• Ward était attablé dans la cuisine à demi obscure. Il versait de la cassonnade dans son assiette de soupe au babeurre ; il en versait trop. Anneke se confiait à sa poupée. Nette, adossée au buffet, attendait son heure. La grand'mère, tout contre la buse du poêle, grelottait, la joue sur l'épaule, et palpitait spasmodiquement des mains. Elle avait encore ses fièvres. Nul n'y prenait plus garde. Elle geignait : "Ouïe, Dieu Seigneur, que j'ai froid... Ouïe, Dieu Seigneur que j'ai froid...", tout en surveillant Ward. Il remettait de la cassonnade. Mais elle n'en disait mot... "Ouïe, j'ai froid..." Elle affectait de se désintéresser de Ward. On l'aurait crue acharnée à finir un invisible tricotage... "Ouïe, Dieu Seigneur..." Allez, verse, verse la cassonnade... Elle se recroquevilla davantage, ayant pour ligne de conduite de ne pas adresser la parole à son gendre. "Ouïe, ouyouïe..."

  • Contre l'oubli

    Henri Calet

    Contre l'oubli rassemble des reportages, des chroniques parus pour la plupart dans Combat et Terre des hommes entre 1944 et 1948. La fin de la guerre, ses lendemains. Une époque en demi-teinte : le soleil de la victoire crève à peine le brouillard des chagrins. Une époque pour Calet, dont l'humanité, la mélancolie, la simplicité et l'humour acide triomphent ici dans l'évocation de Couillard défiguré par un milicien ou dans le compte rendu d'audience d'un tribunal américain à Paris qui n'héiste pas à distribuer des peines démesurées aux GI libérateurs pour vol de cigarette, marché noir. Mieux qu'un recueil d'articles, ce livre est un fragment d'histoire de France, à fleur de peau, laissé par un possédé du quotidien qu'il faut redécouvrir.

  • Calet, l'indigène de Montparnasse, en visite dans les arcanes et les hôtels particuliers de la capitale, interrogeant grandes-duchesses et baronnes pas tout à fait nées : on croit rêver ! Pourtant, il faut lire l'enquête du Croquant indiscret pour tout comprendre des frusques et des frasques du Tout-Paris des années cinquante. Cet ouvrage tient du document et du divertissement. Calet se promène chez les riches, le sourire en coin mais sans caricaturer ; il cambriole des yeux et des oreilles la haute société avec l'aplomb, la santé d'écriture d'un type qui achète ses costumes à tempérament et qui n'a toujours pas réglé sa note de dentiste...

  • Avec ses Huit quartiers (urbains) de roture, petite randonnée intime et érudite au coeur historique des XIXe et XXe arrondissements de Paris, pièces ternes du puzzle parisien, Calet nous emmène là où sont ses racines

  • À l'hiver 1947-1948, Henri Calet, au même titre que d'autres intellectuels métropolitains comme Michel Leiris ou Francis Ponge, est invité à Sidi Madani, au sud d'Alger, afin de débattre de questions politiques et culturelles propres à l'Algérie. Cette invitation est aussi pour chacun l'occasion de jouir d'excellentes conditions matérielles pour mener à bien ses propres travaux. L'escapade algérienne de Calet se prolonge par un voyage au Maroc, à caractère plus privé. Au cours de ce séjour, Calet prend des notes, écrit ses impressions, rend compte de ce qu'il voit. Réunis ici, les textes nord-africains de Calet, même sous leur aspect inachevé, sont représentatifs au premier chef de son style, de son humour, de sa faculté aiguë d'observation et, plus encore peut-être, de son inclination, qui sera de plus en plus forte au fil des années, à la notation brève et à l'écriture impressionniste.

  • La France d'après-guerre vue par Calet. Il nous parle de ses rêves de table en bois, de Daladier, des vacances, d'Herriot, de l'Opéra où l'on joue Rameau, avec sa petite voix, sa grenaille de mots comptés, tassés dans ses phrases courtes, son pas inlassable et son coeur lourd.

  • Un ensemble riche et complet d'un point de vue biographique et littéraire - mais aussi historique -, où le Grand Dab, épistolier remarquable, se révèle aussi un commentateur hors pair de l'oeuvre de Calet.

  • Jeunesses

    Henri Calet

    J'aime de plus en plus la jeunesse ; j'en mangerais.
    Que pense t-elle de la radio ? avait-elle des opinions politiques? avait-elle déjà des vues sur l'amour? quelles sont les coiffures actuellement à la mode? quelle sorte de films aimait-elle? avait-elle un penchant pour certains acteurs ou certaines actrices? avait-elle un écrivain favori? quelle était son opinion sur les interprètes? quel est le plus beau jour de la vie d'une jeune fille? qu'est-ce que le flirt? lisait-elle beaucoup? et le sport? quels sont ses sujets de distraction? redoutait-elle une guerre? quels étaient ses journaux ? quelles sont les rubriques qui l'intéressent? aimerait-elle avoir des enfants? comment voyait-elle l'avenir? avait-elle l'eau chaude?.

  • Réunit pour la première fois cinq récits parus en 1955 et 1956 dans la presse. L'Algérie, la Lozère, la Loire, la Garonne et l'Espagne. Des voyages loin du XIVe parisien où l'auteur ne voulait pas se laisser enfermer.

  • "Sans trêve, pattes écartées, le Grand Mouton urine sur la ville. Il délaie, délave et détrempe. Dans le même bain, cabanes et gens perdent leurs fraîches couleurs et se ternissent. Une seule teinte pour le tout : la pisseuse. Joseph Cagnieux, le héros pâle de mon roman, ne sait pas vivre. Son père lui montre inutilement la voie. Joseph se sent personnellement visé, alors que la bête ne fait que remplir honnêtement les devoirs de son office... Or, il n'est pas cinquante manières de vivre : Ou barboter avec le courant pour se maintenir à la surface, au petit bonheur comme les amis et les connaissances. Ou se croire très fort et essayer d'aller contre, pour, sur l'instant, y renoncer avant d'être renversé, enlevé, noyé et englouti. Ou s'entêter et être renversé, emporté et englouti. Cagnieux, à raison ou à tort, s'entête..." Henri Calet.

  • Fièvre des polders, écrit en 1939, est le troisième roman d'Henri Calet. Dans la lignée de ses deux premières oeuvres, La Belle Lurette et Le Mérinos, l'auteur nous livre d'une verve très audacieuse une chronique familiale incisive et amusée, confinée au périmètre d'un polder gagné sur l'eau d'un fleuve. Ses protagonistes y vivent ou y survivent, s'y lient ou s'y déchirent, fous ou malades de vivre dans cet étrange lieu d'eau, dépeints avec une férocité presque noire... Ici, comme Calet se plaisait à le dire, il dévoile « à ras d'homme » les tensions intérieures de ses personnages, dans un style vert et cynique, en des leitmotivs souvent apparentés à ceux de Céline. Parabole à mi-chemin entre la fiction et le récit d'expériences, Fièvre des polders est un roman habité, comme un trait d'union entre l'auteur et ceux qui y échouent. C'est le livre de son enfance, peut-être celui auquel il était le plus charnellement attaché.


  • "Un exposé analytique et didactique du droit de la consommation"
    Ensemble des règles régissant les relations entre professionnels et consommateurs et visant plus spécialement à protéger ces derniers, le droit de la consommation connaît un développement considérable.
    Cette dixième édition montre l'évolution du droit de la consommation et la place prise par le droit de l'Union européenne. Elle intègre les dernières réformes, notamment la loi de ratification du 21 février 2017 qui a publié la partie législative d'un nouveau Code de la consommation. Fidèle à l'objet de la matière, le plan de l'ouvrage suit le consommateur dans la chronologie des situations où il se trouve : d'abord les préliminaires du contrat de consommation, ensuite le contrat lui-même, enfin les éventuels litiges.

  • Ensemble des règles régissant les relations entre professionnels et consommateurs et visant plus spécialement à protéger ces derniers, le droit de la consommation a connu au cours de ces dernières années un développement considérable.
    De la première édition de ce Précis, en 1980, jusqu'aux importantes lois de 2014, en passant par la création du Code de la consommation en 1993, la matière a acquis une place prépondérante dans le paysage juridique français et européen suivant en cela le développement de l'économie de marché et les bouleversements des modes d'échange entre particuliers et professionnels.
    Cette neuvième édition montre l'évolution du droit de la consommation et la place prise par le droit de l'Union européenne. Elle intègre les dernières réformes, notamment la loi Hamon du 17 mars 2014, qui institue l'action de groupe et qui transpose la directive concernant les contrats à distance et hors établissement, ainsi que la loi Duflot du 24 mars 2014 (loi ALUR), qui rénove le droit au logement.
    Fidèle à l'objet de la matière, le plan de l'ouvrage suit le consommateur dans la chronologie des situations où il se trouve : d'abord les préliminaires du contrat de consommation (partie 1), ensuite le contrat lui-même (partie 2), enfin les éventuels litiges(partie 3).
    Dans la présente édition comme dans la précédente, Jean Calais-Auloy a bénéficié de la collaboration d'Henri Temple, qui est l'auteur des développements concernant les aliments et le logement. Ce Précis s'adresse non seulement aux étudiants, mais encore à tous les juristes - magistrats, avocats, juristes d'entreprise, militants d'associations, voire simples consommateurs - qui souhaitent se familiariser avec une matière qui a aujourd'hui atteint sa pleine maturité et qui devient de plus en plus complexe.

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