Albin Michel

  • Entre 1940 et 1944, et en deux étapes, le territoire français a été occupé par les forces de la Wehrmacht. Plusieurs millions d'Allemands, militaires en campagne, troupes d'occupation proprement dites, administrateurs militaires, policiers, membres de formations diverses et simples civils qui profitaient des « circonstances », ont passé dans notre pays des périodes plus ou moins longues. De très nombreux ouvrages ont décrit le sort des Français sous l'Occupation et la répression de l'ennemi d'alors, mais la façon dont cette époque avait été vécue par les Allemands en France n'avait pas fait l'objet d'un examen approfondi. Le livre de Lucien Steinberg comble cette lacune et aboutit à des conclusions parfois insolites, qui tendent à montrer que les « occupants » gardent généralement de leur « séjour » un souvenir qu'ils associent au « bon vieux temps ». Ayant travaillé pendant une douzaine d'années sur des problèmes liés à la Seconde Guerre mondiale, principalement sous l'angle de la Résistance, Lucien Steinberg a été amené à connaître de plus en plus près, non seulement les rouages de la machine de guerre allemande, mais également les hommes qui en étaient responsables. Il nous livre ici le résultat de ses recherches, appuyées sur des archives inexplorées, publiques et privées, et des témoignages recueillis de part et d'autre du Rhin.

  • De nos jours, le vieux mot « bâtard » reste une insulte cuisante, comme pour rappeler ce qu'il y a d'essentiel dans l'appartenance familiale et la filiation. Sujet anthropologique ou sociologique, la bâtardise est aussi objet d'histoire. Confrontant études de cas, réflexions juridiques et représentations littéraires, Sylvie Steinberg montre de façon saisissante qu'elle fut paradoxalement un pivot de l'ordre absolutiste. Mais comment une société fondée sur le mariage chrétien, monogame et indissoluble, fit-elle une place, au sein de l'institution familiale, à des individus dont l'identité témoignait de l'inconduite de leurs géniteurs ?
    Les bâtards, qu'ils soient issus de la paysannerie ou de l'aristocratie, furent au centre de débats juridiques et moraux, portant sur les comportements des individus et des groupes, et se trouvèrent à partir de la fin du XVIe siècle au coeur du dispositif de mise en discipline de la société. La loi de 1600, qui exigeait une naissance légitime ou légitimée de tout membre de la noblesse, faisait entrer en conflit règles de filiations et conditions sociales. Elle donna à l'état un droit de regard sur des questions qui relevaient auparavant de l'ordre privé.
    Par-delà droit et théologie, cette histoire de la filiation aborde enfin la dimension vécue des liens entre enfants et parents, qui ne se réduisaient pas aux problèmes de nom et de patrimoine. Entre les « sans-familles » et leurs parents, l'amour, l'attachement, les sentiments de possession ou d'exclusion composaient un tableau changeant des normes et des comportements. Sommes-nous étrangers à cette histoire ?

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