• «  Les histoires que je lis sont celles de femmes accusées d'avoir passé un pacte avec le diable parce qu'un veau est tombé malade. Les histoires que je lis sont celles de femmes qui soignent alors qu'elles n'ont pas le droit d'exercer la médecine, celles de femmes soupçonnées de faire tomber la grêle ou de recracher une hostie à la sortie de la messe. Et moi, je revois le cartable que m'a acheté ma mère pour la rentrée de sixième, un beau cartable en cuir, alors que j'aurais voulu l'un de ces sacs en toile que les autres gosses portent sur une seule épaule, avec une désinvolture dont il me semble déjà que je ne serai jamais capable. Je revois mon père tenant ma mère par la taille un soir d'été, je le revois nous dire, à mon frère et à moi, ce soir, c'est le quatorze juillet, ça vous dirait d'aller voir le feu d'artifice  ? Cette contraction du temps qui se met à résonner, cet afflux de souvenirs que j'avais d'abord pris pour un phénomène passager, non seulement ne s'arrête pas, mais est en train de s'amplifier.  »
    En trois siècles, en Europe, plusieurs dizaines de milliers de femmes ont été accusées, emprisonnées ou exécutées. C'est l'empreinte psychique des chasses aux sorcières, et avec elle, celle des secrets de famille, que l'auteure explore dans ce roman envoûtant sur la transmission et nos souvenirs impensables, magiques, enfouis.
    «  Roman-enquête dans l'histoire et l'imagerie de la sorcellerie, récit intime d'une adolescence douloureuse. Le complexe de la sorcière se révèle d'une grande finesse.  » Transfuge
    «  Ce livre est foisonnant et passionnant. Je mets au défi chaque lectrice et lecteur de ne pas être profondément bouleversé par ce texte.  » Psychologies Magazine

  • 180 jours

    Isabelle Sorente

    180 jours, c´est le temps qui sépare la naissance d´un porc de sa mort à l´abattoir. Ce sont aussi les six mois qui font basculer la vie d´un homme.Quand Martin Enders accepte de se rendre dans un élevage industriel pour les besoins de son travail universitaire, il n´imagine pas que le cours de sa vie va s´en trouver bouleversé. Par les secrets que lui révèle Camélia, le porcher. Et par les quinze mille bêtes enfermées dans les différents bâtiments. Fondé sur la propre enquête de l´auteur, dévoilant le quotidien surnaturel des animaux dans les systèmes de production industriels, 180 jours est l´histoire d´une amitié entre deux hommes que tout semblait séparer, mais aussi celle de leur rapport aux bêtes. Avec ce roman, Isabelle Sorente nous entraîne au bout des départementales, dans les couloirs inavouables de notre modernité, où montent les voix de ceux qui sont privés de parole.

  • La faille

    Isabelle Sorente

    Lucie Scalbert était la plus belle fille du lycée. Avec un je ne sais quoi de dingue dans le regard. Je n'ai pas été surprise qu'elle devienne comédienne, je l'ai perdue de vue alors que le succès semblait l'attendre. Voilà que je la retrouve cinq ans plus tard. Elle n'est plus que l'ombre d'elle-même. Elle a abandonné sa carrière, elle prononce le nom de VDA, son mari, avec un mélange d'effroi et de rancoeur. Ce vieillissement précoce, cette voix enfantine, ce rire désespéré : je comprends que c'est cela, une relation d'emprise. Ce qui fascine une romancière, en l'occurrence, Mina Liéger, mon double fictionnel, c'est ce lien étrangement raisonnable qui unit une femme à un homme qui la rend folle. À mesure que je reconstituais l'histoire de Lucie Scalbert, il devenait évident que ce lien relevait moins de la psychologie que de la possession : une force mettait Lucie à la merci des hommes dont elle tombait amoureuse. Ce rapport destructeur produisait chez ceux qui en étaient témoins un sentiment de déjà-vu, comme si nous en reconnaissions l'empreinte dans nos faux-semblants et nos secrets de famille, et jusque dans les événements qui bouleversaient nos vies. L'emprise de VDA sur Lucie obéissait à des lois trompeuses, cruelles et romanesques qui tissaient la toile dans laquelle nous étions pris.

  • « Le féminin est un entraînement radical à la liberté. » Dans cet essai subversif écrit d'une plume joyeuse, fiévreuse, Isabelle Sorente prend le contrepied de l'axiome qui fait de la femme le « sexe faible », pour révéler la puissance acquise au fil des siècles et au cour des contraintes : le conditionnement du féminin se renverse pour devenir une force, un exercice spirituel d'un genre nouveau qui ouvre sur des perspectives d'action inédites.

  • Panique

    Isabelle Sorente

    • Grasset
    • 24 Mai 2006

    Que se passe-t-il lorsque les gens se mettent à hurler sans raison dans la rue, qu'un artiste projette sur les murs les courbes des émeutes mondiales, qu'un requin, enfermé dans un aquarium au milieu d'une agence de publicité, menace de briser sa prison ? Dans un monde performant, médiatique, où la peur règne de façon confuse, les horloges commencent subrepticement à se dérégler... Jérôme, passionné de mythologie, rêvait d'un destin et d'une existence intense. A vingt-quatre ans, par réalisme, il est en train d'y renoncer. Sa journée de travail achevée, il passe des nuits blanches à tenir son journal, où il écrit sur la panique. Il va jusqu'à l'invoquer. L'irruption de Mandés, un homme énigmatique et provoquant, va bouleverser son existence, mais aussi accélérer le dérèglement des événements... Dans un gigantesque embouteillage, les conducteurs se rendent compte qu'ils ont tous fait le même cauchemar. Un changement de composition de l'atmosphère est annoncé sur des milliers d'affiches... Et la panique advient. Dans un monde rationnel, aveugle à son auto-destruction, la panique règne, omniprésente, embusquée derrière les vies programmées. Celle-ci - nouvelle épreuve initiatique des temps dangereux - révèle les personnages, chacun devant affronter ses propres énigmes. Révélations sentimentales, sensuelles, psychanalytiques, pour toucher enfin, dans une ambiance d'apocalypse jubilatoire, à la créature mythologique qui sommeille en chacun d'entre nous.

  • « Peut-être est-ce le geste de retirer le gant. Il me sembla que les sentiments me traversaient avec un léger décalage, sans que je sois certaine de les éprouver réellement. Je regardais le gant de cuir que je tenais dans la main gauche. Ma main droite était nue, et cette nudité me parut aussi artificielle que le gant noir et lisse. Des images se levaient, propices à l´érotisme. De Fabrice, je m´imaginais la proie. Je jouerai ce rôle-là, pensais-je, il lui plaira. Et cependant que je répétais le geste, d´ôter et remettre le gant, j´éprouvais le même vertige que les enfants qui répètent un mot, femme, femme-femme, jusqu´à ce que ses syllabes perdent leur sens. » Quand tombent les masques d´amoureuse, de mère ou de fille douce, se révèlent des êtres changeants. Dans ce roman-manifeste, Isabelle Sorente explore les secrets des femmes. La géométrie variable du désir. Un féminin en perpétuelle transformation.

  • Addiction générale

    Isabelle Sorente

    « Nous vivons sous l´emprise du calcul permanent. Du poids idéal en passant par le taux de fer dans le sang, le quotient intellectuel, la surface de l´appartement, la haute résolution de l´écran, l´extension de mémoire, le forfait 12h illimité le week-end, jusqu´aux milliards d´euros du réchauffement climatique, tout ce que nous touchons se transforme en chiffres. Qu´un nuage de cendres traverse le ciel d´Europe, voilà que des centaines de calculateurs sont lancés. Partout les algorithmes se mettent à tourner pour calculer le manque à gagner des compagnies aériennes. Que cette activité se justifie par une raison économique ne doit pas cacher l´autre vérité, celle qui sort du champ calculable : la transformation instantanée d´un nuage en série de chiffres. Nous transformons le corps en poids, l´intelligence en performance, le passé en code génétique et nos angoisses d´avenir en polices d´assurance et en calcul de risques.  Voilà ce qu´on appelle à tort le réalisme, la référence obligatoire à des valeurs numériques, sans lesquelles nos perceptions comme nos pensées paraissent invalides. La raison dépend d´un résultat, la raison est devenue dépendante. »  Dans cet essai aussi inspiré que stimulant, Isabelle Sorente nous invite à retrouver le chemin de la raison, celui qui nous rapprocherait des autres et de notre humanité. Se mettre à la place d´autrui, éprouver la compassion, est notre seule arme.

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