1592), pèlerin de Jérusalem et voyageur au Brésil, géographe des derniers Valois.
    Princes et navigateurs président à une révolution cosmographique qui s'opère au tournant du XVIe siècle et qui, changeant le regard sur le monde, transforme le monde lui-même. La cosmographie est un projet culturel. Quelques idées forces traversent une somme documentaire rassemblée au fil d'une vie de savant : primauté de l'expérience sur les autorités, souveraineté d'un regard ubiquiste enveloppant instantanément le globe terraqué, préférence accordée parmi les sources aux écrits techniques et « populaires » des pilotes et des marins définissent moins une méthode que la résistance opposée par un homme nouveau à la culture humaniste des doctes dont l'âge classique va consacrer le triomphe.
    En privilégiant une terre à découvrir, le Brésil, ce livre dessine à travers le monde des amazones, des cannibales et des monarques, un espace qui est à la fois mémoire légendaire et théâtre d'action politique. Inventaire de l'inconnu, une carte offre les ignorances d'un temps où les trésors de l'Humanité sont repris par les héritiers. Une civilisation s'évalue à ses cartes : elles montrent sa perception de l'Autre ainsi que l'image qu'elle se fait d'elle-même. À l'égal de Dieu, le géographe crée un univers.
    Frank Lestringant, professeur de littérature française de la Renaissance à l'Université de Lille III, est aujourd'hui l'un des meilleurs connaisseurs de l'Humanisme et de l'imaginaire des grandes découvertes.

  • On appelle Insulaire (en italien Isolario) un atlas exclusivement composé de cartes d'îles. Plus simplement, l'Insulaire, c'est le Livre des îles, titre de l'atlas nautique rassemblé vers 1420 par le Florentin Buondelmonti. Le genre connaît un essor ininterrompu du XVe au XVIIIe siècle. Non seulement la terre entière est a guisa d'un'Isola, comme une île au milieu des océans, mais la description en archipel favorise aussi une appréhension progressive du monde, émietté et particularisé à l'infini. L'Insulaire va de pair avec l'éloge de la variété. Il se rencontre à une époque où fleurit la bigarrure, où celle-ci apparaît comme le signe du divin dans le monde. Les systèmes de l'âge moderne ont eu raison, semble-t-il, de l'esprit d'archipel. A l'ère de l'homme unidimensionnel et de la globalisation, il est urgent de renouer avec une configuration de la terre parcourue de lacunes et de béances, mais contenant une place pour chaque singularité, fût-ce la plus imprévisible.
    Si l'Insulaire est un atlas, il est aussi un récit. Un récit fragmenté, discontinu, en archipel. Prolongeant l'histoire de l'Insulaire nautique, et tirant de celui-ci un modèle descriptif, ce nouveau Livre des îles conduit de la Genèse à Jules Verne et de l'Odyssée aux Iles Enchantées de Melville. Il a pour escales l'Histoire vraie de Lucien, la Navigation de saint Brandan, le Quart Livre de Pantagruel de Rabelais, les îles tour à tour satiriques et amoureuses de l'âge classique, les Voyages de Gulliver de Swift, l'herbier des îles du botaniste Tournefort et L'Archipel de la Manche de Victor Hugo.

  • OEuvre exigeante que Les Tragiques d'Agrippa d'Aubigné, qui peignent la France en mère affligée, contemplant la querelle sanglante d'Ésaü et Jacob, ses deux fils ennemis. Il a fallu le recul du classicisme pour que soit revalorisée une poésie âpre et sans concession, indifférente aux chocs qu'elle porte et aux blessures qui la modèlent.
    Cette réhabilitation va de pair avec la formidable ouverture critique que le poème a suscitée. Où placer d'Aubigné, cet enfant du siècle égaré hors de son aire? Que faire de ce contemporain de Malherbe, qui écrivait pour déplaire et parce que la vérité qu'il prônait paraissait vaincue? Comment dans un siècle qui l'a ignoré comprendre son monumental poème qui se posait comme la fin de toute poésie? Les quatre volets de ce recueil, « Genèses », « Les étages du monde », « Du brame au concert », « Errants et prophètes », dessinent un étagement progressif qui éclaire de proche en proche l'architecture des Tragiques. Dix-sept études transversales réunissent autour du poème le faisceau d'interrogations consubstantielles au chef-d'oeuvre de la poésie militante.

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