• Louis-Philippe

    Guy Antonetti

    • Fayard
    • 3 Novembre 1994

    Humilié, comme tous ceux de sa lignée, par les Bourbons, critiqué, puis menacé durant la Révolution, éternel candidat au moindre trône vacant d´Europe, opportuniste ou passant pour tel (il fut quasi jacobin dans sa jeunesse et finit sa vie en monarque autoritaire chassé par une émeute), moqué par ses adversaires politiques des deux bords au cours de son règne, Louis-Philippe a laissé dans la mémoire des Français une image ambiguë et contradictoire. Par surcroît, ce n´est que depuis peu de temps que sont accessibles aux historiens les archives permettant d´éclairer sa figure de façon définitive. Guy Antonetti est le premier d´entre eux.

    Qui était donc le dernier roi sous lequel les Français ont accepté de vivre ? Faudrait-il, comme on le fait souvent des personnages mal connus, le statufier, le créditer d´avoir fait avancer la démocratie libéra-le et d´avoir donné au pays près de vingt ans de stabilité ? Certes non. Si son règne ne fut pas le désastre que l´on a dit et si nombre de ré-formes positives portent son empreinte propre, il est clair que Louis-Philippe a échoué. La monarchie issue des Trois Glorieuses était à ses yeux d´une perfection indépassable. Il était convaincu que le choix fait alors - le « juste milieu » entre l´absolutisme de l´Ancien Régime et l´anarchie jacobine , garanti par la charte 1814 révisée, était le seul possible. Il se prenait pour un homme de son temps, alors qu´il n´était au fond qu´une figure éminente de cette aristocratie éclairée du xviiie siècle qui se rallia au tiers état en juin 89 en rêvant de transformer la monarchie en une royauté constitutionnelle on connaît la suite. Rejetant la leçon, Louis-Philippe ne sut pas évoluer, en depit d´une in-telligence et d´un courage évidents. La même insurrection qui l´avait mis sur le trône en juillet 1830 le balaya en quelques jours en février 1848.
    Né en 1773, il prolonge, au siècle de la vapeur, l´époque des Lumières. N´a-t-il pas, enfant, croisé Voltaire, lequel avait vingt ans en 1715 et n´a-t-il pas dîné avec Robespierre et avec Washington, mais son père n´a-t-il pas été l´homme le plus riche du royaume, et n´était-il pas lui-même quatre fois l´arrière-petit-fils de Louis XIV ?

    Louis-Philippe a voulu être roi, un vrai roi, un grand roi. Il a seulement oublié que la France ne voulait plus de roi du tout, ni petit ni grand.

    Professeur à l´université de Paris II, Guy Antonetti, agrégé de droit, est historien du droit, spécialiste des questions financières et économiques.

  • La monarchie constitutionnelle, ou monarchie limitée, a été en France l'avatar, tôt avorté, de la monarchie pure, ou monarchie absolue : tentée maladroitement par Louis XVI en 1789, cette transformation aboutit alors rapidement, en 1791, à une démocratie royale, impraticable et éphémère, renversée dès 1792. Imposée de nouveau en 1814-1815, puis en 1830, comme bouclier contre la démocratie et la république. cette solution de compromis par le haut. entre le roi et les notables fortunés, fut définitivement condamnée en 1848. Pourquoi est-ce la France qui fut en Europe le premier pays à rejeter cette formule, alors que celle-ci a conduit, dans quelques autres pays, à des formes de démocratie royale qui ont survécu ?

  • Ce dictionnaire rassemble, en quarante-cinq notices réparties en trois volumes, les biographies très documentées des ministres des Finances, de la Révolution française jusqu'à la fin du Second Empire. Illustrées pour la plupart d'un portrait, enrichies par le dépouillement d'archives jusqu'alors inexploitées, telles que les archives notariales, elles détaillent les précisions recueillies sur la famille de chaque ministre, sur son éducation, sur sa fortune familiale et enfin sur sa carrière et son rôle dans la gestion des finances. Toute l'histoire financière de la France à cette époque est évoquée à travers les parcours de ces ministres. Dans ce second volume qui couvre la période allant de la Restauration (1814) à la fin de la monarchie de Juillet (1848), l'auteur souligne notamment l'importance de l'action déployée par les cinq figures ministérielles éminentes que furent Louis, Corvetto, Villèle, Humann et Lacave-Laplagne. Ils fixèrent pour l'essentiel les grands traits de l'organisation financière de la France contemporaine : réunion des Finances et du Trésor dans un seul ministère, mise au point de la procédure parlementaire du vote du budget annuel et du contrôle de l'exécution des exercices passés, développement du principe de la spécialité budgétaire, régularisation du mouvement général des fonds en relation avec la Banque de France et l'utilisation de bons du Trésor, réglementation de la comptabilité publique... Seule survivance archaïque : le recours à l'emprunt en perpétuel, ce qui posa le problème de la diversification du taux des emprunts, de la conversion des rentes et de l'amortissement de la dette. Le budget annuel, de 900 millions en 1816, s'éleva à près d'un milliard et demi en 1848, la politique des grands travaux, en particulier la construction des chemins de fer, ayant creusé un déficit croissant à partir de 1840, ce qui compromit la solidité du régime.

  • Ce dictionnaire rassemble, en quarante-cinq notices réparties en trois volumes, les biographies très documentées des ministres des Finances, de la Révolution française jusqu'à la fin du Second Empire. Illustrées pour la plupart d'un portrait, enrichies par le dépouillement d'archives jusqu'alors inexploitées, telles que les archives notariales, elles détaillent les précisions recueillies sur la famille de chaque ministre, sur son éducation, sur sa fortune familiale et enfin sur sa carrière et son rôle dans la gestion des finances. Toute l'histoire financière de la France à cette époque est évoquée à travers les parcours de ces ministres. Dans ce premier volume qui couvre la période allant de la retraite de Necker (1790) à la fin de l'Empire (1814), l'auteur expose comment les ministres durent d'abord gérer l'oeuvre de destruction révolutionnaire (démantèlement du Contrôle général des finances, amenuisement du pouvoir ministériel, abolition de la fiscalité indirecte, séparation des Finances et du Trésor) et la mise en place de nouvelles structures, inefficaces et inadaptées aux besoins de la guerre (fiscalité fondée principalement sur une contribution foncière insuffisante, gestion locale confiée à des élus, recours à l'inflation des assignats). Puis, sous le Consulat et l'Empire, le trio des grandes figures, Gaudin, Barbé-Marbois et Mollien, organisa le bon fonctionnement des institutions financières « ordinaires » (rétablissement de la fiscalité indirecte et d'une administration fiscale de fonctionnaires hiérarchisés, confection du cadastre), les finances « extraordinaires » de la guerre étant mises à la charge des pays conquis, vaincus ou alliés. Le budget ordinaire de la France, évalué à 500 millions environ au début de la Révolution, monta à près de 800 millions à la fin de l'Empire : cette efficace machine financière fut agencée par un haut personnel, issu des bureaux de l'Ancien Régime, attaché à ses méthodes et ses usages, résolument accroché aux places et indifférent aux changements de régimes politiques.

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