Albin Michel

  • Le but d'Albert Grenier - professeur au Collège de France, puis directeur de l'École Française de Rome - consiste, dans cet ouvrage, à déterminer le germe psychique du génie romain. Celui-ci, sans doute, résulte de mélanges ethniques et de certaines conditions de vie, mais il se manifeste à un moment donné dans l'histoire, et l'on peut suivre le génie de ce peuple à travers les influences diverses avec lesquelles il a dû composer. Les traits dominants du Romain sont le sens pratique, la volonté et l'action. Ce pragmatisme essentiel marque son empreinte sur la religion, la littérature et l'art. À défaut d'imagination poétique, ou plastique, ou métaphysique, le Romain applique aux pratiques religieuses l'esprit juridique, qui est chez lui très développé. Il n'a d'attention que pour ce qui est susceptible d'application pratique : dans les lettres, par exemple, il est d'abord intéressé par la législation, l'éloquence, l'histoire.
    Ce livre est une importante étude de psychologie historique, conduite avec sympathie, et réussie grâce à une connaissance achevée du sujet. On peut connaître Rome de bien des façons, mais il faut avoir lu l'oeuvre d'Albert Grenier pour connaître les Romains.

  • Selon certains, l'économie d'Ancien Régime ne serait qu'une période de transition entre le système féodal et l'ère industrielle, dont l'intérêt ne tiendrait qu'à ce qu'elle laisse apparaître de la genèse du capitalisme. Le projet de Jean-Yves Grenier est tout autre.
    Par son étude des archives sur les prix, les salaires et les documents de la pratique (rapports d'intendants ou d'inspecteurs de manufactures), par sa relecture des textes de Quesnay, Turgot, Necker et des économistes du XVIIIe siècle, le directeur de la rédaction des Annales, chargé de recherches au CNRS, définit les principales caractéristiques d'un monde économique incertain. Marchés instables, institutions financières faibles, comportements imprévisibles, absence de vraie régulation : l'économie des XVIIe et XVIIIe siècles, soumise à des ajustements permanents, a pour cadre une temporalité marquée par l'aléatoire.
    S'inscrivant dans la lignée de l'historiographie française d'Ernest Labrousse à Emmanuel Le Roy Ladurie, Jean-Yves Grenier parvient à spécifier la nature des échanges et de l'activité économique à l'âge préindustriel, et réhabilite une période qui mérite d'être considérée pour elle-même avec le plus grand sérieux.

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