• Un grand-père défunt, un testament, un hôtel Renaissance. Le petit-fils hérite et visite seul la vieille demeure : des meubles et des objets, des fausses pistes, des empreintes, des salles, des ordures, le visage du mort. Mètre après mètre, dans l'ombre et la poussière de la maison-piège, les images d'un passé proche ou lointain se reforment, des silhouettes oubliées resurgissent. Quelle sera la découverte décisive au terme de cette initiation, quand l'architecture elle-même commencera de se transformer dans l'esprit menacé du visiteur ? Quelle force le poussera jusqu'au blasphème ? Quelle malédiction l'enfermera, muet, lumineux, dans une nuit définitive, anonyme pharaon de province ?

  • Si vous ne savez pas que la voiture est l'objet de notre décrépitude aliénée, n'attendez pas de ce livre qu'il vous le démontre. Ni un essai ni une fiction, La Bagnole est une suite de textes, d'anecdotes, d'histoires de sexe, de violence, de pouvoir et de mort : l'histoire de nos fantasmes les plus éculés. Mais c'est aussi l'espace, le grain des routes, la blancheur des pistes désertes, la beauté des autoroutes, et c'est encore les hommes sur des chaînes de fabrication, les accidentés des services d'urgence, les tôles froissées et les cimetières de voitures. Ou bien les départs, l'échappée, le Voyage. Une trajectoire pure et toujours plus rapide sur les espaces de la terre. Qui parle donc de décrépitude ? La bagnole est une machine de connaissance, une machine esthétique, une machine d'exotisme et de jouissance, exactement. Des choses vues, donc !, et d'autres rêvées : le silencieux passage d'une voiture blanche comme un oeuf translucide que conduit une femme osseuse, sombre, magnifique et nue. Une drôle de fête, la bagnole !

  • Si vous ne savez pas que la voiture est l'objet de notre décrépitude aliénée, n'attendez pas de ce livre qu'il vous le démontre. Ni un essai ni une fiction, La Bagnole est une suite de textes, d'anecdotes, d'histoires de sexe, de violence, de pouvoir et de mort : l'histoire de nos fantasmes les plus éculés. Mais c'est aussi l'espace, le grain des routes, la blancheur des pistes désertes, la beauté des autoroutes, et c'est encore les hommes sur des chaînes de fabrication, les accidentés des services d'urgence, les tôles froissées et les cimetières de voitures. Ou bien les départs, l'échappée, le Voyage. Une trajectoire pure et toujours plus rapide sur les espaces de la terre. Qui parle donc de décrépitude ? La bagnole est une machine de connaissance, une machine esthétique, une machine d'exotisme et de jouissance, exactement. Des choses vues, donc !, et d'autres rêvées : le silencieux passage d'une voiture blanche comme un oeuf translucide que conduit une femme osseuse, sombre, magnifique et nue. Une drôle de fête, la bagnole !

  • Un couple se repose dans une maison isolée, en pleine campagne ; la femme attend un enfant, cependant que, dans un village voisin, sa grand-mère agonise. Entre ce qui n'est après tout, d'un côté, qu'une germination, et de l'autre, une ultime décomposition, d'autres scènes vont prendre place, rappels à l'ordre, manifestations de la viande : cohorte, sans plus, de violences, de saignements, de mains qui fourragent, de montées furieuses à travers la pluie, de boues grouillantes. Le couple achète un mouton, l'égorge, le dépèce ; l'homme court les bois, massacrant merles, rats, lézards ; tandis que la femme accouche, les passagers d'une voiture lancent sous les fougères le cadavre d'un nouveau-né, lent pourrissement en voie de retrouver la terre, contrepoint (peut-on le dire ?) à une course érotique du couple à travers les pentes mouillées, les arbres dégouttants d'eau, la terre grasse. Mais au-delà de la minutie des descriptions, de l'appel du gonflement et des couleurs organiques, au-delà d'un sadisme qu'on pourrait dire contemplatif, à quoi sommes-nous conviés sinon, avant tout, à une sorte d'ahurissement concerté devant le savoir de la mort ?

  • Un couple se repose dans une maison isolée, en pleine campagne ; la femme attend un enfant, cependant que, dans un village voisin, sa grand-mère agonise. Entre ce qui n'est après tout, d'un côté, qu'une germination, et de l'autre, une ultime décomposition, d'autres scènes vont prendre place, rappels à l'ordre, manifestations de la viande : cohorte, sans plus, de violences, de saignements, de mains qui fourragent, de montées furieuses à travers la pluie, de boues grouillantes. Le couple achète un mouton, l'égorge, le dépèce ; l'homme court les bois, massacrant merles, rats, lézards ; tandis que la femme accouche, les passagers d'une voiture lancent sous les fougères le cadavre d'un nouveau-né, lent pourrissement en voie de retrouver la terre, contrepoint (peut-on le dire ?) à une course érotique du couple à travers les pentes mouillées, les arbres dégouttants d'eau, la terre grasse. Mais au-delà de la minutie des descriptions, de l'appel du gonflement et des couleurs organiques, au-delà d'un sadisme qu'on pourrait dire contemplatif, à quoi sommes-nous conviés sinon, avant tout, à une sorte d'ahurissement concerté devant le savoir de la mort ?

  • La mémoire est une invention difficile. pendant des années, je n'ai retrouvé de la mienne qu'une accumulation, un entrelacs d'instants, de rencontres, de souvenirs : une mémoire en morceaux. Ecrire, c'était vouloir redonner une forme à ma vie. J'ai cherché longtemps. Puis l'idée du triptyque s'est imposée. Elle permettait un rythme et, avec ses variations, le retour d'une cohérence, comme une figure du temps. La remémoration est affaire de visages. Se précipitant vers moi, ils occupent tout l'espace du panneau de gauche. À travers la barbarie de nos défigurations, les visages de ceux que j'aime, à travers les injures faites aux victimes, les figures de la folie qui me hantent, et passant de l'effroi à la tendresse, de la colère à la compassion, du mépris à l'amitié, de la terreur à la haine, des effusions amoureuses à la souffrance du coeur, j'ai retissé le lien. Je pouvais alors retourner en arrière, jusqu'aux premières années de l'enfance (1940-1945) en Algérie, dans cet espace trop lumineux, pour y retrouver le désastre et la figure de qui j'étais, insupportable gamin, innocent et obscène, qui construisait sa résistance. Le panneau central est celui des origines. Celui de droite appartient aux paysages, à la paix venue, aux bruissements des couleurs, à l'achèvement des livres, à l'humidité de l'aquarelle, au désert entrevu. C'est maintenant fini. Les volets du triptyque sont rabattus sur le panneau central. Quelque chose dort, à l'abri de tout regard, une forme dans l'obscurité, sous les visages et les paysages.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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