• La figure masculine et quelque peu martiale du hussard noir est inséparable de l'image idéalisée de l'école primaire publique sous la IIIe République. Près de vingt-cinq ans après la publication de l'enquête de Jacques et Mona Ozouf, l'étude historique des dossiers de carrière des instituteurs et des institutrices entrés dans l'enseignement public de la Seine entre 1870 et 1886 dresse le portrait d'un corps enseignant plus divers que ne le laissent supposer les représentations héritées de cette époque. L'étude des sources qu'ils contiennent permet de l'analyser tant du point de vue des origines sociales, des scolarités que de celui du déroulement des carrières. Au-delà de l'analyse prosopographique, il s'agit d'observer comment cette première génération d'enseignants républicains a contribué à la modernisation de l'école publique et, plus généralement, au processus d'autonomisation du champ social que constitue l'enseignement primaire dans l'agglomération parisienne et à l'échelle nationale.

  • L'école de Jules Ferry, qui incarne dans la mémoire collective l'égalitarisme de la IIIe République, est généralement identifiée à l'école rurale à classe unique, qui serait alors une véritable petite république scolaire placée sous la direction d'un de ces hussards noirs célébrés par Charles Péguy en 1913. Mais, au-delà de ces représentations mythifiées de la communale, qu'en était-il à cette époque dans les grands établissements urbains de la capitale et de sa banlieue ? Dans le département de la Seine, berceau du modèle scolaire républicain, l'analyse des statistiques scolaires, ainsi que celle des rapports et correspondances retrouvés dans les dossiers des instituteurs et institutrices, fait apparaître la réalité d'une école modernisée offrant des conditions d'accueil de plus en plus satisfaisantes malgré les difficultés matérielles de mise en oeuvre de l'obligation scolaire. La population urbaine mobilisée autour d'un enseignement primaire vécu comme un idéal émancipateur fait l'apprentissage des usages sociaux d'un capital culturel garanti par l'école grâce au certificat d'études. Mais les archives de terrain mettent aussi en évidence les conditions moins favorables prévalant dans les écoles des quartiers ouvriers de la périphérie parisienne et de la banlieue, et témoignent de relations entre les milieux populaires urbains et l'école plus complexes que ne le laissent supposer les représentations dominantes prévalant dans la mémoire collective. Cette ambivalence des rapports de la société urbaine à l'école républicaine est indissociable du fonctionnement institutionnel de cette dernière et de l'idéologie méritocratique dont il est le reflet. La réalité historique de l'école publique urbaine de la IIIe République peut alors nourrir une réflexion plus générale sur le rôle de l'école dans la perpétuation des inégalités sociales et culturelles.

  • L'épidémie de coronavirus et l'expérience du confinement généralisé ont confronté notre pays à une épreuve inédite et singulière. Fait social total, la propagation du virus a mis à l'arrêt l'économie, bouleversé l'agenda gouvernemental et notre vie quotidienne.
    Durant cette période très particulière, l'IFOP, à l'initiative de Jérôme Fourquet, a réalisé une série d'enquêtes quantitatives visant à donner la mesure du niveau d'inquiétude de la population, du jugement porté par elle sur l'action des pouvoirs publics et de la façon dont ont été appliquées les consignes sanitaires. Mais, parallèlement à cette batterie d'enquêtes inédites, l'institut a également déployé, avec Le Point et la Fondation Jean-Jaurès, un dispositif d'observation au long cours : 33 Françaises et Français de toutes conditions, de tous âges et régions ont été suivis par l'équipe d'enquêteurs pendant plusieurs semaines.

    Comment les Français ont-ils réagi à l'évolution de l'épidémie et quelles sont leurs attentes maintenant ? Cadre télétravaillant depuis l'île de Ré versus caissière aux avant-postes, jusqu'à quel point le confinement a-t-il constitué une épreuve partagée et comment les différences ont-elles été appréhendées ? L'épidémie et le confinement ont-ils raffermi le sentiment d'appartenance collective ou exacerbé les fractures déjà à l'oeuvre ? En d'autres termes, le Covid-19 a-t-il joué le rôle d'antidote ou de révélateur de l'« archipelisation » de la société française ?
    L'état d'esprit dans lequel les Français abordent la nouvelle phase de l'épreuve sanitaire a mûri dans le secret du confinement. Mais c'est bien lui qui déterminera la séquence dans laquelle nous entrons maintenant.

  • Les métiers de l'aviation et la santé recourent depuis longtemps à des outils et à des règles communes pour assurer la sécurité des passagers et des patients. Ce sont, notamment : l'usage de la simulation pour la formation des pilotes et des médecins, l'utilisation des check-lists, l'analyse des accidents, ou encore les repos obligatoires après une longue période de travail pour éviter des risques liés à la fatigue.

    Pour autant, il existe des outils qui, employés dans l'aviation, n'ont été encore explorés par le monde de la santé. C'est le cas de la « phraséologie » : un mode de communication harmonisé, connu de tous les acteurs, qui permet d'agir au quotidien avec clarté et cohérence. Dans le monde médical,la qualité et l'efficacité du soin dépendent souvent de la bonne transmission des informations. Aussi, pour optimiser les échanges entre soignants, ce guide propose des règles simples qui constituent les bases d'un nouveau concept : la "phraséologie médicale".

    Anesthésiste-réanimateur, Jérôme Cros dirige le Centre de simulation en santé de la Faculté de médecine et de pharmacie de Limoges, et il consacre ses recherches à l'impact du facteur humain dans le soin. En puisant dans la littérature, mais aussi dans sa propre expérience de médecin et de formateur, il s'appuie sur de nombreux cas concrets pour analyser les erreurs parfois graves liées à une mauvaise communication verbale et non verbale, et propose au lecteur une méthodologie efficace.

  • Si l'histoire de l'éducation évoque souvent les élèves, elle en fait trop rarement des acteurs à part entière du système éducatif. La place des élèves renvoie pourtant à l'enjeu de la vie en démocratie. L'école est tout autant un moyen pour une société de former, informer et conformer la jeunesse, qu'une institution plurielle façonnée par celles et ceux qui la fréquentent. Ce livre, second tome de la publication d'un vaste travail collectif sur l'histoire de l'enfance et de la jeunesse scolarisées, vise à retrouver les élèves à travers leur adhésion ou leurs contestations de l'ordre imposé par l'école, lui-même changeant, et leur participation à la vie des écoles. Quatorze textes explorent la diversité des sources donnant accès aux actes et aux paroles des élèves de divers établissements. En accordant une place importante aux dernières décennies du xxe siècle, qui connaissent des développements décisifs, il s'agit aussi de donner toute sa profondeur chronologique à cette histoire.

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