• Le clerc, qui ne se confond pas avec le prêtre ou le moine, est le descendant d'une lignée originale dans l'Occident urbain du Moyen Age : celle des intellectuels. Le mot est moderne, il a l'avantage de désigner à la fois le penseur et l'enseignant, et de ne pas être équivoque.
    L'enquête de Jacques Le Goff est une introduction à la sociologie historique de l'intellectuel occidental. Mais elle fait aussi la part du singulier et du divers, et devient ainsi une galerie de caractères finement analysés.
    La première édition de cet ouvrage devenu classique a paru aux Editions du Seuil en 1957. Elle reparaît aujourd'hui augmentée d'une préface et d'une longue bibliographie critique dans lesquelles Jacques Le Goff fait droit aux travaux parus depuis la première publication, et bien souvent inspirés par elle.

  • Ni thèse, ni synthèse, cet essai peut être lu comme l'aboutissement d'une longue recherche. Et d'une réflexion sur l'histoire, sur les périodes de l'histoire occidentale, au centre de laquelle le Moyen Âge est mon compagnon depuis 1950. Il s'agit donc d'un ouvrage que je porte en moi depuis longtemps, des idées qui me tiennent à cœur.
    Écrit en 2013, à l'heure où les effets quotidiens de la mondialisation sont de plus en plus tangibles, ce livre-parcours pose des questions sur les diverses manières de concevoir les périodisations dans l'histoire : les continuités, les ruptures, les manières de repenser la mémoire de l'histoire.
    Traitant du problème général du passage d'une période à l'autre, j'examine un cas particulier : la prétendue nouveauté de la " Renaissance " et son rapport au Moyen Âge auquel j'ai consacré avec passion ma vie de chercheur.
    Reste le problème de savoir si l'histoire est une et continue ou sectionnée en compartiments ? ou encore : s'il faut vraiment découper l'histoire en tranches ?
    Jacques Le Goff

  • L'ouvrage se situe dans un domaine nouveau de l'histoire, en pleine expansion, le domaine de l'imaginaire, présenté ici à travers deux composantes notoires de l'imaginaire médiéval, les héros d'une part: Charlemagne, le Cid, le roi Arthur, le comte Roland, la papesse Jeanne, Robin des Bois, sans oublier la fée Mélusine et l'enchanteur Merlin mais aussi le renard et la licorne; les merveilles d'autre part, illustrées sous la forme de trois édifices consacrés aux principales puissances qui dominent la société médiévale: la cathédrale, le château fort et le cloître.
    Ignorant les frontières entre le naturel et le surnaturel, l'ici-bas et l'au-delà, l'univers médiéval est illustré par une iconographie fondamentale, couvrant un large éventail géographique. Cette histoire de l'imaginaire est aussi une histoire dans la longue durée, présentant les héros et les merveilles du Moyen Âge tels que le Moyen Âge les a construits, vénérés, puis légués aux siècles futurs où ils ont continué à vivre en se transformant dans une combinaison de renvoi au passé, d'adaptation au présent, et d'ouverture sur l'avenir.

  • Il y a un "vilain" Moyen Âge, intolérant, violent, pauvre - et Jacques Le Goff en parle sans détour.
    Mais il y a aussi et surtout un "beau" Moyen Âge, et les enfants l'adorent. C'est celui des chevaliers et des tournois, des châteaux forts et des cathédrales, des jongleurs et des troubadours, des foires et des pèlerinages. Le Moyen Âge, c'est aussi la quête du Graal, la légende des chevaliers de la Table Ronde, le roman de Tristan et Iseut, Notre-Dame, les anges, les saints, les fées et les monstres, le combat de Carnaval et de Carême... Enfin, c'est au Moyen Âge que naît l'Europe, l'unité de sa culture dans la diversité de ses pays et de ses langues.

  • L'Europe contemporaine est une longue histoire qui commence avant la venue du christianisme, et se continue avec son reflux. À l'oeil qui sait voir apparaissent des traces, strates successives de nombreuses mutations, depuis les ruines de l'Empire romain jusqu'aux découvertes du XVIe siècle. L'historien les met au jour, les explore, pour montrer combien l'Europe contemporaine hérite, emprunte, reprend bien des caractères de cette «Europe» médiévale qui n'est pas tout à fait la nôtre, mais représente un moment important dans sa constitution : unité potentielle et diversité fondamentale, métissage des populations, divisions et oppositions Ouest-Est/Sud-Nord, primat unificateur de la culture. De l'échec carolingien à la «belle» Europe des villes et des universités, Jacques Le Goff nous entraîne dans un intense voyage à rebours, dans l'espoir que, comprenant mieux leur provenance, les Européens construisent mieux leur avenir.Jacques Le GoffSpécialiste internationalement renommé du Moyen Âge, héritier de l'École des Annales, il est directeur d'études honoraire à l'École des hautes études en sciences sociales. Il est l'auteur, au Seuil, de Les Intellectuels au Moyen Âge (1967), La Vieille Europe et la nôtre (1994), Héros et Merveilles du Moyen Âge (2005), Le Moyen Âge expliqué aux enfants (2006), et L'Europe expliquée aux jeunes (2007).

  • La vieille Europe est ancienne mais elle peut et doit répondre aux défis d'aujourd'hui et de demain. Notre Europe doit s'appuyer sur sa longue histoire pour réussir son XXIe siècle. L'ancienneté bien comprise est un atout.
    On verra j'espère, dans ce livre, où l'historien rejoint le citoyen, que le débat pour l'Europe n'est pas entre la tradition et la modernité. Il est dans le bon usage des traditions ; dans le recours aux héritages, comme force d'inspiration, comme point d'appui pour maintenir et renouveler une autre tradition européenne, celle de la créativité.
    J.L.G.

  • En 2004, à l'occasion de leur anniversaire respectif, 80 et 90 ans, France Culture et Emmanuel Laurentin organisent une rencontre entre Jacques Le Goff, spécialiste du Moyen-âge, et Jean-Pierre Vernant, historien de la Grèce antique. Au cours de ces entretiens, ces deux célèbre historiens reviennent sur leurs maîtres, leur parcours de vie et de recherche, à l'école des hautes études, au CNRS ou au Collège de France, conscients tous deux de la chance qu'ils ont eue de trouver des institutions ouvertes, prêtes à les accueillir et à lever les barrières disciplinaires. Ils échangent aussi sur leur travail, la manière dont leur génération a examiné les questions que le présent posait et le rapport entre l'histoire qu'ils ont produites et la société contemporaine. Au lendemain du décès de Jacques Le Goff, on relit cet échange avec émotion et on mesure l'héritage ouvert que ces deux penseurs laissent à la génération actuelle.

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