• Les relations entre souverains sont-elles d'essence guerrière ? L'affrontement direct, le mode privilégié de règlement des conflits ? Et, finalement, les expériences de rapprochement, de simples trêves ? La plus longue période d'apaisement entre les deux Grands du XVIe siècle, consécutive à la paix de Cateau-Cambrésis (1559), apporte des réponses inattendues. Avec le déclenchement des guerres de Religion, le rapport de force entre les rois de France et d'Espagne, demeurés rivaux pour la prééminence en Europe, devient nettement favorable au second. Dans ce contexte instable se révèle également une volonté mutuelle d'entretenir leur amitié. Lien politique et social plus qu'affectif, elle est alors fondée sur l'entraide. Une association dynastique, des efforts conjoints contre la Réforme et le choix de trancher les différends à l'amiable ou de les éluder en ont été les piliers. Dans l'amitié réside toute la particularité de l'Europe des princes : devant s'accorder avec l'intérêt de chacun, elle n'adopte que la forme des rapports intimes et profonds exaltés par Montaigne, tout en se distinguant fondamentalement de la realpolitik contemporaine. Non seulement elle imprime sa marque à l'ensemble des actes de la diplomatie, mais l'amitié incarne aussi l'idéal des relations entre les souverains chrétiens, voués à s'unir et à s'aimer.

  • Où en est l'historiographie française et francophone, en ces temps de mondialisation accélérée ? La recherche historique française est demeurée féconde dans chacune des quatre grandes périodes de l'histoire, cet ouvrage en donne un aperçu pour chacune d'entre elles. Les échanges et les interactions entre les traditions historiographiques de différents pays sont à l'ordre du jour, mais des spécificités de chacun perdurent. La France a eu et a encore une tradition marquée d'ouverture, qu'il faut pouvoir maintenir dans un contexte de crise globale, présente et future. L'historiographie française et francophone est en plein renouvellement. Des champs nouveaux s'ouvrent à la recherche, qui font largement appel à des approches transversales et pluridisciplinaires, voire transdisciplinaires.

  • Signée le 3 avril 1559, la paix du Cateau-Cambrésis scelle la fin des guerres d'Italie. Le dénouement de cette lutte pour l'hégémonie en Europe entre Habsbourg et Valois, dont la domination de la Péninsule est la clé, constitue une énigme. Après avoir été en mesure de prendre une revanche historique, le roi de France accepte un traité particulièrement défavorable. Si les troubles religieux ont rendu cet accord durable, ils n'en sont pas la cause, même si Henri II l'a proclamé pour couvrir l'abandon de nombre de conquêtes. Au terme de débats discontinus et d'une décennie de combats militaires, diplomatiques, financiers et symboliques, le roi d'Espagne remporte finalement l'avantage, surpassant son adversaire en réputation. Les deux Grands du xvie siècle n'en ont pas moins traité d'égal à égal. Établissant un rapport de force équilibré - même s'il est voué à évoluer -, l'accord se fonde sur des concessions propres à réconcilier les princes et conformes aux principes de la justice : il semble éteindre tout litige. Par son caractère exemplaire, il révèle les conditions et les règles d'une négociation internationale comme la permanence d'un imaginaire chrétien de la paix. On trouvera, dans ce livre, le texte du traité du Cateau-Cambrésis.

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