• Comme un ciel en nous Nouv.

    Si l'on s'en tient aux faits, l'auteure passe la nuit du 7 au 8 mars 2020 au musée du Louvre, section des Antiques, salle des Cariatides, avec un sac en bandoulière dans lequel il y a, entre autres, une barre de nougat illicite. Les faits, heureusement, ne sont rien dans ce livre personnel, original, traversé d'ombres nocturnes et de fantômes du passé, de glissades pieds nus sous la Vénus de Milo, ce livre joyeux et mélancolique, qui précise vite son intention : « Je suis venue ici cette nuit pour redevenir la fille de mon père. »Quel père, en fait ? Celui, biologique, né en 1951 dans un village du Monténégro, alors une partie de la défunte Yougoslavie, qui vient à Paris par amour, par fuite, pour voir le Louvre, une ville dans la ville, un père qui ne sait pas bien parler le français et voit tout en noir et blanc. Celui, plus probable, le père exilé à qui l'on a dit que « sa fille ne parlera jamais français », l'esthète-pilleur qui se promène l'air de rien avec sa fille Jakuta au Louvre, et lui demande, lui transmet en héritage : « Et toi, comment t'y prendrais-tu pour voler la Joconde ? ». En effet : comment ?  Même si l'auteure exprime que « la honte vous rassemble bien mieux que le reste », il serait aisé, après la lecture, d'affirmer que l'amour, celui réciproque d'un père pour sa fille unique, vous rassemble et vous tient debout. Comme la Vénus de Milo, les siècles durant. 

  • Une jeune femme, blonde depuis peu, entre au Londres-Louxor. Dans cet ancien cinéma parisien des années 1920 se retrouve la diaspora de Bosnie. On y parle peu de la guerre, davantage d'affaires, et beaucoup des soeurs Vitch. Ariana est comptable, Esme est écrivain. L'une séduit les hommes, l'autre les comprend. Ces derniers temps, au Londres-Louxor, on croise surtout Esme à la recherche de son aînée partie sans explication. Cette disparition émeut les habitués du lieu et pousse chacun à abattre ses cartes dans un jeu déroutant : l'évocation d'un pays d'origine dont l'histoire s'est éparpillée au fil de versions multiples ou dégradées, de fragments et de mythes.

    Postface inédite de l'autrice

  • "Mais à l'hôtel il en va autrement, l'hôtel est le lieu de leur intimité, celui où ils se regardent, où ils s'approchent, farouches et fiers, jusqu'à sentir rayonner la chaleur de l'autre, de sa peau, avant même de l'avoir touchée. Avant même de l'avoir vue, cette peau qui n'attend que la caresse."
    Paul, étudiant et gardien d'hôtel, est fasciné par Amélia, l'occupante de la chambre 313. Tout chez elle est un mystère, ses allées et venues comme les rumeurs qui l'entourent.
    Lorsque Amélia disparaît, Paul ignore qu'elle s'est rendue à Sarajevo, à la recherche de sa mère, d'un pan inconnu de son histoire – et de la nôtre : celle de la dernière guerre civile qui a déchiré l'Europe.
    Dans ce roman incandescent, Jakuta Alikavazovic évoque ce qui est perdu et ce qui peut encore être sauvé.

  • A Paris, dans une maison blanche et moderne, vivent la blonde Anna, une photographe reconnue, Gray, son jeune amant, et John Volstead, un écrivain dont elle vient de divorcer. Anna habite au premier étage, Gray occupe la chambre bleue du rez-de-chaussée tandis que John hante le sous-sol en forme de bunker. John, qui a connu la gloire avec son roman Les Narcissiques anonymes, se remet à l'écriture : un livre sur Anna et la fin du monde, dont il prie Gray de lui lire des fragments. Ce livre restera inachevé car John meurt subitement. Il lègue à Gray la Castiglioni, une collection d'œuvres d'art mythique dont l'existence même n'est pas avérée. Gray doit alors mener deux enquêtes qui pourraient bien n'en faire qu'une : comprendre l'origine d'une mystérieuse photo qu'Anna n'a de cesse de détruire, et retrouver la fameuse collection.
    Hommage au cinéma et au roman noir, La blonde et le bunker met en scène un trio qui a fait ses preuves – la femme fatale, l'époux et l'amant – dans un décor qui multiplie à l'infini trompe l'œil et faux-semblants. Hypothétique (comme chez J.-L. Borges), policier (comme chez R. Bolaño), moderne (comme chez J.-J. Schuhl), ce roman sera sans doute l'un des objets littéraires les plus fascinants de la rentrée.

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