Sciences & Techniques

  • Où vont la médecine, la maladie, la santé ? La crise de nos sociétés ne plonge- t-elle pas ses racines les plus profondes en ce domaine où les attitudes et les conceptions risquent, d'ici la fin du siècle, de se trouver radicalement bouleversées ? Telle est la première interrogation à laquelle répond Jacques Attali dans cette "économie politique du mal" réalisée au terme de plusieurs années de réflexion et d'enquête, notamment aux USA, au Japon et partout en Europe.

    Si la vie risque de devenir de plus en plus un bien économique, s'il est vrai que l'hôpital va se vider, que l'exercice de la médecine est en passe de céder le pas devant l'utilisation des prothèses, encore ne faut-il pas se borner à constater ces évolutions prévisibles, mais se demander : comment en est-on arrivé là depuis que les hommes tentent de désigner le mal, de le conjurer et de le séparer ?

    Jacques Attali répond en appuyant son analyse contemporaine et prospective sur une vaste synthèse historique montrant, dans leurs dimensions mondiales, les principaux tournants de l'histoire de la médecine, de l'hôpital, des épidémies, de la charité, de l'assurance, jalonnée par les hégémonies successives du guérisseur, du prêtre, du policier puis du médecin dont le règne aujourd'hui touche à sa fin. Au terme de cette double enquête-réflexion - sur le terrain où s'esquisse l'avenir, dans le passé où il s'explique -, on est conduit à se demander si, de la consommation réelle des corps dans les sociétés cannibales de jadis à la consommation des copies du corps que nous prépare l'ère des prothèses, nous sommes jamais sortis d'un ordre cannibale, ou encore si notre société industrielle n'a jamais été rien d'autre qu'une machine à traduire un cannibalisme vécu en cannibalisme marchand.

  • Jacques Attali a su ouvrir des perspectives neuves et fécondes tant sur la musique (Bruits) que sur la médecine (l'Ordre cannibale), présente ici, enfin, son grand livre de théorie économique. Il n'est aujourd'hui d'autre point de  départ possible que la crise. Aussi faut-il avant tout dresser l'inventaire, jusqu'ici introuvable, de toutes les théories existantes de la crise : toutes vraies, dès lors qu'elles inspirent les politiques effectivement menées par les pouvoirs, partout dans le monde. Pour les expliquer, Jacques Attali distingue entre trois mondes de pensée, car nous vivons à la fois dans trois réalités. Celle de l'échange et de la régulation, où la crise n'est qu'écart hors de l'équilibre. Celle de la production, où la crise dévoile les contradictions qui sont le moteur de l'Histoire. Et le monde nouveau qui sous nos yeux s'ébauche : celui de l'organisation, que l'auteur nous entraîne à découvrir. L'ordre y apparaît comme fragile écriture des formes, et la crise comme un état quasi permanent de réécriture. Monde de tolérance et de séduction, où à la fois s'ouvre le danger d'une après-crise totalitaire et s'esquisse la voie pour échapper au cercle étouffant des dictatures. Au terme de ce parcours éblouissant, des rites magiques aux empires, du potlach au nucléaire, des sacrifices aux ordinateurs, de Bruges à Tokyo, le choix est entre la solitude et la création, le suicide et la séduction.  

empty