• Point de morale ordinaire dans ces récits exhaussés des brumes hallucinantes du Siam et des confins alentour ; mais des histoires merveilleuses transmises intuitivement au fil des générations.
    N'eût été leur genre littéraire qui détermina l'auteur à préférer le mot  histoires plutôt que celui de contes ou de nouvelles pour les intituler, les narrations présentées ici ont en commun d'être des récits au propos  drôle ou édifiant, à portée morale ou philosophique, certains tirés de  l'histoire siamoise proprement dite et tous s'apparentant, pour le plaisir  de raconter - ou celui d'écouter raconter -, aux légendes ou aux fables  de notre enfance.
    Mais pour l'Occidental, pétri de culture chrétienne, l'analogie  s'arrêtera là. Car peu chaut à ces conteurs exotiques de nous faire la  leçon. La morale - au sens où nous l'entendons - est ici bien peu présente.
    La ruse l'emporte sur la probité. La simonie des moines, la débauche  de quelques fieffés bougres ou les manigances de vieillards en quête de  fraîche compagnie sont bien souvent récompensées. Comme l'inverse  peut être vrai aussi, vertu inattendue cachée au détour de quelque  espièglerie. La frontière entre le bien et le mal est bien ténue dans ces  pays d'or.
    Et voilà bien là l'illustration de la singularité de ces peuples qui, sous  l'apparent détachement de Jean Marcel, fuse impudemment à rebours de  notre entendement. Pour notre plus grand plaisir.
    Jean Marcel est médiéviste, essayiste et romancier. Après une prolifique carrière universitaire comme enseignant et chercheur, il a fait de la Thaïlande son pays d'adoption, où il continue aujourd'hui sa réflexion et son oeuvre pour laquelle il a reçu plusieurs prix littéraires. Dans le même genre que le présent livre, il a publié Des nouvelles de Nouvelle-France (1994). Jean Marcel est décédé à Bangkok le 30 juin 2019.

  • Fractions 5

    Jean Marcel

    Une lecture des Fractions est une véritable croisière autour du monde. Dans ce cinquième tome, Jean Marcel entraîne à nouveau son lecteur sur une mer de culture, d'amour des arts et de la littérature, de musique, de politique et d'histoire. Inlassable curieux, il fait goûter à son univers vaste qui touche tant au cinéma iranien qu'à Shakespeare, à la méditation bouddhiste qu'à l'Histoire du Siam, à son amour de Racine qu'à des anecdotes fascinantes tirées de ses observations ou de sa vie personnelle. Souvent riches, parfois comiques, mais toujours passionnantes, ces Fractions sont de petits trésors qu'il fait bon découvrir et déguster.

  • Fractions t.3

    Jean Marcel

    Neuf ans après avoir reçu le prix Victor Barbeau pour Fractions 2, Jean Marcel revient à l'essai avec le troisième tome de ses réflexions. Écrits sur un ton unique, les textes de Fractions 3 entraînent le lecteur par petits bonds dans une vision du monde qui est celle de la culture, de l'art, de la littérature et de la vie en général. En abordant avec la même passion la simplicité du détail quotidien et la question existentielle, ce recueil propose une étonnante mosaïque formée de cette matière et ces sujets qui font l'être humain. Fractions 3 est une pensée en mouvement qui place sans contredit Jean Marcel auprès des plus grands essayistes québécois.

  • Fractions t.4

    Jean Marcel

    « Avec ce quatrième volume de fractions s'entame un nouveau jeu. » Ainsi débute Fractions 4, et il va de soi que les grands gagnants de ce jeu seront les lecteurs. L'essayiste Jean Marcel poursuit ici ses libres considérations, du trait bref et pertinent au texte réflexif et approfondi.
    Le lecteur se voit ainsi transporté par une pensée en mouvement dans le monde des arts, de la littérature, de la musique, de la politique, de l'histoire, bref, de la culture : celle de l'auteur, qui est phénoménale. De Miron à Nabokov, de Bouddha à Jésus-Christ, de la littérature siamoise au ginkgo, en passant par la passion de l'encens et la réécriture du Ramakien, rien ne semble
    échapper à cet esprit curieux qui, de toute évidence, s'intéresse plus que tout à l'être humain et à son indescriptible cheminement dans l'humanité.

  • Fractions 6

    Jean Marcel

    La plume vive de Jean Marcel sied parfaitement à ce qu'il nomme ses fractions. Dans ces carnets faits de petits bonds littéraires, d'éclairs historiques et de flammèches réflexives, Jean Marcel a sans contredit trouvé son genre.

    Ce sixième tome entraîne de nouveau ses lecteurs dans une épopée faite d'idées et de concepts parfois intellectuels et parfois drôles, mais toujours avec ce ton juste et cet esprit aiguisé qui font apprécier son talent d'essayiste à la grandeur de la francophonie.

  • Terre d'épouvante

    Jean Marcel

    Terre d'épouvante (1905) de Jean Marcel décrit et dénonce le système d'exploitation de la main-d'oeuvre indigène, mis en place au Congo belge au temps du roi Léopold II, pour la production notamment du caoutchouc. Esclavage, exactions, expéditions punitives et meurtres de masse réalisés pour le seul profit, ce sont tous les rouages du système colonial qui sont en procès, du roi et de son administration au simple « capita » (exécutant indigène). Le Congo français n'échappe pas à ce réquisitoire qui présente d'intéressantes réflexions sur la conquête coloniale, exutoire des généraux après la défaite de 1870. C'est à juste titre que Jean Marcel s'est placé sous le patronage de Zola et de la « vérité en marche » : « Il y a quelque chose de pourri dans tous les empires d'outremer ».

  • Fractions 7

    Jean Marcel

    On lit les fractions de Jean Marcel à la grandeur de la francophonie. La raison en est fort simple : les réflexions qui composent cette oeuvre, parfois lapidaires, souvent substantielles, emportent le lecteur dans un périple aux escales variées et plus passionnantes les unes que les autres. Ce septième tome est constitué de ce qui fascine l'auteur depuis longtemps : l'histoire, la littérature, le Moyen Âge, la Thaïlande, l'état du monde, l'humain, la vie. La plume est si bien maîtrisée qu'on ne peut, en terminant ces carnets, que se sentir plus intelligent.

  • Ce classique de l'oeuvre de Jacques ferron, qui a fait de son auteur le patriarche des ferroniennes, a été ici augmenté de six textes écrits et publiés entre 1970 et 1996.

  • C'est en Thaïlande que l'auteur, où il réside depuis quelque temps, a appris l'incomparable conduite de la vérité intérieure plus de deux fois millénaire, dite méditation vipassana. Il ne faut cependant pas chercher ni même observer ici un traité de méditation ; il s'agit tout au plus d'un simple carnet de route de ce que lui aura inspiré en réflexions l'expérience assidue de cet exercice.

    o Tout est souffrance, y compris les bonheurs, du seul fait qu'ils ne durent pas.
    o Le silence est la parole la plus juste qui soit.
    o Le don véritable est sans attente.
    o Le temps est notre seul ennemi et notre seul recours.
    o Nos vieux désirs sont le combustible de nos chagrins.
    /> o « Tu es l'univers et tu retourneras à l'univers. »
    o S'abîmer dans l'éblouissante vérité des petites choses.
    o Lucide jusqu'à en être hébété, devant la multiplicité des formes de l'univers... et derrière cette diversité, une telle unité !

  • Dans l'esprit et la musique des mots d'une autre culture, Jean Marcel reconstruit, dans une version très libre, le merveilleux récit mythique du Ramakien. Cette épopée thaïe retrace les origines d'une civilisation dans laquelle le dieu-singe Hanouman est l'inventeur de l'écriture. Ce poème d'origine indienne et datant vraisemblablement de l'an 1000 avant notre ère, est à la sources des cultures du Sud-Est asiatique, autant que la musique, la danse, le théâtre et la poésie que dans l'imaginaire mythologique le plus courant. Maintes versions de ce récit ont été produites, la plupart détruites lors du sac d'Ayoutaya par les Birmans en 1767.
    Universitaire de renom, essayiste et romancier, Jean Marcel vit en Thaïlande où il continue de se passionner pour les langues et les cultures du monde entier. Son oeuvre a été saluée entre autre par le prix France-Québec et du prix Molson de l'Académie des lettres du Québec. Son dernier livre, Fractions 2 a reçu le prix Victor-Barbeau de l'Académie des lettres du Québec.
    Ce livre de Kailash Éditions, réalisé en coopération avec Les Éditions de Londres, est un inédit numérique.

  • Marcel Pagnol
    La Gloire de mon père
    Un petit Marseillais d'il y a un siècle: l'école primaire; le cocon familial; les premières vacances dans les collines, à La Treille; la première chasse avec son père...La Gloire de mon père, dès sa parution, en 1957, est salué comme marquant l'avènement d'un grand prosateur. Joseph, le père instituteur, Augustine, la timide maman, l'oncle Jules, la tante Rose, le petit frère Paul, deviennent immédiatement aussi popu­laires que Marius, César ou Panisse. Et la scène de la chasse à la bartavelle se transforme immédiatement en dictée d'école primaire... Les souvenirs de Pagnol sont un peu ceux de tous les enfants du monde.

  • Edition enrichie de Antoine Compagnon comportant une préface et un dossier sur le roman.

    Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté... Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.

  • En cet après-guerre, les grandes villes ont changé de structures, de fonction et de nom. Elles sont devenues des métropoles. Ces métropoles ont mal tourné. Elles sont aujourd'hui communément maudites. Pourtant, il y a une douzaine d'années seulement, les autorités, à l'avance, les béatifiaient. Comment expliquer cet échec urbain ? Une certaine idéologie anti-ville se repaît de banalités et fait diversion. Elle prophétise la fin des villes, sans élucider les raisons véritables de la crise actuelle de la ville. Les villes sont un mode d'être de la société. La métropole est devenue la formation urbaine dominante, parce que la sorte de concentration qui s'opérait en elle, constituait un facteur de croissance économique. Elle correspondait à la fois aux conditions nouvelles du développement de la production, et à l'évolution interne des rapports sociaux dans le capitalisme avancé, dont la couche sociale monopoliste était devenue la force motrice. Elle avait, par là-même, pour fonction sociale de consolider et d'amplifier l'hégémonie des classes dirigeantes. C'est ainsi que la politique urbaine de l'État a été axée sur le développement des métropoles. Leur aménagement fut, essentiellement et prioritairement, conçu en fonction de la production et de l'accumulation du capital. Cette déviation économiste, qui est structurelle, est la raison principale de leur mal aménagement, qui est à l'origine de la crise de la ville. Que valent les palliatifs proposés ? La politique des villes moyennes apparaît comme une bien curieuse affaire. La prolifération des néo-villages dans les parages lointains des aires métropolitaines et les villes nouvelles, ne font que confirmer la prépondérance des métropoles. Alors, que faire ? Penser se libérer individuellement en fuyant la ville, est une utopie inopérante. La lutte socio-politique, collective, à la fois revendicative, politiquement consciente, et s'articulant à l'ensemble du combat démocratique, peut, seule, permettre de libérer la ville.

  • La droite et la gauche : histoire et destin Nouv.

    Le clivage droite-gauche est une de ces créations françaises qui ont fait le tour du monde. Il est le produit d'une histoire marquée depuis la Révolution française par une conflictualité aussi intense que complexe. Mais le parcours qui a conduit à la mise en place de cette division canonique des opinions et des identités politiques est loin d'être linéaire. En reconstituer les étapes, comme le fait Marcel Gauchet, est l'occasion de revisiter d'un oeil neuf la singularité de notre histoire politique, en même temps que d'éclairer la signifi cation de ce couple devenu peu à peu constitutif de la vie démocratique. La grande question d'aujourd'hui étant de savoir s'il conserve sa raison d'être au milieu des bouleversements que connaissent nos sociétés, ou s'il appartient à une époque en train de se clore.

  • Graal proustien, les "soixante-quinze feuillets" de très grand format étaient devenus légendaires. La seule trace qui en existait était l'allusion qu'y faisait Bernard de Fallois, en 1954, dans la préface du Contre Sainte-Beuve. En 1962, ils n'avaient pas rejoint la Bibliothèque nationale avec le reste des manuscrits de l'auteur de Swann. Leur réapparition en 2018 à la mort de Bernard de Fallois, après plus d'un demi-siècle de vaines recherches, est un coup de tonnerre.
    Car les insaisissables "soixante-quinze feuillets" de 1908 sont une pièce essentielle du puzzle. Bien antérieurs au Contre Sainte-Beuve, ils ne font pas que nous livrer la plus ancienne version d'À la recherche du temps perdu. Par les clés de lecture que l'écrivain y a comme oubliées, ils donnent accès à la crypte proustienne primitive. "Un livre est un grand cimetière où sur la plupart des tombes on ne peut plus lire les noms effacés", lit-on dans Le Temps retrouvé : mais ici, le temps n'a pas encore effacé tous les noms.

  • Marcel Pagnol
    Le Château de ma mère
    Le plus beau livre sur l'amitié enfantine: un matin de chasse dans les collines, Marcel rencontre le petit paysan, Lili des Bellons. Ses vacances et sa vie entière en seront illuminées.Un an après La Gloire de mon père, Marcel Pagnol pensait conclure ses Souvenirs d'enfance avec ce Château de ma mère (1958), deuxième volet de ce qu'il considérait comme un diptyque, s'achevant sur la scène célèbre du féroce gardien effrayant la timide Augustine. Le petit Marcel, après la tendresse familiale, a découvert l'amitié avec le merveilleux Lili, sans doute le plus attachant de ses personnages. Le livre se clôt sur un épilogue mélancolique, poignante élégie au temps qui a passé. Pagnol y fait vibrer les cordes d'une gravité à laquelle il a rarement habitué ses lecteurs.

  • Tout d'un coup, dans le petit chemin creux, je m'arrêtai touché au coeur par un doux souvenir d'enfance : je venais de reconnaître, aux feuilles découpées et brillantes qui s'avançaient sur le seuil, un buisson d'aubépines défleuries, hélas, depuis la fin du printemps. Autour de moi flottait une atmosphère d'anciens mois de Marie, d'après-midi du dimanche, de croyances, d'erreurs oubliées. J'aurais voulu la saisir. Je m'arrêtai une seconde et Andrée, avec une divination charmante, me laissa causer un instant avec les feuilles de l'arbuste. Je leur demandai des nouvelles des fleurs, ces fleurs de l'aubépine pareilles à de gaies jeunes filles étourdies, coquettes et pieuses. "Ces demoiselles sont parties depuis déjà longtemps", me disaient les feuilles.

  • Dit boek laat zien hoe het beroep van arts razendsnel is veranderd en tegen welke obstakels de moderne dokter aanloopt. De `dokter's journey'  in de afgelopen generatie lijkt een achtbaan met als voorlopig eindpunt de huidige medische arena. Daar vindt strijd plaats en niet alleen tegen de ziekte. Bij patiënten binden verwachtingen, idealen, hoop en geloof in technologische mogelijkheden de strijd aan met acceptatie en verdriet. Ziekte en beperkingen horen steeds minder thuis in een maakbare wereld vol vooruitstrevende hoogstandjes. Bij dokters strijdt liefde voor het vak met de dagelijkse invulling in het werk, met als gevolg een stijging van uitval door burn out. Economie en geneeskunde hebben een beknellend pact gesloten: zorg is ook `productie', waarin zorgvuldigheid dreigt te worden vervangen door protocollen en beslisbomen die de maat aangeven en de toon bepalen.

    Maar waar draait het nu werkelijk om? Gaat het over de patiënt, over de ziekte, of staat het in stand houden van het systeem centraal? Wat is er gebeurd, wat vinden we ervan en is dit wat we willen?

    In Wat is er met de dokter gebeurd? geven ruim dertig auteurs vanuit verschillende invalshoeken hun ervaringen met en bespiegelingen op de zorg. Het is een uitnodiging met elkaar in gesprek te gaan over deze wezenlijke vragen.

     

  • Wonderlijk: de ambtenaren van VWS en de managers bij de zorgverzekeraars delibereren bij voortduring over slimme aanpassingen op de deelbudgetten voor de zorg. Artsen daarentegen schuiven maar heel incidenteel aan voor overleg over wat toch hun core-business is. Dat zou wel eens een kostbare weeffout in het maatschappelijke systeem kunnen zijn. Dokters hebben misschien de reputatie dat zorgbudgetten nooit hoog genoeg kunnen zijn. En het is juist dat ze liefst het onderste uit de kan willen halen om hun patiënten te genezen. Maar het zijn ook realisten. Niet alles moet wat kan!
    En als ze pleiten voor verhoging van het ene deelbudget dan komen ze als zorgexperts beslist ook met een reële verlaging van een andere kostenpost. In dit boek 28 auteurs
    ·       met onbetwistbare geneeskundige en evenzeer (bedrijfs)economische expertise, ·       met concrete voorstellen tot verschuivingen in zorgbudgetten, ·       met alternatieven die per saldo geen extra geld kosten. Het debat hierover wordt vergemakkelijkt doordat elk hoofdstuk opent met een duidelijke stelling.

  • Macron, les leçons d'un échec : comprendre le malheur français II Nouv.

    Le « dégagisme » qui s'est exprimé avec l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République a résulté de la prise de conscience d'une impasse française imputée à ses prédécesseurs et concurrents. Il a incarné la promesse d'y échapper. Cela donne au bilan de son action une portée particulière. Dans quelle mesure est-il parvenu à se saisir des causes de ce malaise et à y remédier ?Dans la ligne de l'analyse développée dans  Comprendre le malheur français, ce livre analyse les réussites et les échecs d'un quinquennat pas comme les autres.

  • Édition de Pierre-Edmond Robert. Préface de Pierre-Louis Rey et Brian G. Rogers
    Édition annotée par Jacques Robichez avec la collaboration de Brian G. Rogers.

    "Les parties blanches de barbes jusque-là entièrement noires rendaient mélancoliques le paysage humain de cette matinée, comme les premières feuilles jaunes des arbres alors qu'on croyait encore pouvoir compter sur un long été, et qu'avant d'avoir commencé d'en profiter on voit que c'est déjà l'automne. Alors moi qui depuis mon enfance, vivant au jour le jour et ayant reçu d'ailleurs de moi-même et des autres une impression définitive, je m'aperçus pour la première fois, d'après les métamorphoses qui s'étaient produites dans tous ces gens, du temps qui avait passé pour eux, ce qui me bouleversa par la révélation qu'il avait passé aussi pour moi. Et indifférente en elle-même, leur vieillesse me désolait en m'avertissant des approches de la mienne."

  • Édition enrichie de Antoine Compagnon comportant une préface et un dossier sur l'oeuvre.

    "Quel que fût le point qui pût retenir M. de Charlus et le giletier, leur accord semblait conclu et ces inutiles regards n'être que des préludes rituels, pareils aux fêtes qu'on donne avant un mariage décidé. Plus près de la nature encore - et la multiplicité de ces comparaisons est elle-même d'autant plus naturelle qu'un même homme, si on l'examine pendant quelques minutes, semble successivement un homme, un homme-oiseau ou un homme-insecte, etc. - on eût dit deux oiseaux, le mâle et la femelle, le mâle cherchant à s'avancer, la femelle - Jupien - ne répondant plus par aucun signe à ce manège, mais regardant son nouvel ami sans étonnement, avec une fixité inattentive, jugée sans doute plus troublante et seule utile, du moment que le mâle avait fait les premiers pas, et se contentant de lisser ses plumes."

  • "Mademoiselle Albertine est partie !"

    Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ! Il y a un instant, en train de m'analyser, j'avais cru que cette séparation sans s'être revus était justement ce que je désirais, et comparant la médiocrité des plaisirs que me donnait Albertine à la richesse des désirs qu'elle me privait de réaliser, je m'étais trouvé subtil, j'avais conclu que je ne voulais plus la voir, que je ne l'aimais plus. Mais ces mots : "Mademoiselle Albertine est partie" venaient de produire dans mon coeur une souffrance telle que je sentais que je ne pourrais pas y résister plus longtemps. Ainsi ce que j'avais cru n'être rien pour moi, c'était tout simplement toute ma vie.

  • Édition de Pierre-Edmond Robert.

    "Je pouvais mettre ma main dans sa main, sur son épaule, sur sa joue, Albertine continuait de dormir. Je pouvais prendre sa tête, la renverser, la poser contre mes lèvres, entourer mon cou de ses bras, elle continuait à dormir comme une montre qui ne s'arrête pas, comme une bête qui continue de vivre quelque position qu'on lui donne, comme une plante grimpante, un volubilis qui continue de pousser ses branches quelque appui qu'on lui donne. Seul son souffle était modifié par chacun de mes attouchements, comme si elle eût été un instrument dont j'eusse joué et à qui je faisais exécuter des modulations en tirant de l'une, puis de l'autre de ses cordes, des notes différentes."

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